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| Odile
Chenevez, IUFM d'Aix-Marseille |
« L'enjeu des TICE
en vaut-il la chandelle ? » |
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Les
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« Il
faut utiliser les TICE ! » Cette injonction
faite aux enseignants et aux établissements, à coups de textes
comminatoires et de carottes budgétaires, est parfois bien lourde
à assumer. Autorisons-nous, lespace de ces quelques lignes,
à questionner les arguments qui la soutiennent comme les réticences
quelle suscite. Et même si les coûts sont exorbitants,
même si le matériel et les compétences sont parfois inadaptés,
même si « les élèves apprennent plus vite que leurs
enseignants », toute la question est de savoir ce
que cela change à la pédagogie, au contenu des savoirs, aux
modes dapprentissage, mais aussi au projet de société
véhiculé par lécole
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Les
bonnes raisons ne manquent pas...
Est-ce
parce que cest prévu dans le Programme daction
gouvernemental pour la société de linformation ?
« Ainsi, pour l'enseignement scolaire, même
si les dépenses relèvent de la compétence des collectivités
locales, l'État peut, par des mesures adaptées, inciter celles-ci
à agir pour garantir l'égalité d'accès des élèves aux technologies
de l'information et de la communication. »
Est-ce
parce quil faut se rendre à linéluctable ?
Certes, au-delà du discours triomphal, ou désabusé, ou franchement
opposé, ou carrément apeuré des enseignants, nous navons
pas le choix entre le pessimisme ou loptimisme, nous
devons préparer les élèves daujourdhui aux bouleversements
techniques quils vont connaître demain
alors que
nous sommes nous-mêmes déjà débordés par ce qui se passe aujourdhui.
Est-ce
parce quon nous dit que lintroduction des TICE
modifie la relation enseignant-enseigné en donnant à celui-là
une mission de médiateur des savoirs ? Aucun enseignant
na la naïveté de croire quun outil, aussi performant
soit-il, peut par lui-même changer les modes relationnels,
sans que lon pose de questions dordre pédagogique.
Est-ce
seulement parce que loutil multimédia crée de la motivation
chez les élèves ? Sûrement, mais combien de temps dure
la motivation par lattrait du nouveau ?
On
voit bien que chacune de ces raisons comporte sa part de réalité,
mais qu'aucune ne saurait satisfaire totalement un enseignant
préoccupé de laccession de ses élèves au statut de citoyen
responsable, compétent et instruit, ni justifier le mal que
nous nous donnons pour que les ordinateurs, Internet et le
multimédia fassent partie du paysage banalisé de notre enseignement.

...mais
les difficultés sont immenses
Dabord,
les TICE entraînent lÉcole vers son pire ennemi, la marchandisation
des outils, et lobligent à flirter avec le monde du commerce
et la logique des fabricants. Les marques et les sponsors sétalent
sur le matériel scolaire. On fait des concours pour gagner des
équipements (bien sûr quon est reconnaissant au sponsor
!). À compter le nombre de salons, dexpositions, de manifestations,
de démarchages et dopérations de séduction auprès des
établissements, on voit combien le marché de lÉcole est
contrôlé. Et les enseignants se piquent au jeu en polémiquant
entre eux sur la supériorité de tel ou tel équipement, de tel
ou tel logiciel
Les
investissements sont énormes
et presque toujours insuffisants.
On demande à des aides-éducateurs de former les enseignants
ou dassurer la maintenance de réseaux complexes. Les pannes
sont fréquentes, les disparités entre établissements inévitables
et les formations, toujours en retard, creusent lécart
entre ceux qui sont à la pointe et réalisent un site Web avec
leurs élèves et ceux qui ne savent pas utiliser un traitement
de texte. Et ce, malgré les efforts et les progrès considérables
réalisés en quelques années par linstitution et ses acteurs.
Ensuite,
il arrive que les matériels correspondent plus aux représentations
liées à limaginaire des fabricants sur lacte denseigner
quà de véritables préoccupations pédagogiques. Lun
des exemples les plus frappants est cet équipement de salle
multimédia que nous appelons, avec quelques collègues, la salle
Big Brother. Avez-vous déjà entendu le représentant commercial
ravi de vanter la position dominante de lenseignant qui,
de son poste, contrôle tout, maîtrise tout, surveille les postes
élèves, prend la main sur leur écran et corrige leurs erreurs
? Que sait-il, ce commercial, sur le rôle du relationnel dans
les apprentissages ? A-t-il quelque idée de la différence entre
regarder une vidéo collectivement sur un grand écran et la regarder
sur son écran dordinateur, casque sur les oreilles ?
Il
ny a jamais réfléchi
Il croyait que votre travail
consistait à faire ingurgiter à vos élèves des savoirs prédigérés
et formatés au millimètre près, que ce qui vous intéressait,
vous, enseignant, cétait de surveiller les faits et gestes
de chacun de vos élèves et quil ny ait pas de bruit
dans la classe...
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Les
TICE pour instruire, former, éduquer
Bien sûr,
on pourrait continuer comme avant, se dire que ces nouveaux
jouets de pays riches (un habitant sur deux de la planète na
jamais utilisé le téléphone) ne concernent pas les missions
fondamentales de lÉcole. Mais si nous ne nous en préoccupons
pas de lintérieur de lÉcole, le marché sen
occupera malgré nous, avec des motivations bien différentes
des nôtres. Les TIC envahiront, quon le veuille ou non,
la société du XXIe siècle et nous naurons pas
préparé les citoyens, non pas à les utiliser cela se
fera de toute manière , mais surtout à développer le recul
critique nécessaire pour en comprendre les enjeux.
Pour ne pas abandonner aux seuls commerciaux, aux seules lois
du marché, les choix pédagogiques qui doivent présider aux usages
des TICE, il faut penser celles-ci en regard des trois missions
de lécole : instruire, former et éduquer.
Et cest sûrement en matière déducation que le jeu
en vaut la chandelle. « Garantir légalité
daccès », demande le Pagsi. Éviter la rupture
entre les « inforiches » et les
« infopauvres », suggère Joël de
Rosnay. « Internet ne créera pas magiquement une
société où toute information circulerait librement et pacifiquement,
où les rapports sociaux seraient magiquement modifiés »,
prévient Dominique Wolton.
Lenjeu nest pas exclusivement technologique, ni
didactique. Les TIC sont un immense enjeu de société, sur lequel
lÉcole doit apporter des éclairages, problématiser des
outils comme Internet et leur fonction dans la société.
Par
exemple, nos chers « citoyens en devenir »
devront apprendre à évaluer la fiabilité dune information
et sintéresser à son origine. Toutes les disciplines sont
concernées. Développer une véritable réflexion sur les sources
de linformation sera plus utile aux futurs citoyens que
de brider leur accès à Internet afin de le réduire aux usages
documentaires conventionnels.
De
même, si lon ne met pas en place dans les établissements
scolaires des lieux dutilisation libre des ordinateurs
et des réseaux, on naura aucune chance dagir « pour
garantir l'égalité d'accès ». Rien nempêche
de prévoir un encadrement de ces lieux et dorganiser,
comme dans certains établissements, la signature dune
charte dutilisation démarche à forte valeur éducative.
Et
sil est vrai qu« un tuyau, aussi performant
soit-il, nest pas un média » (Dominique
Wolton), il est utile de distinguer sur Internet ce qui relève
du téléphone géant (du un à un au tous à tous), ce qui relève
du média dinformation et ce qui relève de la communication
promotionnelle ou marchande, et de savoir comment ces trois
fonctions sont intimement imbriquées.
En
systématisant ce genre dapproches, on aura une chance
dapprendre aux jeunes quelque chose qui leur servira toute
leur vie, quelle que soit lévolution des TICE. Les nouvelles
formes denseignement qui privilégient le projet (TPE et
ECJS en lycée ; parcours diversifiés et travaux croisés au collège)
devraient fournir un cadre adapté.

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