Nicole Rodriguez, CNDP
  (avec la collaboration de Juan Del Rey)
 
« Sur le Web : respecter les auteurs,    conduire au document »
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Copie de documents, aspiration de sites
Liens externes
S'enrichir sur les données des autres…
… ou se mettre mutuellement en valeur ?
À consulter

Tout serait-il donc permis sur Internet, la zone de non-droit où l'on s'autorise à reproduire ou à absorber un texte sans l'accord de son éditeur et sans même donner ses références… Puisque la croissance rapide du Web oblige les producteurs de contenus à être réactifs, ne nous privons surtout pas de citer ! Invitons l'internaute, sans l'en prévenir, à se jeter dans une structure en abyme où mon site contient ton site qui contient son site…

Copie de documents, aspiration de sites

Un éditeur sur Internet sait parfaitement que les documents qu'il met en ligne seront copiés ou imprimés et que son site sera peut-être aspiré sur le disque dur d'un établissement par un enseignant désireux de le montrer à sa classe en évitant les temps de chargement trop longs. De même, ses logos et ses images seront empruntés pour être intégrés ailleurs, dans un mode de reproduction infinie, avec le risque d'augmenter la confusion entre sites. Pour des raisons de mise en page, certains s'autoriseront même à modifier ces images, à les déformer, à les dénaturer, à répandre des versions périmées ou endommagées…
Ces pratiques devraient être soumises à quelques règles simples de déontologie : demander l'accord de l'éditeur ; citer ses sources ; s'en tenir à une utilisation strictement personnelle et, surtout, limitée dans le temps. Car l'un des grands dangers qui guettent les pages Web est l'obsolescence. À quoi sert que les éditeurs s'échinent à les mettre à jour, à les faire évoluer, à les garder bien vivantes si des versions momifiées migrent de disque dur en disque dur ?

Liens externes

La pose de liens vers des sites ou parties de sites est une pratique courante, grâce à laquelle l'utilisateur accède à des documents dispersés sur le Web. Si elle était effectuée de façon explicite, l'internaute aurait conscience qu'il se trouve dirigé sur un site extérieur ; et si on lui donnait des informations minimales (éditeur, sujets traités, type de site…), il jugerait par lui-même de l'utilité d'effectuer ce déplacement – car la valeur d'une information dépend évidemment de sa source, car la connaissance des sources est un droit fondamental du lecteur. Mais la crainte de perdre l'internaute amène à masquer l'adresse du site appelé. Pour la même raison, la consultation des pages externes se fait dans l'environnement – dans les frames – du site appelant et donne par là l'illusion qu'elles en sont partie intégrante.
Pourtant, en prenant l'habitude d'ouvrir le site appelé dans une deuxième fenêtre du navigateur et en fournissant un effort rédactionnel minimal, les liens externes pourraient s'organiser en véritables références bibliographiques…

S'enrichir sur les données des autres...

La cartographie du Net est indispensable à l'utilisateur, qui ne manque pas d'enregistrer dans ses favoris les adresses qui l'intéressent. On ne l'aide pas en le faisant traverser de nombreux sites sans qu'il s'en rende compte. L'éditeur qui, à des fins de publication, recopie un texte, en modifie la mise en page, construit des scénarios sur le rapprochement de plusieurs documents externes, a peut-être le sentiment de rendre service au lecteur. Mais songe-t-il à l'embarras qu'il provoque ? Un exemple : une requête sur un titre du B.O. avec le service de recherche Spinoo ramène une ample liste de résultats. Le même article y apparaît plusieurs fois, sur de nombreux sites différents, institutionnels ou pages personnelles. Vers lequel de ces sites l'internaute devra-t-il se diriger ? Où trouvera-t-il le document complet, à jour ? Comment ne se perdra-t-il pas dans la multiplicité de références identiques ?
En fait, la copie, techniquement facile, quasiment immédiate, a surtout profité à l'éditeur. S'étant approprié le document, il en garantit la disponibilité à moindres frais : nul besoin d'entretenir d'hypothétiques liens vers le document original, situé sur un site imprévisible et mouvant. Son propre site s'est enrichi d'informations utiles sans investissements créatifs importants ; il a probablement fidélisé un public de lecteurs en se gardant de le conduire vers d'autres sites.

… ou se mettre mutuellement en valeur ?

La tendance d'Internet à s'autoreproduire, en diluant l'information, dessert le média lui-même. Défaillance de la citation, détournement de contenus, intégration dans des cadres de présentation éloignés de l'original, appropriation mal contrôlée de logos ou d'images… – autant de dérives qui dénaturent le sens, brouillent la signature, empêchent l'identification, la reconnaissance et la prise de repères.
À l'image de communautés qui ont réussi à affirmer leur identité sur le Web, la communauté éducative – chargée d'éducation citoyenne… –, y compris dans sa composante institutionnelle, ne pourrait-elle pas débattre de ces questions, se coordonner davantage afin d'occuper au mieux la Toile ? Les meilleurs sites ne pourraient-ils pas se mettre mutuellement en valeur, se répondre ?
Alors qu'un seuil de maturité est maintenant franchi, alors que la publication sur le Web de documents de qualité devient effective, ne serait-il pas opportun d'ouvrir un débat sur les modalités d'échanges, de coopération, de complémentarité entre les services Web de l'Éducation nationale d'une part, entre lecteurs et auteurs d'autre part ? Un tel débat ne manquerait pas d'intérêt pour les enseignants et leurs élèves qui ouvrent un site dans leur établissement.

À consulter

– Les mises en garde du journal Le Monde (tout.lemonde.fr) qui explique soigneusement la pose d'un lien vers son site (www.lemonde.fr/article/) et rappelle l'interdiction de toute mise en réseau et de toute rediffusion des documents de son site (www.lemonde.fr/statistique/)
Voir également dans Le Monde interactif Le SNJ et la charte d'édition électronique.
– La liste (listes.cru.fr) « Le droit des nouvelles technologies de l'information et de la communication ».
Mél droit-net@cru.fr
– La synthèse du débat sur la question des liens hypertextuels proposée dans la liste de discussion droit-net@cru.fr en mai 98 sur le site Juriscom.net (Droits des technologies de l'information, revue juridique créée et dirigée par Lionel Toumyre) aux adresses :
  www.Juriscom.net/elaw/ pour la consultation des bulletins mensuels d'actualité juridique : éditions 7-8 (décembre 1998 - janvier 1999), édition 3 (septembre 1998)
  www.Juriscom.net/espace1/art6.htm, article « Les liens hypertextes face au droit » (Anne Giraudel, documentaliste)
– Le Journal officiel, circulaire du 7 octobre 1999 relative aux sites Internet des services et des établissements publics de l'État, dont voici quelques extraits :
Page 15168 paragraphe 2.1.1 Fiabilité
« Le ministère dont relève le service ou l'organisme qui a créé le site est responsable de la cohérence, de l'exactitude et de la pertinence des informations diffusées… Les ministères responsables doivent notamment s'attacher à ce qu'il n'existe aucun doute dans l'esprit des utilisateurs du site sur l'origine et la validité des informations diffusées. Ils doivent veiller à la mise à jour très régulière des sites et à la cohérence de l'ensemble des pages et informer les usagers de la date de la dernière mise à jour. »
Page 15169 paragraphe 2.1.4
« ... afin de garantir la fiabilité des mises à jour, il est souhaitable d'éviter que :
– les sites dépendant des ministères mettent en ligne une seconde fois des informations qui figurent déjà sur un site généraliste ;
– les services déconcentrés diffusent des informations présentes sur le site de leur ministère.
 »

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