Réactions au texte de Serge Pouts-Lajus
 

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18 août 2006

« Si l'éducation coûte trop cher, essayons donc l'ignorance ! » Serge Pouts-Lajus rend hommage à Joseph Jacotot : grand bien intellectuel nous fasse, mais surtout qu'il nous soit permis de réaliser que des discours de cette nature ont contribué et contribuent, dans la pratique, à l'instauration d'un laxisme pernicieux au détriment des clientèles étudiantes à desservir. La hausse de l'échec scolaire et du décrochage en est un puissant témoignage et les prestations universitaires pour en trouver les causes hors de leur champ propre d'intervention témoignent d'une insuffisante introspection.
Il y a certes chez Jacotot un parti-pris essentiel pour le développement démocratique des intelligences, mais, et cela est normal pour un homme de son époque et combien moins pour un homme de la nôtre, une ignorance (encore) totale des mécanismes multiples du développement cognitif.
Ce que les neurosciences nous apprennent, c'est que les individus ne sont effectivement pas égaux dans le processus d'acquisition des savoirs et que, si d'aucuns peuvent initier un apprentissage autonome par un quelconque bout de la complexité, d'autres, beaucoup plus nombreux, requièrent une construction graduelle qui part du simple et de l'unité pour aller vers le composé et sa généralisation, et ce dans un ordre logique que plusieurs d'entre eux vont finir par intégrer et comprendre, mais que tous ne peuvent pas inventer (recréer) sans guidance… celle, préférablement, du maître savant.
Même cuisante humilité pour ce qui est du transfert des connaissances, talon d'Achille de l'égalisation. Il faut avoir œuvré avec des élèves d'intelligence dite frontière ou vivant une déficience intellectuelle pour connaître cette obligation d'humilité et le pas à pas consciencieusement systématique qu'elle impose.
L'hommage rendu à Jacotot par Pouts-Lajus manque donc de nuances, du moins dans le texte qui nous est soumis : un stade précoce de l'apprentissage peut se réaliser par la voie tendancieuse de la pédagogie de l'ignorance, mais il est inexact d'en déduire que le bon maître est celui qui ne sait pas et boiteux d'y amalgamer les effets aussi puissants que pervers des TIC et de l'Internet.
Malgré la facilité d'accès (anarchique lorsqu'il n'est pas conduit et instruit) à l'information, ce que l'Internet ne fait pas ou fait mal sans accompagnement, c'est structurer la pensée et il faut être sur le terrain de la formation des futurs maîtres, j'en suis, pour constater chez elles et eux le phénomène contradictoire de l'accroissement des champs informatifs et de la dégradation de la pensée structurée.
Voilà donc, en bref, les commentaires que je puis apporter au texte de Monsieur Pouts-Lajus : il s'agit d'un discours potentiellement dangereux qui nous tente, lecteurs, dans ce que nous cultivons de noblesse égalitaire.
Toutefois, fondamentalement, cela est parcellaire et finalement erroné : la pseudo-ignorance contemplative n'a pas d'impact sur celui qui, ayant été instruit et devenu apte à autogérer son processus d'apprentissage, peut oser la proposition de l'anarchie structurante. Cependant nous sommes au stade, pas forcément progressiste, où nous fabriquons des mutants : les dernières cohortes étudiantes démontrent une perte de la capacité discursive. Souhaitons-nous que cela ne soit pas génétiquement transmissible !

Patrick JJ Daganaud
Mél
pjjd@hotmail.com


13 juillet 2006

« Tout notre système d’éducation est fondé sur le principe d’un maître savant, détenteur des savoirs qu’il a pour mission d’enseigner. Qu’il choisisse de faire pencher sa pédagogie du côté de la transmission des savoirs ou de la construction de connaissances par l’élève, l’enseignant est toujours un expert de la discipline ou de la matière qu’il enseigne. L’idée d’un maître ignorant est absolument contraire à tout ce qui fonde notre conception de l’éducation. C’est pourtant sur cette base que Joseph Jacotot, à la fin du XVIIIe siècle, se proposa de bâtir un nouveau système universel d’éducation qui affirmait non seulement qu’il est possible d’enseigner ce que l’on ignore, mais également qu’un maître ignorant est infiniment meilleur qu’un maître savant. »

Voilà comment développer un non-sens qui se répand comme la peste. Et pourquoi pas la fin des diplômes et concours pour enseigner ? Plus de 80 % de réussite, mais quelle réussite ! L'instruction a le mérite de limiter ses prétentions, l'éducation veut tout faire et mélange les genres, un animateur ne fait pas pencher sa pédagogie : il anime, un enseignant enseigne ! La transmission des savoirs et la construction des connaissances sont un tout, la pédagogie c'est l'art de s'en servir. Comment vérifier ce que l'on fait quand on est ignorant, c'est le sens même de l'enseignement que de savoir où l'on mène ses élèves. Élever, ce n'est pas niveler par le bas. Les technologies de l'information et même les manuels nécessitent de « savoir » afin de pouvoir trier et choisir les informations que l'on veut donner à apprendre, une vraie culture ne se base que sur ce qui est avéré. Vouloir le contraire ne peut mener qu'à la décadence et va à l'encontre d'un système universel.
Ceci démontre bien la méthode : « Faites apprendre un livre à votre élève, lisez-le vous-même et souvent, et vérifiez si l'élève comprend tout ce qu'il sait. Assurez-vous qu'il ne peut plus l'oublier ; montrez-lui enfin à rapporter à ce livre tout ce qu'il apprendra par la suite. » Choisissez bien votre « bible » et le tour est joué ! La vraie éducation, c'est le contraire : émancipation.
Décidément on ne peut pas adhérer. Un autre passage a retenu mon attention : « Pour permettre à un étudiant d'aujourd'hui d'apprendre l'informatique et Internet, nous lui mettrons, tout aussi naturellement, un ordinateur entre les mains. Et nous le ferons accompagner par un maître qui n'en saura pas davantage que lui sur l'informatique et les ordinateurs. » C'est comme si on laissait les automobiles en libre-service sans permis et sans mécaniciens, mais ne vous méprenez pas, les étudiants n'apprennent pas tous « l'informatique », c'est un métier.
D'autre part c'est un peu vite oublier que l'utilisation des ordinateurs est enseignée au collège par des professeurs de technologie.

Philippe Monsillon
Mél
philmonsillon@aol.com

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