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Alter
Ego, les paradoxes de l'identité démocratique
Sylvie Mesure, Alain
Renaut. Paris : Aubier, 1999. 304 p. ( Alto ).
ISBN : 2-70073677-X
Fiche réalisée
par Monique Abellard, professeur au lycée Paul-Lapie à Courbevoie.
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Résumé
Ces deux auteurs, philosophes, cherchent à apporter une réponse aux
paradoxes de l'identité démocratique (identité universelle contre identité
communautaire) dans la perspective du libéralisme politique : reformulé
dans une logique rawlsienne, il s'agirait d'intégrer les droits culturels
individuels en donnant la priorité lexicale à l'égale liberté de tous.
Leur démonstration s'appuie notamment sur Rawls, Taylor, Tocqueville
et Kymlicka.
Commentaire critique
Pour Sylvie Mesure et Alain Renaut, la transformation du modèle
libéral doit permettre à la fois la reconnaissance de l'égalité des
droits individuels et des droits différenciés et donc de considérer
l'autre comme un alter ego alors que le libéralisme politique
dans ses principes faisait abstraction de toute insertion communautaire.
La démonstration est-elle convaincante ? La démarche se veut rigoureuse
et est étayée par de nombreuses références : Alain Renaut et Sylvie
Mesure ont participé à une volumineuse Histoire de la philosophie
politique, chez Calmann-Lévy (1999).
Dans l'avant-propos, les auteurs proposent trois niveaux de réponse
à la question de l'identité « Qui suis-je ? » :
identité universelle, identité singulière ou distinctive, identité collective
ou communautaire. On retrouve là les trois pôles d'une définition de
l'identité qui a permis à Wieviorka de penser l'ethnicité (tensions
entre l'identité collective de l'acteur, sa reconnaissance de valeurs
universelles et individualistes et la subjectivité de l'acteur). La
différence avec la démarche de Wieviorka est que l' « identité
distinctive qui renvoie à la notion d'identité narrative »
(Paul Ricœur) est évacuée de la démonstration. L'identité ne se définit
plus que dans la tension entre identité universelle et identité différenciée.
Cet abandon n'a rien d'anodin : dès lors que les individus sont
définis dans leur subjectivité, il devient nécessaire de prendre en
compte l'histoire et la construction des revendications culturelles
par les acteurs confrontés à des rapports de domination. En clair, l'identité
subjective est ce qui permet de penser l'affirmation des identités culturelles
comme des mouvements sociaux dont l'enjeu politique peut être la redéfinition
de la frontière privé/public par exemple. On l'aura compris, Sylvie
Mesure et Alain Renaut en évacuant l'identité subjective font abstraction
de la question sociale. Il est dommage, par exemple, de ne pas avoir
pleinement tirer parti de la notion d'identité narrative qui chez Paul
Ricœur ne s'applique pas qu'aux individus. Les cultures sont envisagées
de manière figée au sein des sociétés démocratiques : le phénomène
d'acculturation n'apparaît jamais (Roger Bastide nous oblige pourtant
à ne pas penser le culturel indépendamment du social) et la typologie
des différents droits culturels (p. 217 et suivantes) aurait dû conduire
à s'interroger sur « la » communauté noire (D.
Lacorne qui est pourtant cité par les auteurs montre qu'« il
n'y a pas une culture noire qui serait radicalement coupée du
reste de la société américaine mais des cultures hybrides qui
correspondent plus à des divisions de classes qu'à des conflits interethniques »).
Le risque de cette démarche est, d'une part, de naturaliser les différences
(p. 47, « lorsque interviennent des différences réellement
fondées en nature, comme entre l'homme et la femme, ») et,
d'autre part, de faire preuve d'ethnocentrisme (« les droits
de l'homme et les libertés fondamentales qui constituent le patrimoine
commun de l'humanité », p. 277). Michael Sandel a ainsi montré
que les principes de justice de Rawls (1971) reflétaient l'éthos d'une
société bourgeoise libérale obligeant ultérieurement celui-ci à restreindre
sa théorie aux « sociétés démocratiques relativement justes » :
dans ces conditions comment imaginer la neutralité de l'État à l'égard
des conceptions du bien ? Yves Sintomer (La Démocratie impossible
? La Découverte, 2000) qui rappelle l'absence de neutralité de l'État
à travers l'exemple du foulard en France (pour les États-Unis, cf. D.
Lacorne l'exemple de la Kippa au sein de l'armée américaine)
conclut : « L'égalité et la liberté ne peuvent être
de simples déclarations constitutionnelles, car les droits n'existent
que s'ils sont pratiqués ».
Niveau de lecture
: étudiants de 2nd cycle, enseignants.
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