Note de lecture  
 



Principes d'économie moderne.

Joseph E. Stiglitz. ; Trad. de la 2e édition américaine Florence Mayer ; révision scientifique Jean-Dominique Lafay. Bruxelles : De Boeck Université, 2000.
ISBN 2-8041-1791-X

Fiche réalisée par Lionel Wastl, professeur au Lycée Jules-Ferry à Conflans-Sainte-Honorine (78)

 

 
 

Résumé
Après une présentation détaillée des grands principes micro et macroéconomiques, ce manuel développe les grandes politiques économiques qui doivent faire face aux nombreuses contraintes, comme les imperfections du marché.

Commentaire critique
C'est un excellent ouvrage qui respecte tous les principes d'un vrai grand manuel : une présentation suffisamment aérée et colorée, des analyses complètes étayées d'exemples, d'illustrations, accompagnées d'encarts aussi variés qu'intéressants (des « gros plans » sur un point précis, des applications de politique économique...), des résumés et des exercices à chaque fin de chapitre, enfin un glossaire.
Les parties concernant la microéconomie sont les plus réussies : les explications révèlent un grand sens pédagogique et s'articulent autour de représentations graphiques lisibles et très précises, sans formalisation aucune. À cet égard, Jean-Dominique Lafay, lors de l'avant-propos de cette édition française, préconise la lecture de ce manuel aux étudiants de formation mathématique pour être « mieux à même de parler utilement » (!).
On connaît les penchants de Stiglitz pour la microéconomie dans des marchés imparfaits. C'est sans surprise le point fort de son ouvrage : il montre ainsi le rôle de la technologie et de ses externalités sur l'équilibre de marché qui met à mal les hypothèses de concurrence parfaite, ou encore le poids de l'information imparfaite dans les échanges microéconomiques (la réputation d'une entreprise peut, par exemple, constituer une source d'information créant de véritables barrières à l'entrée du marché). Cette faculté d'articuler certaines analyses très théoriques avec la réalité économique est remarquable. Manifestement, Stiglitz s'amuse beaucoup, ce qui ne gâche rien, bien au contraire : pour comprendre la construction d'une simple courbe de demande, il travaille sur la consommation de barres de chocolat et pour montrer comment cette courbe peut se déplacer, Stiglitz représente graphiquement la baisse de cette consommation par la prise de conscience des Américains de leur obésité ! Dans la même veine, la crème glacée qui remplace aisément les sorbets lui permet de présenter la notion d'élasticité de la demande (ici de sorbets) par rapport au prix.
Il faut rappeler néanmoins que c'est un manuel américain : il y a donc des questions soulevées ou des présentations (systèmes financier et fiscal, formes juridiques des entreprises) d'un intérêt très relatif. Mais cela permet aussi de faire apparaître certaines divergences de point de vue : Stiglitz réfute, par exemple, l'idée reçue européenne (sic) qui explique la réussite américaine, en matière de chômage, par la multiplication des emplois précaires (les « emplois Mac Do »). L'auteur fait remarquer que les créations d'emploi ont été fortes dans la haute technologie et les services financiers et que le nombre d'emplois à temps partiel subis diminue régulièrement. Stiglitz peut aussi surprendre lorsqu'il considère que le système scolaire américain est de grande qualité et l'un des plus égalitaires parmi les PDEM. Stiglitz peut même agacer dans certaines analyses sévères, voire incomplètes, sur la redistribution (les coûts sur les acteurs économiques en terme d'incitations seraient prédominants) ou sur l'intégration européenne (vision excessivement critique de la PAC !).

Niveau de lecture
Destiné avant tout aux étudiants et aux enseignants, il peut fort bien s'adresser aux élèves courageux de Terminale.

 
       
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