| |
Résumé
Après une présentation détaillée des grands principes micro et macroéconomiques,
ce manuel développe les grandes politiques économiques qui doivent faire
face aux nombreuses contraintes, comme les imperfections du marché.
Commentaire critique
C'est un excellent ouvrage qui respecte tous les principes d'un vrai
grand manuel : une présentation suffisamment aérée et colorée,
des analyses complètes étayées d'exemples, d'illustrations, accompagnées
d'encarts aussi variés qu'intéressants (des « gros plans »
sur un point précis, des applications de politique économique...), des
résumés et des exercices à chaque fin de chapitre, enfin un glossaire.
Les parties concernant la microéconomie sont les plus réussies :
les explications révèlent un grand sens pédagogique et s'articulent
autour de représentations graphiques lisibles et très précises, sans
formalisation aucune. À cet égard, Jean-Dominique Lafay, lors de l'avant-propos
de cette édition française, préconise la lecture de ce manuel aux étudiants
de formation mathématique pour être « mieux à même de parler
utilement » (!).
On connaît les penchants de Stiglitz pour la microéconomie dans des
marchés imparfaits. C'est sans surprise le point fort de son ouvrage :
il montre ainsi le rôle de la technologie et de ses externalités sur
l'équilibre de marché qui met à mal les hypothèses de concurrence parfaite,
ou encore le poids de l'information imparfaite dans les échanges microéconomiques
(la réputation d'une entreprise peut, par exemple, constituer une source
d'information créant de véritables barrières à l'entrée du marché).
Cette faculté d'articuler certaines analyses très théoriques avec la
réalité économique est remarquable. Manifestement, Stiglitz s'amuse
beaucoup, ce qui ne gâche rien, bien au contraire : pour comprendre
la construction d'une simple courbe de demande, il travaille sur la
consommation de barres de chocolat et pour montrer comment cette courbe
peut se déplacer, Stiglitz représente graphiquement la baisse de cette
consommation par la prise de conscience des Américains de leur obésité !
Dans la même veine, la crème glacée qui remplace aisément les sorbets
lui permet de présenter la notion d'élasticité de la demande (ici de
sorbets) par rapport au prix.
Il faut rappeler néanmoins que c'est un manuel américain : il y
a donc des questions soulevées ou des présentations (systèmes financier
et fiscal, formes juridiques des entreprises) d'un intérêt très relatif.
Mais cela permet aussi de faire apparaître certaines divergences de
point de vue : Stiglitz réfute, par exemple, l'idée reçue européenne
(sic) qui explique la réussite américaine, en matière de chômage, par
la multiplication des emplois précaires (les « emplois Mac
Do »). L'auteur fait remarquer que les créations d'emploi
ont été fortes dans la haute technologie et les services financiers
et que le nombre d'emplois à temps partiel subis diminue régulièrement.
Stiglitz peut aussi surprendre lorsqu'il considère que le système scolaire
américain est de grande qualité et l'un des plus égalitaires parmi les
PDEM. Stiglitz peut même agacer dans certaines analyses sévères, voire
incomplètes, sur la redistribution (les coûts sur les acteurs économiques
en terme d'incitations seraient prédominants) ou sur l'intégration européenne
(vision excessivement critique de la PAC !).
Niveau de lecture
Destiné avant tout aux étudiants et aux enseignants, il peut fort bien
s'adresser aux élèves courageux de Terminale.
|
|