Note de lecture  
 



Les femmes et la politique française

Véronique Helft-Malz , Paule-Henriette Lévy. Paris : PUF, 2000. 128 pages.
(Que sais-je ? ; n° 3550)
ISBN 2130505090

Fiche réalisée par Monique Abellard, professeur au lycée Paul-Lapie à Courbevoie (92)

 

 
 

Résumé
La première partie retrace les étapes de la conquête des femmes pour le droit de vote et analyse l'évolution de l'orientation du vote des femmes. La deuxième partie présente l'évolution de la représentation des femmes au sein des instances de pouvoir (gouvernements, Parlement, Sénat, partis politiques, syndicats et associations). La troisième partie expose les étapes et les éléments du débat sur la parité.

Commentaire critique
L'ouvrage présente de manière très attrayante les étapes du combat des femmes pour l'obtention du droit de vote et de l'éligibilité : qui se souvient que Jane Valbot s'est enchaînée en 1932 à un siège du Sénat, interrompant ainsi la séance, ou que Louise Weiss était candidate aux élections législatives d'avril 1936, dans le Ve arrondissement (p. 22) ? Les deux auteures dont l'une est journaliste politique et l'autre professeur de communication politique ont l'art de « mettre en scène » les premières femmes qui ont participé à des gouvernements depuis 1936 (leur carrière dépend du « fait du prince », p. 49), le plus souvent sous-secrétaires d'État ; elles mettent en évidence la spécialisation de leur fonction (santé, enseignement préscolaire, …), leur sous-représentation et, jusqu'à une date récente, leur absence des grands ministères. Dans les instances dirigeantes des partis, la représentation des femmes est d'autant plus égalitaire que la parité est inscrite dans le fonctionnement de ces partis (ce qui est le cas des Verts : en 1996, 45 % des membres du bureau du comité du parti sont des femmes contre 5 % à l'UDF, 8 % au RPR, 25 % au PS et 32 % au PCF ; p. 82).
Malgré les attraits de cet ouvrage, on pourra regretter que l'analyse soit incomplète. Ainsi, l'étude de l'évolution du vote des femmes ne porte que sur l'orientation de celui-ci mais pas sur celle de l'abstention. De même, si des éléments permettent de comprendre la sous-représentation des femmes dans la vie politique en France, les interprétations ne sont pas discutées (voir P. Braud : Sous-représentation des femmes et suspicion du système politique démocratique in EPHESIA La Place des femmes, La Découverte, 1995). Or, elles n'appellent pas les mêmes réponses. Si l'on considère que ce sont les représentations qui sont les facteurs déterminants, alors la parité peut participer à leur changement. Au contraire, si l'on considère que c'est la division sexuelle du travail (professionnel et domestique) qui limite le temps consacré par les femmes à la vie politique, la parité en politique doit aussi passer par une plus grande égalité dans les modalités d'application des 35 heures entre hommes et femmes, par exemple (y compris en prenant en compte les différences introduites entre les cadres et les non-cadres), et dans le travail en général …
Il est vrai que le format « 128 pages » des Que sais-je ? constitue une forte contrainte pour les auteurs. Ainsi, s'il est rappelé que « la loi salique est un élément plus significatif que déterminant dans l'éviction des femmes du pouvoir politique », qu' « elle ne concerne que la succession au trône et ne s'applique donc pas aux fiefs et aux terres des diverses provinces, les systèmes juridiques variant d'une région à l'autre » (p. 9), il aurait été important de mentionner que la loi électorale issue de la Révolution française a rencontré des résistances (et pas seulement dans les clubs parisiens) : dans le Pays basque et pyrénéen, les filles aînées, héritières, qui gouvernaient traditionnellement maris et frères cadets ont continué à voter pour leur famille jusqu'en 1794 et il y eut des réactions d'hostilité de la population tout entière (cf. Jean-Louis Flandrin, Familles, parenté, maison, sexualité dans l'ancienne société, coll. L'Univers historique, Le Seuil, 1984). De même, la place consacrée à la sous-représentation des femmes dans les syndicats (deux pages) est trop réduite pour en comprendre les raisons (pas seulement législatives). Enfin, le débat sur la parité aurait gagné en clarté si les modalités avaient été présentées en distinguant les « quotas législatifs » et les « quotas au sein des partis » afin de pouvoir en comprendre les enjeux.
Notons que le livre n'a pas pu faire état des modalités effectives de la loi sur la parité puisqu'il a été mis sous presse avant le vote au Parlement. On ne trouvera donc aucune analyse des enjeux de la parité pour les prochaines municipales et des limites de cette loi.

Niveau de lecture
Premier cycle.

 
       
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