Note de lecture  
 



La population mondiale au XXe siècle.

Jacques Dupâquier. Paris : PUF, 1999. 128 pages .
(Que sais-je ? ; n° 3509)
ISBN 2 13 050348 9

Fiche de lecture réalisée par Monique Abellard, professeur au lycée Paul-Lapie à Courbevoie (92)

 

 
 

Résumé
La croissance de la population mondiale s'accélère et la répartition par grands ensembles géopolitiques au cours du XXe siècle se modifie au profit du Tiers Monde. Les différences de calendrier, de durée et d'intensité de la révolution démographique selon les pays permettent d'expliquer les grands traits de l'histoire de la population mondiale (à travers les mouvements naturels et migratoires) affectée entre autres par les deux guerres mondiales.

Commentaire critique
Jacques Dupâquier, historien démographe, a collaboré avec Marcel Reinhard et André Armengaud, à une Histoire de la population mondiale (Paris, Montchrestien, 1968) qui constitue toujours une référence, et plus récemment, avec Jean-Pierre Bardet à une Histoire des populations de l'Europe (3 vol., Paris, Fayard, 1997-1999).
L'auteur, dans le cadre de la collection Que sais-je ? , a limité son analyse à dix-neuf grands ensembles géopolitiques présentant chacun une certaine homogénéité démographique tout en précisant que les données démographiques pour l'ensemble du Tiers Monde comportent beaucoup d'incertitudes. Les quatre chapitres (I, de 1900 à 1925, « l'impact » de la domination européenne, II de 1925 à 1950, « l'ébranlement » de la puissance démographique de l'Europe, III de 1950 à 1975, « l'explosion » démographique du Tiers Monde, IV de 1975 à 2000, « l'éclatement » lié aux croissances différentielles des populations) traduisent la nécessaire description des évolutions démographiques affectées tant par la transition démographique que par les événements politiques du siècle (les deux guerres mondiales, la révolution russe, les politiques de population nationales ou onusiennes… mais la décolonisation est un mot qui n'apparaît nulle part). Jacques Dupâquier a le mérite de mettre en évidence certains faits souvent occultés : 1) le taux net de reproduction qui avait baissé dans nombre de pays occidentaux au début des années 30 amorce une reprise dès 1936 en France et en Suède, en 1937 aux États-Unis, Finlande, Hongrie, Italie et Tchécoslovaquie, en 1938 au Canada, aux Pays-Bas, en Angleterre et en Suisse. Ce mouvement a été interrompu en Europe au début des hostilités mais il reprend d'abord dans les pays neutres, puis dès 1942 en Angleterre et dans quelques pays occupés (Danemark, France, Pays-Bas). La Libération amplifiera ce mouvement (baby-boom) ; 2) l'ampleur de la baisse de mortalité dans les pays du Tiers Monde et de la reprise de la natalité dans les pays développés ont constitué une surprise pour les démographes comme F.W. Notestein (à qui on doit l'expression « transition démographique », ce qui aurait sans doute dû être mentionné), montrant ainsi la singularité de la transition démographique européenne – la croissance naturelle de la population présentant deux maximums (p. 7).
L'analyse de ces évolutions donne lieu en France à des débats de nature idéologique particulièrement virulents (cf. Le Bras Marianne et les Lapins, l'obsession démographique, Hachette,1993). Ce livre nous le rappelle et n'y échappe pas. Ainsi, après avoir constaté que la fécondité amorce une reprise pendant la dépression des années 30 puis pendant la guerre, l'auteur nous dit qu' « il semble vain de chercher à ce phénomène des explications économiques », les conditions de vie s'étant détériorées : il impute donc ce changement à l'arrivée d'une nouvelle génération « moins calculatrice, moins individualiste ». Le problème est que la démonstration manque singulièrement de cohérence. L'auteur impute la reprise de la fécondité, en 1943, en France, à la politique familiale de 1938-1939, laquelle exercerait un effet incitatif par la modulation du barème des allocations familiales (AF) selon le rang de l'enfant, en omettant totalement de préciser que l'allocation de salaire unique (ASU) représente la pièce essentielle du dispositif valorisant le modèle de la femme au foyer (les femmes sans enfant y ont droit jusqu'à deux ans après leur mariage) : ainsi, en 1947, le montant de l'ASU représente deux fois celui des AF pour une famille de deux enfants, (cf. J. Martin, « Politique familiale et travail des femmes mariées en France : perspectives historiques, 1942-1982 », Population, n° 6, 1998). Les explications économiques sont présentées de manière particulièrement lapidaire (p. 68, Ester Boserup « montra que la croissance de la population y stimulait souvent l'évolution agraire » !), voire simplement citées (Easterlin, p. 73). L'explication réside alors dans le seul « renversement des valeurs en Occident » (p. 78) : « la nouvelle idéologie dévalorise la fonction maternelle, elle cherche à détruire la famille traditionnelle et l'institution du mariage » p. 80 ; l'argumentation est « étayée » par une citation de M. Schooyans, L'Évangile face au désordre mondial, 1997, qui fustige « l'ultraféminisme » (les analyses en terme de gender). La scolarisation (des femmes en particulier) en tant que facteur de changement démographique n'apparaît jamais alors que Condorcet et Boserup sont cités (ainsi que G. Tapinos dans la bibliographie), et que la conférence du Caire est mentionnée (p. 103, « cette baisse mondiale de la fécondité a été orchestrée par l'ONU, le FNUAP et l'OMS qui ont pris en main presque partout les programmes de contraception et de stérilisation ») sans préciser qu'elle cherchait à promouvoir l'éducation des femmes, facteur de développement économique, traduisant moins une politique néo-malthusienne qu'une mise en pratique des idées de Condorcet (cf. Amartya Sen).

Niveau de lecture
Premier cycle.

 
       
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