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Résumé
La croissance de la population mondiale s'accélère et la répartition
par grands ensembles géopolitiques au cours du XXe siècle
se modifie au profit du Tiers Monde. Les différences de calendrier,
de durée et d'intensité de la révolution démographique selon les pays
permettent d'expliquer les grands traits de l'histoire de la population
mondiale (à travers les mouvements naturels et migratoires) affectée
entre autres par les deux guerres mondiales.
Commentaire critique
Jacques Dupâquier, historien démographe, a collaboré avec Marcel Reinhard
et André Armengaud, à une Histoire de la population mondiale
(Paris, Montchrestien, 1968) qui constitue toujours une référence, et
plus récemment, avec Jean-Pierre Bardet à une Histoire des populations
de l'Europe (3 vol., Paris, Fayard, 1997-1999).
L'auteur, dans le cadre de la collection Que sais-je ? ,
a limité son analyse à dix-neuf grands ensembles géopolitiques présentant
chacun une certaine homogénéité démographique tout en précisant que
les données démographiques pour l'ensemble du Tiers Monde comportent
beaucoup d'incertitudes. Les quatre chapitres (I, de 1900 à 1925, « l'impact »
de la domination européenne, II de 1925 à 1950, « l'ébranlement »
de la puissance démographique de l'Europe, III de 1950 à 1975, « l'explosion »
démographique du Tiers Monde, IV de 1975 à 2000, « l'éclatement »
lié aux croissances différentielles des populations) traduisent la nécessaire
description des évolutions démographiques affectées tant par la transition
démographique que par les événements politiques du siècle (les deux
guerres mondiales, la révolution russe, les politiques de population
nationales ou onusiennes… mais la décolonisation est un mot qui n'apparaît
nulle part). Jacques Dupâquier a le mérite de mettre en évidence certains
faits souvent occultés : 1) le taux net de reproduction qui avait baissé
dans nombre de pays occidentaux au début des années 30 amorce une reprise
dès 1936 en France et en Suède, en 1937 aux États-Unis, Finlande, Hongrie,
Italie et Tchécoslovaquie, en 1938 au Canada, aux Pays-Bas, en Angleterre
et en Suisse. Ce mouvement a été interrompu en Europe au début des hostilités
mais il reprend d'abord dans les pays neutres, puis dès 1942 en Angleterre
et dans quelques pays occupés (Danemark, France, Pays-Bas). La Libération
amplifiera ce mouvement (baby-boom) ; 2) l'ampleur de la baisse de mortalité
dans les pays du Tiers Monde et de la reprise de la natalité dans les
pays développés ont constitué une surprise pour les démographes comme
F.W. Notestein (à qui on doit l'expression « transition démographique »,
ce qui aurait sans doute dû être mentionné), montrant ainsi la singularité
de la transition démographique européenne la croissance naturelle
de la population présentant deux maximums (p. 7).
L'analyse de ces évolutions donne lieu en France à des débats de nature
idéologique particulièrement virulents (cf. Le Bras Marianne et les
Lapins, l'obsession démographique, Hachette,1993). Ce livre nous
le rappelle et n'y échappe pas. Ainsi, après avoir constaté que la fécondité
amorce une reprise pendant la dépression des années 30 puis pendant
la guerre, l'auteur nous dit qu' « il semble vain de chercher
à ce phénomène des explications économiques », les conditions
de vie s'étant détériorées : il impute donc ce changement à l'arrivée
d'une nouvelle génération « moins calculatrice, moins individualiste ».
Le problème est que la démonstration manque singulièrement de cohérence.
L'auteur impute la reprise de la fécondité, en 1943, en France, à la
politique familiale de 1938-1939, laquelle exercerait un effet incitatif
par la modulation du barème des allocations familiales (AF) selon le
rang de l'enfant, en omettant totalement de préciser que l'allocation
de salaire unique (ASU) représente la pièce essentielle du dispositif
valorisant le modèle de la femme au foyer (les femmes sans enfant y
ont droit jusqu'à deux ans après leur mariage) : ainsi, en 1947,
le montant de l'ASU représente deux fois celui des AF pour une famille
de deux enfants, (cf. J. Martin, « Politique familiale et
travail des femmes mariées en France : perspectives historiques,
1942-1982 », Population, n° 6, 1998). Les explications
économiques sont présentées de manière particulièrement lapidaire (p.
68, Ester Boserup « montra que la croissance de la population
y stimulait souvent l'évolution agraire » !), voire
simplement citées (Easterlin, p. 73). L'explication réside alors dans
le seul « renversement des valeurs en Occident »
(p. 78) : « la nouvelle idéologie dévalorise la fonction
maternelle, elle cherche à détruire la famille traditionnelle et l'institution
du mariage » p. 80 ; l'argumentation est « étayée »
par une citation de M. Schooyans, L'Évangile face au désordre mondial,
1997, qui fustige « l'ultraféminisme » (les analyses
en terme de gender). La scolarisation (des femmes en particulier)
en tant que facteur de changement démographique n'apparaît jamais alors
que Condorcet et Boserup sont cités (ainsi que G. Tapinos dans la bibliographie),
et que la conférence du Caire est mentionnée (p. 103, « cette
baisse mondiale de la fécondité a été orchestrée par l'ONU, le FNUAP
et l'OMS qui ont pris en main presque partout les programmes de contraception
et de stérilisation ») sans préciser qu'elle cherchait à
promouvoir l'éducation des femmes, facteur de développement économique,
traduisant moins une politique néo-malthusienne qu'une mise en pratique
des idées de Condorcet (cf. Amartya Sen).
Niveau de lecture
Premier cycle.
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