Crise et sortie de crise. Ordre et désordres néolibéraux
Gérard Duménil ; Dominique Lévy
 
Résumé 
Ce que l'on appelle la loi des marchés est en fait la loi d'une classe de propriétaires capitalistes qui est parvenue à rétablir son pouvoir et ses revenus affaiblis au cours des trente glorieuses. La crise structurelle de la fin du XXe siècle ressemble à la grande crise de la fin du XIXe ; il en va de même pour les sorties de crise. L'enjeu de la période est donc la possibilité d'une crise de la sortie de crise comparable à celle de 1929.
Commentaire critique 
Il existe encore des économistes marxistes qui font leur travail : au moins deux. À la différence de tous les auteurs soi-disant radicaux qui se contentent d'anathèmes, Gérard Duménil et Dominique Lévy ne sont pas effrayés par les exigences de l'analyse empirique. On leur doit ici une mise en perspective longue de l'histoire économique du capitalisme (surtout français et américain), construite à partir d'indicateurs aussi proches que possible de ceux que l'on trouve dans la boite à outils de la théorie marxiste : l'évolution du taux de profit, de la productivité du capital, du partage de la valeur ajoutée, des prélèvements financiers, etc.
Leur mérite est d'autant plus grand que l'INSEE ne semble plus intéressée par la production de telles fresques, pourtant fort instructives (que l'on soit marxiste ou non). L'ouvrage vaut donc d'abord par les nombreuses séries et graphiques qui l'illustrent, d'autant que les difficultés techniques sont épargnées au lecteur et que de nombreuses digressions pédagogiques facilitent la lecture et la compréhension. Mais il retient également l'attention par la comparaison effectuée entre les crises structurelles de la fin du XIXe et de la fin du XXe. Sans nier les transformations profondes du capitalisme au cours du siècle, les auteurs mettent en évidence des processus aux logiques semblables (les deux principaux indicateurs étant le taux de profit et la productivité du capital), ce qui les conduit à s'interroger en conclusion sur les risques d'une crise financière aussi grave que celle de 1929.
Il faut insister sur le fait que le travail empirique effectué donne matière à réflexion pour quiconque s'intéresse aux évolutions économiques de longue période, qu'il partage ou non les présupposés théoriques des auteurs.
C'est donc la qualité même du résultat qui conduit à regretter qu'un certain nombre de questions cruciales restent en friche. Il en va notamment de toutes celles qui concernent la faiblesse congénitale de l'analyse marxiste : son incapacité à articuler le déterminisme des structures et l'indétermination historique impliquée par la lutte des classes. On le voit bien à nouveau ici : la référence aux classes reste dans le flou et les logiques économiques semblent s'imposer aux agents sociaux. Or, pour ne prendre qu'un exemple, il faudrait nous expliquer dans le détail, avec le même souci des faits, comment la lutte de classes explique le passage du keynésianisme au néolibéralisme et du capitalisme managérial au capitalisme patrimonial. Car ce sont les hommes qui font l'histoire et non les tendances de la productivité du capital. Mais on ne saurait reprocher à Gérard Duménil et Dominique Lévy de ne pas tout faire seuls ; s'il existe encore des sociologues marxistes, c'est à eux de compléter le travail..
Niveau de lecture
Très accessible, y compris à des lycéens motivés.

Note de lecture rédigée par Marcel Montréal,
Professeur au lycée Romain-Rolland à Argenteuil

DUMÉNIL Gérard ; LÉVY Dominique
Crise et sortie de crise. Ordre et désordres néolibéraux
Paris : PUF, 2000. 286 p.
(Collection Actuel Marx)
ISBN : 2-13051344-1

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juin 2001