La Socialisation : construction des identités sociales et professionnelles
Claude Dubar
 
Résumé
Claude Dubar propose une ambitieuse rétrospective historique des théories de la socialisation, à partir de la psychologie piagétienne pour aboutir à une théorie sociologique de l’identité dans laquelle les trajectoires subjectives des individus sont aussi primordiales que le contexte culturel. Une seconde partie s’intéresse à la socialisation professionnelle, thème de prédilection de l’auteur, et aboutit à une présentation de quatre modèles d’identité professionnelle.
Commentaire critique
La socialisation est-elle un processus d’inculcation, d’apprentissage, d’intériorisation des fonctions sociales, d’incorporation d’un habitus ou de « construction sociale de la réalité » ?… Voilà qui résume l’évolution des théories de la socialisation. Quatre moments de l’histoire des sciences sociales sur ce thème sont donc aisément identifiables : l’analyse psychologique de Piaget et la remise en cause de Durkheim, l’approche culturaliste (Benedict, Kardiner) et fonctionnaliste (la « suprême théorie » de Parsons), l’approche de Bourdieu et, enfin, les dernières analyses débutant dans les années 1980, et qui insistent sur l’incertitude de la réalité, le poids de l’acteur et de ses interactions avec autrui dans un contexte culturel donné.
Au terme de cette brillante présentation, Claude Dubar propose une théorie sociologique de l’identité qui distingue « l’identité pour autrui », c’est-à-dire attribuée par les membres de la société, et « l’identité pour soi », incorporée au terme d’une socialisation « biographique » constituée d’actes d’appartenance. Les individus mettent au point des « stratégies identitaires » pour réduire les possibles désaccords entre ces deux identités. L’analyse de l’auteur est finalement synthétique : elle reprend le processus d’équilibration piagétienne (notamment quand « l’identité pour soi » héritée s’écarte de l’identité visée), elle remet à l’honneur le rôle de l’acteur tout en insistant sur l’influence du contexte socioculturel et les processus interactionnistes. Surtout, Claude Dubar veut montrer que ces multiples constructions identitaires se poursuivent dans le champ professionnel. Dans une longue seconde partie (les deux tiers de l’ouvrage), l’auteur met alors en pratique sa théorie en construisant, au terme d’une enquête par entretiens dans plusieurs grandes entreprises touchées par les mutations de l’organisation du travail, une typologie complexe d’identités socioprofessionnelles.
La lecture devient ici un peu plus aride. On peut aussi s’étonner de la place accordée à la socialisation secondaire dans un ouvrage intitulé La Socialisation. D’ailleurs, certaines critiques n’avaient pas épargné les premières éditions du livre : François de Singly, par exemple, reprochait à Claude Dubar de « minimiser la place de la vie privée » dans le processus de socialisation.
Il n’en reste pas moins que cet ouvrage demeure une référence : le contenu est d’une extrême richesse tout en étant lisible, particulièrement dans sa première partie.
Niveau de lecture
Pour les étudiants en sociologie et les enseignants (programme de première ES).

Note de lecture rédigée par Lionel Wastl,
Professeur au lycée Jules-Ferry à Conflans-Sainte-Honorine

DUBAR Claude
La Socialisation : construction des identités sociales et professionnelles
Paris : Armand Colin, 2002. 255 p.
ISBN : 2-200-26448-8


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