Résumé
Comment expliquer qu’aujourd’hui encore les préférences ludiques ou sportives, les choix d’orientation scolaire ou professionnelle restent aussi différents entre filles et garçons ? Quels sont les mécanismes, les institutions, les situations concrètes qui amènent les enfants à intérioriser des normes et des rôles sociaux différents selon leur sexe ? Cet ouvrage collectif cherche à répondre à ces questions, à dégager les enjeux de cette socialisation différenciée et à esquisser quelques pistes pour faire progresser l’égalité des chances entre les sexes.
Commentaire critique
L’ouvrage comporte une vingtaine de courts chapitres, rédigés par différents spécialistes, qui analysent l’impact des institutions encadra les enfants (cellule familiale, espaces de vie enfantine, milieu scolaire…), des activités et objets proposés aux enfants (jouets, sports, vêtements…) et des médias véhiculant certains stéréotypes sexistes (publicité, littérature enfantine…). Il apparaît clairement que, malgré l’évolution des discours et le sentiment partagé d’un traitement similaire et égalitaire des enfants des deux sexes, garçons et filles se voient proposer, aujourd’hui encore, des normes et rôles sociaux fortement différenciés. Cette construction sociale des différences de genre passe notamment par des interactions verbales et physiques spécifiques avec les adultes, des activités ludiques développant potentiellement des compétences, une image de soi, des centres d’intérêt différents. Elle passe aussi par des modèles d’identification distincts auxquels sont exposés garçons et filles par l’observation directe ou par l’intermédiaire des médias. L’exemple traditionnel des jouets, largement illustré dans le livre, permet de révéler le maintien de pratiques discriminatoires entre les sexes et des stéréotypes passéistes qu’elles véhiculent : la sphère domestique et le paraître pour les filles, l’extérieur et l’activité professionnelle pour les garçons. Les différentes instances de socialisation forment en fait un système très cohérent et contraignant : même si les parents venaient à adopter des comportements strictement égalitaires, les enfants trouveraient de toute façon, notamment dans les médias qui leur sont accessibles, de nombreux modèles de différenciation des rôles attribués à chaque sexe. Les toutes premières années de socialisation apparaissent cruciales : dès l’âge de 20 mois, les enfants manifestent en effet des préférences pour des jouets typiques de leur sexe, et à 2-3 ans, ils ont déjà accumulé des connaissances solides sur les activités, comportements et apparences associés à chaque sexe. En fait, avant l’âge de 5-7 ans, les enfants considèrent que le sexe d’une personne n’est pas une donnée biologique mais dépend des attitudes qu’elle adopte et de son apparence. Ils chercheront dès lors à décrypter dans ce qui les entoure ce qui relève de chaque sexe et à se mettre en conformité avec ce que la société attend d’eux. Grâce à une approche à la fois sociologique, psychologique et historique, l’ouvrage analyse et illustre avec rigueur et clarté les nombreuses dimensions de la socialisation différenciée entre garçons et filles. Il apparaît ainsi que la lutte contre les inégalités homme-femme passe par la mise en valeur de modèles sociaux qui ne soient pas « réducteurs d’imaginaire » pour les filles. Favoriser cette égalité des chances n’est pas chose aisée pour les pouvoirs publics puisqu’une partie importante de la socialisation primaire reste le fait de la cellule familiale, au sein de la sphère privée. Par ailleurs, des développements précédents découle l’idée que la lutte contre les inégalités entre hommes et femmes doit être initiée très tôt, et de fait beaucoup plus tôt que ne le prévoit actuellement l’État. Enfin, la progression vers une socialisation plus équilibrée entre les sexes se heurte au rejet de l’idée, par les agents socialisateurs eux-mêmes, que leurs pratiques restent inéquitables entre filles et garçons. Dans la mesure où, selon Anne Dafflon Novelle, la socialisation différenciée est plus marquée que jamais, une prise de conscience des parents, des enseignants et de tous les professionnels de l’enfance doit nécessairement être encouragée par les autorités publiques pour réduire le « fossé entre représentations et pratiques ».
Niveau de lecture
Ouvrage très clair, accessible à tout public.
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Note de lecture rédigée par Gilles
Bosc,
professeur au lycée Einstein de Sainte-Geneviève-des-Bois (91)
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DAFFLON NOVELLE
Anne Filles-garçons, socialisation différenciée ? Grenoble : Presses universitaires de Grenoble, 2006. 400 p.
(Collection Vies sociales)
ISBN : 2-7061-1310-3 |
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