La France d’après. Rebondir après la crise
Guillaume Duval

« La France d’après » était un des slogans de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007. Mais, contrairement à son ouvrage précédent[1], Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, ne s’attaque pas ici aux propositions de campagne de Nicolas Sarkozy mais à la crise.

La méthode employée reste cependant la même : il part de propositions véhiculées par les médias et certains hommes politiques et cherche à les déconstruire en mobilisant un matériau statistique rigoureux.

Le 1er chapitre donne clairement le ton : « la crise est beaucoup plus qu’une crise financière ». Certes, la mise en faillite de la banque américaine Lehman Brothers a été une grossière erreur de la part des autorités américaines et elle a déclenché une crise mondiale sans précédent. Mais penser que supprimer les subprimes nous protègera à jamais d’une nouvelle crise est illusoire. La crise est la conséquence de la libéralisation des marchés financiers, de leur hypertrophie et de l’absence d’une véritable gouvernance mondiale.

La crise des dettes souveraines, acte II de la crise, montre bien que les marchés financiers ont perdu leur boussole, orientés par des agences de notation aux pratiques douteuses et mus par un appât du gain à court terme.

Que doivent alors faire les Etats ? Réduire la voilure en coupant allègrement dans les dépenses sociales ou le budget de l’éducation ? Sûrement pas ! Si la France a mieux résisté à la crise que ses partenaires européens, c’est grâce à son modèle de protection sociale qui a soutenu la demande. Rogner le budget de l’éducation en supprimant des postes, c’est perdre une partie de son potentiel de croissance à long terme dans une économie où la vraie richesse est la connaissance.

La solution, pas très populaire (surtout chez les riches !), est d’augmenter les impôts tout en restaurant leur progressivité afin de réduire les inégalités.

Puisque la crise s’inscrit dans la tendance longue de la mondialisation, les Etats doivent-ils chercher à protéger leur frontière ? Guillaume Duval n’est pas un partisan de la démondialisation mais il refuse également « l’angélisme » : l’Europe ne doit pas pâtir d’un euro surcoté et doit être capable, comme les Etats-Unis, d’imposer un certain nombre de contraintes à ses partenaires commerciaux.

Une des vertus de ce livre est de montrer que c’est l’Europe qui doit orchestrée les principales réformes (fiscales, environnementales, etc.).  Mais l’Europe ne se résume pas à l’Allemagne et il ne s’agit surtout pas pour la France de chercher à imiter un pays vieillissant à la croissance extravertie.

Pas de défaitisme chez Guillaume Duval mais un volontarisme et un pragmatisme de bon aloi, à l’image de sa conclusion : « tout n’est pas perdu mais le temps est compté, et les politiques qui nous permettraient de continuer à vivre correctement en France et en Europe impliquent un virage à 180° par rapport à celles suivies jusqu’ici ».


[1] Duval G., Sommes-nous des paresseux ? … et 30 autres questions sur la France et les Français, Paris, Seuil, 2008

 

Note de lecture rédigée par Gilles Martin,
Professeur de SES au lycée Lakanal à Sceaux (92)

Guillaume Duval
La France d’après. Rebondir après la crise
Paris, Les petits matin/Alternatives économiques, 2011. 340 pages
ISBN : 978-2-915879-90-2

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