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Lettre
ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles
Bernard Maris.
Paris : Albin Michel, 1999. 190 pages.
ISBN : 2-226-10835-1
Fiche réalisée
par : Marcel Montréal, professeur de SES au lycée Romain-Rolland d'Argenteuil
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Résumé
Le talent de pamphlétaire de Bernard Maris est désormais
reconnu. Les lecteurs de Charlie Hebdo sont habitués aux chroniques
d'Oncle Bernard ; en exergue de cette lettre ouverte on trouve d'ailleurs
une citation signée « O.B. » : « La
théorie économique est vide. Et la réalité
économique a encore plus horreur de la théorie que la
nature a horreur du vide. » Les moins jeunes se souviennent
probablement d'un livre de la même veine, mais plus construit,
publié il y a dix ans déjà : Des économistes
au-dessus de tout soupçon ou la Grande Mascarade des prédictions.
Commentaire critique
Bernard Maris possède un avantage sur les auteurs qui ont réussi ces
dernières années des best-sellers dans le genre « critique
de l'économisme » : il appartient à la tribu. On s'attendait
donc à un résultat beaucoup plus dévastateur. Car les critiques des
profanes n'effleurent même pas les « professionnels »
ou les « scientifiques ». Ceux-ci considèrent
qu'ils n'ont de compte à rendre qu'à leurs pairs. Mais Maris est supposé
savoir de quoi il parle. Ses flèches devraient donc faire mouche à tout
coup.
Hélas, ce n'est pas le cas. Il est vrai qu'on ne s'ennuie pas à lecture
de ces 190 pages, même si elles semblent écrites parfois un peu vite.
Il est vrai que l'on prend du plaisir à voir la profession ridiculisée
par l'attribution d'un prix Nobel scandaleux à Merton et Sholes, ces
charlatans de la finance. Mais la plupart des cibles, par exemple Camdessus,
Minc, Sorman, Trichet, etc., ne sont pas des économistes. Et ceux qui
leur sont opposés, comme étant de valeureux représentants de l'économie
critique telle que la souhaite Oncle Bernard, par exemple Cahuc ou Gabszewicz,
sont au contraire des économistes orthodoxes. Quant aux armes utilisées,
elles paraissent un peu rouillées, bien que non dénuées d'une certaine
efficacité : il s'agit des théorèmes de Sonnenschein et de Lipsey-Lancaster,
vieux respectivement d'un quart et d'un demi-siècle (et qui ne doivent
guère émouvoir le non-initié).
C'est dommage, parce que l'épilogue définit ce que l'on attendait de
ce livre :
- dans sa partie critique, montrer que l'économie a les plus grandes
difficultés à théoriser le marché, qu'elle ne prédit rien, que ses hypothèses
sont irréalistes, ses modèles tautologiques, etc. ;
- dans sa partie programmatique, justifier le retour à « Smith,
Marx et Keynes », a priori attractif, mais qui est loin d'aller
de soi (la modélisation de la « main invisible »
par Walras conduit à l'impasse de l'équilibre général, la modélisation
de la théorie marxienne de la valeur conduit à l'impasse de la transformation
de la valeur en prix de production, la modélisation de Keynes conduit
à la récupération au sein d'une synthèse néoclassique).
Nous conseillons malgré tout cet ouvrage pour la plage, surtout aux
apprentis économistes, afin qu'ils évitent de se prendre au sérieux.
Mais nous espérons que Bernard Maris ajustera mieux son tir la prochaine
fois. En effet, les critiques faibles de l'économisme tendent finalement
à le renforcer. Il me semble que ce n'est pas le but recherché.
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