Note de lecture  
 



Nations et mondialisation

Gérard Lafay ; Colette Herzog ; Michael Freudenberg ; Deniz Ünal-Kesenci.
Paris : Économica, 1999. 412 pages
ISBN : 2-7178-3860-0

Fiche réalisée par Arnaud Parienty, professeur de SES au lycée Paul-Lapie de Courbevoie

 

 
 

Résumé
Cet ouvrage reprend largement les bases statistiques et méthodologiques d'études empiriques antérieures du CEPII, en particulier La Fin des avantages acquis, publié en 1989 par Gérard Lafay et Colette Herzog. On retrouvera en particulier, actualisées, les mêmes analyses de la spécialisation par zones et par produits. L'accent est mis cette fois encore sur le déséquilibre des taux de change, et une étude détaillée est consacrée à la spécialisation au sein de l'Union européenne.

Commentaire critique
Cet ouvrage est d'abord une mine de statistiques sur le commerce et la spécialisation internationaux ; statistiques sophistiquées, puisqu'on retrouve ici les indicateurs d'avantage comparatif révélé et de contribution au solde familiers aux lecteurs des travaux du CEPII. Trois temps bien différents sont perceptibles à la lecture : les deux premiers chapitres développent une thèse relativement polémique, alors que les trois chapitres suivants sont essentiellement descriptifs ; le dernier chapitre analyse complètement une question précise.
La thèse de départ du livre, selon laquelle la sous-évaluation systématique de certaines monnaies bride la croissance et accroît les inégalités en Europe, pose deux problèmes :
- d'abord, il est clair que la concurrence asiatique ne saurait à elle seule rendre compte de la montée des inégalités et du ralentissement de la croissance depuis dix ans. Il existe d'ailleurs une abondante littérature imputant ces phénomènes au progrès technique, à la politique monétaire, etc. Il est étonnant que son existence ne soit même pas signalée, sans même parler d'une discussion du poids des divers facteurs ;
- compte tenu de l'importance de cette affirmation dans le raisonnement des auteurs, on aurait pu attendre une démonstration plus solide. Citons quelques faiblesses : il aurait fallu isoler l'Asie en développement rapide de l'Asie centrale ou de l'Inde. Les auteurs affirment que « le coût salarial unitaire… est devenu beaucoup plus bas dans les pays en développement que dans les pays développés », mais ne présentent pas d'estimation des niveaux de productivité. Les « pays asiatiques à bas salaire » qui fondent les calculs de salaire réel sont… l'Inde, le Pakistan et Sri Lanka (quid de la Thaïlande ou la Chine ?). Les comparaisons ne portent que sur les salaires ouvriers ; or on sait bien que les écarts internationaux de salaires sont nettement plus réduits pour les emplois qualifiés et que les auteurs insistent sur la montée en gamme de l'Asie. Au final, si la surévaluation récente des monnaies européennes et, dans une moindre mesure, du yen est un phénomène assez généralement accepté, l'idée selon laquelle les monnaies asiatiques en général sont sous-évaluées n'emporte pas l'adhésion, faute de démonstration.
Les chapitres 3, 4 et 5, qui forment le cœur du livre, décrivent en détail l'évolution des spécialisations internationales et de l'orientation des échanges. Cette section de l'ouvrage intéressera surtout les spécialistes. Peu problématisées, ces analyses mettent néanmoins en évidence l'émergence commerciale de l'Asie du Sud-Est (Chine maritime comprise) dans la production de biens de consommation, en liaison avec la réorientation de l'appareil productif japonais.
L'endaka, période de surévaluation du yen amorcée par les accords du Plaza en 1985, est évidemment la cause déterminante de ce mouvement de délocalisation massif. La thèse des auteurs quant au rôle des écarts de taux de change par rapport à la PPA reçoit donc ici une confirmation éclatante. Pourtant, dans ces chapitres descriptifs, le lien entre la montée de l'Asie et le déclin japonais n'est pas explicité.
Le dernier chapitre est finalement le plus intéressant, avec des conclusions fortes : l'intégration commerciale en Europe recule depuis plus de quinze ans, malgré les avancées institutionnelles qui n'ont fait qu'éroder la préférence communautaire ; la spécialisation, source possible de déséquilibres internes, des régions européennes ne s'est pas produite jusqu'ici.

Niveau de lecture
Un souci pédagogique certain rend la lecture aisée. Mais les nombreuses hypothèses implicites ne peuvent être reconnues qu'avec une formation de base solide en économie. C'est donc plutôt un ouvrage pour second cycle ou préparation aux concours. De nombreux chiffres et rappels théoriques utiles pour l'enseignant.

 
       
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