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Résumé
Cet ouvrage reprend largement les bases statistiques et méthodologiques
d'études empiriques antérieures du CEPII, en particulier
La Fin des avantages acquis, publié en 1989 par Gérard
Lafay et Colette Herzog. On retrouvera en particulier, actualisées,
les mêmes analyses de la spécialisation par zones et par
produits. L'accent est mis cette fois encore sur le déséquilibre
des taux de change, et une étude détaillée est
consacrée à la spécialisation au sein de l'Union
européenne.
Commentaire critique
Cet ouvrage est d'abord une mine de statistiques sur le commerce et
la spécialisation internationaux ; statistiques sophistiquées, puisqu'on
retrouve ici les indicateurs d'avantage comparatif révélé et de contribution
au solde familiers aux lecteurs des travaux du CEPII. Trois temps bien
différents sont perceptibles à la lecture : les deux premiers chapitres
développent une thèse relativement polémique, alors que les trois chapitres
suivants sont essentiellement descriptifs ; le dernier chapitre analyse
complètement une question précise.
La thèse de départ du livre, selon laquelle la sous-évaluation systématique
de certaines monnaies bride la croissance et accroît les inégalités
en Europe, pose deux problèmes :
- d'abord, il est clair que la concurrence asiatique ne saurait à elle
seule rendre compte de la montée des inégalités et du ralentissement
de la croissance depuis dix ans. Il existe d'ailleurs une abondante
littérature imputant ces phénomènes au progrès technique, à la politique
monétaire, etc. Il est étonnant que son existence ne soit même pas signalée,
sans même parler d'une discussion du poids des divers facteurs ;
- compte tenu de l'importance de cette affirmation dans le raisonnement
des auteurs, on aurait pu attendre une démonstration plus solide. Citons
quelques faiblesses : il aurait fallu isoler l'Asie en développement
rapide de l'Asie centrale ou de l'Inde. Les auteurs affirment que « le
coût salarial unitaire… est devenu beaucoup plus bas dans les pays en
développement que dans les pays développés », mais ne présentent
pas d'estimation des niveaux de productivité. Les « pays
asiatiques à bas salaire » qui fondent les calculs de salaire
réel sont… l'Inde, le Pakistan et Sri Lanka (quid de la Thaïlande
ou la Chine ?). Les comparaisons ne portent que sur les salaires ouvriers
; or on sait bien que les écarts internationaux de salaires sont nettement
plus réduits pour les emplois qualifiés et que les auteurs insistent
sur la montée en gamme de l'Asie. Au final, si la surévaluation récente
des monnaies européennes et, dans une moindre mesure, du yen est un
phénomène assez généralement accepté, l'idée selon laquelle les monnaies
asiatiques en général sont sous-évaluées n'emporte pas l'adhésion, faute
de démonstration.
Les chapitres 3, 4 et 5, qui forment le cœur du livre, décrivent en
détail l'évolution des spécialisations internationales et de l'orientation
des échanges. Cette section de l'ouvrage intéressera surtout les spécialistes.
Peu problématisées, ces analyses mettent néanmoins en évidence l'émergence
commerciale de l'Asie du Sud-Est (Chine maritime comprise) dans la production
de biens de consommation, en liaison avec la réorientation de l'appareil
productif japonais.
L'endaka, période de surévaluation du yen amorcée par les accords
du Plaza en 1985, est évidemment la cause déterminante de ce mouvement
de délocalisation massif. La thèse des auteurs quant au rôle des écarts
de taux de change par rapport à la PPA reçoit donc ici une confirmation
éclatante. Pourtant, dans ces chapitres descriptifs, le lien entre la
montée de l'Asie et le déclin japonais n'est pas explicité.
Le dernier chapitre est finalement le plus intéressant, avec des conclusions
fortes : l'intégration commerciale en Europe recule depuis plus de quinze
ans, malgré les avancées institutionnelles qui n'ont fait qu'éroder
la préférence communautaire ; la spécialisation, source possible de
déséquilibres internes, des régions européennes ne s'est pas produite
jusqu'ici.
Niveau de lecture
Un
souci pédagogique certain rend la lecture aisée. Mais les nombreuses
hypothèses implicites ne peuvent être reconnues qu'avec une formation
de base solide en économie. C'est donc plutôt un ouvrage pour second
cycle ou préparation aux concours. De nombreux chiffres et rappels théoriques
utiles pour l'enseignant.
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