| |
Résumé
Un « Repères » consacré à
la sociologie économique ne peut qu'attirer tout particulièrement
l'attention des professeurs de SES. Cet ouvrage cherche avant tout à
montrer les interactions entre l'économie, qui était censée
étudier des comportements individuels « rationnels »,
et la sociologie, qui s'intéressait en principe aux faits sociaux
non rationnels.
Commentaire critique
En fait, cette distinction artificielle ne correspond guère à l'histoire
des deux disciplines, dès le milieu du XIXe siècle. La sociologie
économique permet surtout, aujourd'hui, de réhabiliter la dimension
politique des phénomènes économiques. Ses objets d'études sont principalement
de trois sortes : premièrement, la construction sociale des
relations marchandes, de la part d'acteurs orientant leurs actions
par des rationalités diverses (dans la lignée de Weber) ; d'autre part,
l'analyse concrète des médiations sociales à l'œuvre sur les
marchés, avec les questions d'organisations, d'institutions, de réseaux
et de coordinations des acteurs ; enfin, la sociologie économique a
une dimension culturelle et cognitive proche de la sociologie de
la connaissance, en reliant les comportements des acteurs aux connaissances
et aux représentations à leur disposition. L'auteur passe en revue les
principaux thèmes abordés par la sociologie économique, ainsi que les
auteurs contemporains les plus marquants, après un rappel des grands
ancêtres, Durkheim, Weber, Halbwachs, Mauss, Veblen, Schumpeter et d'autres,
qui avaient déjà montré tout simplement que le lien social ne saurait
être le fruit du seul calcul optimisateur.
En ce qui concerne la sociologie des marchés, les chercheurs ont montré
les modes de coordination des agents (sur le marché financier, par exemple,
qui est évoqué à plusieurs reprises) qui n'ont rien à voir avec un hypothétique
commissaire-priseur walrasien. Les socio-économistes montrent l'encastrement
social et structural des relations marchandes, à la suite de Marx,
Polanyi et plus récemment Granovetter. On peut ainsi mettre à jour les
réseaux pertinents, les structures et institutions, les normes et les
valeurs sans lesquelles les marchés concrets demeurent incompréhensibles.
Les exemples sont nombreux et passionnants, depuis l'organisation d'un
marché au cadran jusqu'à la structuration du secteur électrique aux
États-Unis. Des concepts plus proprement économiques tels que les « coûts
de transaction » ou les « sentiers de croissance »
sont repris, mais ne s'agit-il pas justement de concepts socio-économiques ?
Les marchés doivent également prévoir des modalités de contrôles des
agents, afin d'éviter par exemple des comportements opportunistes d'« initiés »
sur les marchés financiers. Cette démarche en terme de construction
sociale de réseaux, de structures et de normes est la même pour le marché
du travail, la concurrence, l'innovation… L'auteur n'oublie pas, à la
fin, d'évoquer l'économie des conventions.
Niveau de lecture
Cet ouvrage est donc particulièrement précieux pour ceux qui ne connaissaient
pas encore les développements récents de la sociologie économique, ou
socio-économie. Il ne fait d'ailleurs guère de doute que les domaines
d'étude de la sociologie économique correspondent parfaitement au programme
des SES. Ainsi, ceux qui en doutaient seront convaincus que notre légitimité
institutionnelle a des fondements non seulement pédagogiques mais également
scientifiques, en rapport avec une discipline à la fois ancienne et
renaissante, et un programme de recherche fort auquel nous aurions tout
intérêt à participer.
|
|