Note de lecture  
 



La Sociologie économique

Philippe Steiner Paris : La Découverte, 1999. 122 p. (Repères ; 274).
ISBN 2-7071-3148-2

Fiche réalisée par Éric Barbot, professeur au lycée Albert-Einstein à Sainte-Geneviève-des-Bois

 

 
 

Résumé
Un « Repères » consacré à la sociologie économique ne peut qu'attirer tout particulièrement l'attention des professeurs de SES. Cet ouvrage cherche avant tout à montrer les interactions entre l'économie, qui était censée étudier des comportements individuels « rationnels », et la sociologie, qui s'intéressait en principe aux faits sociaux non rationnels.

Commentaire critique
En fait, cette distinction artificielle ne correspond guère à l'histoire des deux disciplines, dès le milieu du XIXe siècle. La sociologie économique permet surtout, aujourd'hui, de réhabiliter la dimension politique des phénomènes économiques. Ses objets d'études sont principalement de trois sortes : premièrement, la construction sociale des relations marchandes, de la part d'acteurs orientant leurs actions par des rationalités diverses (dans la lignée de Weber) ; d'autre part, l'analyse concrète des médiations sociales à l'œuvre sur les marchés, avec les questions d'organisations, d'institutions, de réseaux et de coordinations des acteurs ; enfin, la sociologie économique a une dimension culturelle et cognitive proche de la sociologie de la connaissance, en reliant les comportements des acteurs aux connaissances et aux représentations à leur disposition. L'auteur passe en revue les principaux thèmes abordés par la sociologie économique, ainsi que les auteurs contemporains les plus marquants, après un rappel des grands ancêtres, Durkheim, Weber, Halbwachs, Mauss, Veblen, Schumpeter et d'autres, qui avaient déjà montré tout simplement que le lien social ne saurait être le fruit du seul calcul optimisateur.
En ce qui concerne la sociologie des marchés, les chercheurs ont montré les modes de coordination des agents (sur le marché financier, par exemple, qui est évoqué à plusieurs reprises) qui n'ont rien à voir avec un hypothétique commissaire-priseur walrasien. Les socio-économistes montrent l'encastrement social et structural des relations marchandes, à la suite de Marx, Polanyi et plus récemment Granovetter. On peut ainsi mettre à jour les réseaux pertinents, les structures et institutions, les normes et les valeurs sans lesquelles les marchés concrets demeurent incompréhensibles. Les exemples sont nombreux et passionnants, depuis l'organisation d'un marché au cadran jusqu'à la structuration du secteur électrique aux États-Unis. Des concepts plus proprement économiques tels que les « coûts de transaction » ou les « sentiers de croissance » sont repris, mais ne s'agit-il pas justement de concepts socio-économiques ? Les marchés doivent également prévoir des modalités de contrôles des agents, afin d'éviter par exemple des comportements opportunistes d'« initiés » sur les marchés financiers. Cette démarche en terme de construction sociale de réseaux, de structures et de normes est la même pour le marché du travail, la concurrence, l'innovation… L'auteur n'oublie pas, à la fin, d'évoquer l'économie des conventions.

Niveau de lecture
Cet ouvrage est donc particulièrement précieux pour ceux qui ne connaissaient pas encore les développements récents de la sociologie économique, ou socio-économie. Il ne fait d'ailleurs guère de doute que les domaines d'étude de la sociologie économique correspondent parfaitement au programme des SES. Ainsi, ceux qui en doutaient seront convaincus que notre légitimité institutionnelle a des fondements non seulement pédagogiques mais également scientifiques, en rapport avec une discipline à la fois ancienne et renaissante, et un programme de recherche fort auquel nous aurions tout intérêt à participer.

 
       
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