| Multimédia et publics migrants primo-arrivants |
Monique HUOT-MARCHAND
Association FAIRE, 48,
rue de lAmiral-Mouchez, 75014 Paris.
E-mail : faire_huotm@hotmail.com
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Lutilisation
du multimédia dans le cadre de formations destinées aux publics de primo-arrivants
doit prendre en compte la diversité et la spécificité de ceux-ci. Au-delà
de lapprentissage du français langue étrangère, elle doit permettre
laccès à dautres codes culturels, voire la découverte de lécrit. |
Spécificité du public et spécificité du multimédia
Lexploitation du multimédia sintensifie à tous les niveaux de la formation, comme dans la vie courante et professionnelle. Pourtant, diverses enquêtes menées auprès dorganismes de formation montrent que, dune façon générale, les équipements informatiques sont plus volontiers exploités avec des publics lecteurs quavec des publics en difficulté. Notons que cette remarque est valable au sein dun même organisme qui reçoit différents niveaux de publics. Dans ce cas, nous ne sommes donc pas confrontés à un problème dordre pécuniaire, mais bien à un choix pédagogique, quil convient délucider. Partant de cette constatation, on peut essayer de mettre en relation la spécificité des publics migrants et la spécificité du multimédia en formation, pour essayer de comprendre ce quil est possible ou non de mettre en place dans une formation pour débutants en langue française, avec les technologies informatiques de communication.
Spécificité du public
Les personnes qui nous préoccupent ici sont les migrants primo-arrivants. Parmi ces personnes, on peut distinguer deux grandes catégories, quel que soit leur âge. Dune part, les migrants ayant, dans leur pays dorigine, acquis la maîtrise des savoirs de base correspondant à une scolarité primaire ou à lâge de lenfant, sil a moins de seize ans ; ces personnes relèvent communément de ce quon appelle le FLE, français langue étrangère. Dautre part les personnes nayant jamais été scolarisées, ou nayant pas acquis, pour diverses raisons, la maîtrise des savoirs de base dans leur propre langue, voire le niveau requis correspondant à leur âge. Ainsi, les personnes non scolarisées relèvent de ce quon appelle communément lalphabétisation. Alors que les personnes peu ou mal scolarisées peuvent être repérées comme relevant de lillettrisme dans leur pays dorigine. Tous ces primo-arrivants, FLE, analphabètes ou illettrés, ont un point commun qui est leur arrivée récente dans une nouvelle culture et un nouveau bain linguistique, deux notions intimement liées.
Le migrant relevant du FLE a essentiellement besoin de mettre en relation sa culture dorigine, orale et écrite, avec la culture du pays daccueil et deffectuer des transferts de compétences et de repères dune culture à lautre. Le migrant analphabète, en revanche, est confronté à une double difficulté qui est de sinitier dune part à la culture daccueil, dautre part à une culture écrite, qui lui est étrangère, compte tenu de son appartenance à une culture essentiellement orale. De fait, la langue orale véhicule un échange entre différents interlocuteurs partageant une situation immanente commune, alors que la langue écrite véhicule une situation différée entre des interlocuteurs distanciés dans le temps et/ou dans lespace, et codifiée à un certain niveau dabstraction avec une vision du monde très marquée culturellement, exigeant une forte complicité pour être comprise. Dans une action dalphabétisation, il sagit donc daider la personne à intégrer simultanément une nouvelle culture mais aussi un nouveau mode de communication. Toutefois, cette évolution peut prendre appui dune part sur les repères et symboles de la culture dorigine, même si ces codes culturels et symboliques y ont été transmis oralement, et dautre part sur une expérience de vie souvent bien intériorisée.
Le migrant en situation dillettrisme dans sa propre langue connaît des difficultés encore plus complexes, confronté quil est à une culture étrangère avant davoir connu une réelle complicité avec sa propre culture. Il ressent forcément la frustration dune scolarité non fructueuse, se sentant exclu dun mode de communication partagé par ses pairs, et souffrant souvent dune déprivation culturelle, à savoir une rupture dans la transmission culturelle. La formation consistera alors à aider ces personnes à se re-constituer un patrimoine culturel, dune part à partir de bribes du patrimoine dorigine quelquefois non encore conscientisées, et dautre part à partir dun nouveau patrimoine à découvrir, à intégrer petit à petit de façon à essayer de combler les manques culturels initiaux.
Quil sagisse donc dune adaptation par transfert de compétences et de repères culturels acquis pour les FLE, dun transfert dune symbolique orale à une autre symbolique véhiculée par une dualité orale et écrite pour lanalphabète ou dune re-constitution dun patrimoine culturel à effectuer entre deux cultures et deux modes dexpression pour des migrants illettrés, nous saisissons toute la dimension personnelle et conceptuelle dun parcours qui ne pourra se réaliser pleinement quà travers dimportants appuis sur ces problématiques spécifiques.Spécificité du multimédia
Or, le multimédia informatisé fait partie des éléments de réponse spécifiques que lon peut proposer à chaque individu, en bonne adéquation avec ses motivations et besoins personnels. Lordinateur permet en effet de proposer à chaque apprenant une tâche individualisée. Quand un individu travaille sur ordinateur, il nest plus confronté à un groupe, souvent hétérogène, mais à une machine interactive, que le formateur ou léquipe pédagogique a pu sélectionner, configurer, et équiper de logiciels pouvant répondre aux besoins de chacun. Le formateur peut également donner des consignes très personnalisées sur lutilisation de telle ou telle partie dun logiciel conseillée à chacun.
Par ailleurs, la spécificité de cet outil est linteractivité quil peut établir avec son interlocuteur, réagissant à ses sollicitations, lui proposant éventuellement des aides, des indices, des bilans, voire dautres propositions susceptibles délargir son champ dinvestigation.
On peut toutefois se demander jusquà quel degré dautonomie cette individualisation peut conduire un non-lecteur dans son dialogue avec la machine, favorisant ainsi les transferts personnels dune culture à lautre dont nous parlions ci-dessus. Les atlas et encyclopédies sur cédérom, ainsi que linternet, peuvent-ils susciter une mise en relation interculturelle avec des non-lecteurs, et, si oui, dans quelles conditions ?
Enfin, cette interactivité a la spécificité dêtre virtuelle, cest-à-dire quelle ne sétablit pas avec une personne réelle. Or cet aspect virtuel de linteractivité multimédia constitue-t-il, de ce fait, un obstacle à la formation de personnes habituées à des échanges en direct, ou constitue-t-il, dans certaines conditions, un tremplin vers lapprentissage dune communication en différé ? Par ailleurs, dans le cas dun trop grand succès de cette interactivité virtuelle, on peut aussi sinterroger sur ce que devient le rôle du formateur.
Cet outil représente, il est vrai, pour la majorité des apprenants dont nous parlons, une nouveauté supplémentaire à intégrer. Linteractivité ne peut, de ce fait, être effective entre lindividu et loutil informatique que par le truchement dun certain nombre de pré-requis techniques et pédagogiques. La question est donc danalyser, en premier lieu, le niveau de ces différents pré-requis et le niveau dopportunité dans lutilisation de cet outil avec les différents publics ciblés, puis ce quil induit comme changement dans laccompagnement pédagogique, ses effets directs et indirects sur lapprenant, sur le rôle du formateur, et enfin la finalité réelle de lutilisation de cet outil en formation de base.
Quels pré-requis pour quels apprenants ?
Pré-requis techniques, un tremplin vers la formation
Pour dialoguer avec un ordinateur, il faut tout dabord en maîtriser linteractivité fonctionnelle, cest-à-dire la manipulation des périphériques dentrée : clavier, souris...
La manipulation de la souris suppose une certaine dextérité ; ce mouvement de la main et des doigts est peu habituel, et pose souvent des problèmes aux néophytes de lordinateur, quel que soit leur niveau, et, à plus forte raison, aux adultes habitués essentiellement à de gros travaux manuels. Mais cette finesse de mouvement nest pas la seule difficulté inhérente à lutilisation de la souris. En effet, lutilisation de ce périphérique suppose également une représentation mentale deffets différés des mouvements accomplis. La main agit sur la souris qui fera se déplacer un curseur matérialisé sur lécran, et non pas directement sur ce curseur. Comme lécrit nous éloigne de limmédiateté, la souris nous entraîne dans le différé, qui demande une mise en relation mentale plus élaborée que la manipulation directe dun marteau ou dune paire de ciseaux. Cette maîtrise demandera donc un temps dinitiation non négligeable, partie intégrante de la formation, qui sera de durée variable selon les individus, et quil conviendra dexploiter éventuellement en remédiation cognitive, pour aborder une réflexion sur ce premier niveau dabstraction. Le jeu du solitaire, présent dans toutes les versions de Windows, permet de sentraîner, sans savoir lire, à mesurer les effets de ses mouvements sur le déplacement de la souris à lécran, ainsi que les effets sensibles de la durée de pression du clic, selon quon veut agir localement ou déplacer un élément.
Une initiation au fonctionnement du clavier est également incontournable pour tout débutant sur ordinateur. Mais le traitement de cette initiation avec des personnes en difficulté à lécrit savère être à la fois une opération relativement complexe à traiter et un bon déclencheur de formation.
La touche « Entrée », première fonction qui permette de dialoguer avec lordinateur par le clavier, est assez facile à intégrer. En revanche, la fonction « Espace » appartient déjà à la notion abstraite dun vide porteur de sens. Cette notion nest pas forcément repérée dans la chaîne orale de communication, mais il est indispensable de la conscientiser dans le cadre dune chaîne écrite, sous peine de rupture de sens dans la communication avec autrui. Par ailleurs, lutilisation des quatre flèches de direction peut être un premier palliatif à la manipulation de la souris, parfois plus longue à intégrer. Mais il faut dabord sassurer que chaque flèche correspond bien, dans la représentation de lapprenant, à la direction qui lui est implicitement attribuée, car la disposition horizontale de ces quatre flèches nimplique pas forcément, pour lui, les quatre directions correspondantes. En outre, la manipulation de ces flèches fait bien sûr également appel à une représentation mentale dun déplacement spatial différé par rapport au mouvement effectué ; le fait de presser une touche ninduit pas forcément, dans la représentation de lexécutant, un déplacement spatial sur lécran. Mais là encore, cette première initiation se fait généralement assez facilement, si chaque pré-requis est respectivement traité, dans le cadre dun exercice bien ciblé, dont nous donnerons des exemples ci-dessous.
Enfin, comme ce nom lindique, une personne analphabète ne connaît pas forcément toutes les lettres de lalphabet, et encore moins les correspondances entre lettres dimprimerie et cursives, majuscules et minuscules. La transcription sur ordinateur dun texte manuscrit en cursives minuscules nécessite deffectuer mentalement une triple correspondance entre les lettres minuscules manuscrites du papier et les lettres dimprimerie majuscules proposées par le clavier, qui seront elles-mêmes retranscrites en minuscules dimprimerie sur lécran. Or, pour résoudre cette difficulté, il est préférable de travailler préalablement avec lapprenant un tableau présentant les correspondances des différentes lettres de lalphabet. Puis on peut aussi isoler les difficultés, en proposant une première transcription à partir dun texte imprimé, avec un simple passage de minuscules à majuscules et passer ensuite à la difficulté plus complexe précédemment décrite de la transcription dun manuscrit. On peut ensuite initier lapprenant à exploiter à bon escient la touche « majuscule », ce qui présuppose une discrimination visuelle de la taille des lettres et un accès au sens de la majuscule. Ces exercices de transcription aident considérablement lapprenti scripteur à sapproprier rapidement les différentes sortes de lettres de lalphabet. Par ailleurs, cette transcription par simple pression de touches sacquiert plus rapidement que le graphisme. En une semaine de stage, un analphabète sera capable de reproduire une phrase quelconque sur ordinateur, alors quil lui faudra en moyenne deux mois pour acquérir le graphisme de toutes les lettres.
Il est à noter que si ces pré-requis ne sont pas intégrés avant une utilisation effective de lordinateur, on court le risque de ne plus savoir si lapprenant a été confronté à une méconnaissance technique de loutil, à un problème de compréhension de consigne ou à une réelle difficulté en relation avec le contenu pédagogique visé.
Et si lon prend en compte limportance pour un débutant de pouvoir très vite élaborer lui-même des traces écrites personnelles de sa formation, le gain de temps pour la connaissance des lettres et lintérêt dune initiation à des traitements dinformation différée pour mieux appréhender la spécificité de la communication écrite, il semble très opportun dutiliser lordinateur dès les premières heures dune formation de base, à condition bien sûr de bien en analyser les étapes et outils appropriés, comme nous allons le développer ci-dessous.
Dans ces conditions, le problème de la formation assistée par ordinateur se pose donc plus en termes danalyse et de traitement des pré-requis et en termes de programmes appropriés, quen termes dun quelconque niveau initial des stagiaires.
Quels outils pédagogiques ou « grand public » ?
Les outils pédagogiques
Des logiciels ouverts pour une meilleure complicité
Il sagit donc danalyser les situations et logiciels susceptibles de répondre à la problématique des publics primo-arrivants. Or, pour travailler sur ordinateur à partir des acquis culturels et représentations personnelles, des logiciels ouverts permettent au formateur dentrer les textes appropriés aux centres dintérêts des apprenants, puis de fabriquer les exercices selon des matrices proposées par le logiciel. Le formateur peut ainsi proposer des activités sur ordinateur qui sappuient sur les textes précédemment travaillés en formation. Ainsi lapprenant peut appréhender lécrit de la culture daccueil par le biais qui lui est le plus attrayant, et avec des exercices paramétrés selon son niveau.
Elmo International, développé par lAFL, propose par exemple une série dexercices permettant de développer simultanément toutes les stratégies fondamentales de lecture efficace : discrimination et mémorisation visuelles, élargissement du champ visuel, lecture sélective avec recherche dinformation, lecture rapide, anticipation par hypothèse ; un test avec élaboration de questionnaire par le formateur permet dévaluer régulièrement lévolution de la vitesse et de la compréhension de lecture.
Un groupe danalphabètes peut, dès la première séance du stage, faire le premier exercice, « Mots Flash », à partir de mots qui viennent dêtre travaillés. Cet exercice consiste à mémoriser un mot qui apparaît et sefface, puis à le sélectionner dans une liste. La sélection peut se faire à laide de la souris ou des flèches, ce qui peut constituer une première initiation à ces différentes manipulations, comme il a été fait allusion plus haut. Des aides sont également proposées à lapprenant, visant à le mettre le plus possible en situation de réussite, élément important pour aider un individu à reprendre confiance dans une situation de déracinement. Une fois quil a réalisé plusieurs séries dexercices, le stagiaire en connaît le fonctionnement et peut y évoluer sur des textes nouveaux, en toute autonomie, avec un accès direct à ses résultats et la possibilité de refaire un exercice. Des outils spécifiques permettent au formateur danalyser la lisibilité des textes, à savoir leur niveau de difficulté. Formateurs et stagiaires peuvent aussi analyser la langue écrite en observant les dictionnaires des textes que le logiciel peut réaliser, et en effectuant des recherches doccurrences, ou différentes utilisations dun ou plusieurs mots dans un texte. Des jeux linguistiques ouverts viennent compléter cet outil pédagogique. Des exercices de phrases à trous, ou de remise en ordre de phrases sont déjà des tremplins vers lécriture qui peut ainsi être simultanément développée, permettant à lindividu de sapproprier et dintérioriser la langue écrite au fur et à mesure quil lexplore. Les dictionnaires peuvent aussi être exploités comme aide à lécriture personnelle. Partant des quelques mots dune simple phrase en début de formation, le logiciel peut ainsi accompagner lapprenant dans sa découverte de lécrit, toujours par rapport à des textes quil connaît et qui lintéressent, laidant ainsi à se frayer une lecture personnelle, emprunte de son propre vécu, à travers cette nouvelle culture et ce nouveau mode de communication. Un autre logiciel de ce type, les Langagiciels et Nuagiciels, édité par ECLIRE, propose aussi au formateur délaborer des exercices de lecture et décriture à partir de textes entrés à cet effet. Ce logiciel travaille davantage sur les différentes prises dindices du lecteur, tant au niveau graphique que conceptuel. Lobjectif des exercices consiste à retrouver les mots dun texte qui sefface ou réapparaît progressivement, selon les paramétrages demandés. Lindividu peut intervenir à nimporte quel endroit du texte, favorisant ainsi une grande liberté dans lorganisation de la prise dindices. Le fait que le pointage des erreurs se fasse au fur et à mesure, incitant lapprenant à trouver lui-même son erreur, sans jamais laisser de trace, et avec la possibilité denregistrer un exercice inachevé et de le reprendre quand on veut, en fait un bon outil dexploration libre et personnalisée de lécrit.
Un logiciel de vocabulaire ouvert va être proposé sur le marché en cette fin dannée, Vitamot, un nouveau module du logiciel Vocabwin, édité par le TNT. Ce logiciel traitera lappropriation des 600 mots les plus fréquents du français fondamental, quil est indispensable de travailler avec des débutants. Ce cédérom propose létude des mots par champs sémantiques et en situation contextuelle, à partir de récits à travailler préalablement en formation, avec différents niveaux adaptés aux groupes hétérogènes de primo arrivants analphabètes, illettrés ou FLE, et avec des aides sonores et visuelles. Le grand intérêt de ce logiciel ouvert est doffrir le cadre de ces 600 mots que le formateur peut travailler à partir de ses propres textes.
Dautres logiciels ouverts sont plus spécifiquement centrés sur des aides à lécriture :
le cédérom LIRE, dEuromédia Formation, propose une aide à lécriture à partir de thèmes illustrés dimages fixes, mobiles et textes, qui peuvent également être entrés par le formateur ;
GramR Junior, de Jeriko, incite lapprenant à écrire à partir de textes classés par typologie, ou à partir déléments évocatoires : images, musiques, phrases. À tout moment lutilisateur peut appeler laide de mémentos de grammaire, conjugaison, lexique, ainsi quun correcteur. Toutes ces aides et tous ces éléments incitatifs peuvent être modifiés ou enrichis par le formateur ;
le module Correcrit des Langagiciels est aussi très intéressant pour aider lapprenant à travailler sur ses erreurs de scripteur ; en effet, un texte initialement écrit sur traitement de texte peut y être transféré et corrigé par le formateur, puis présenté à lapprenant avec différentes aides lincitant à corriger lui-même ses erreurs. Il existe, bien sûr, plusieurs autres logiciels ouverts qui traitent chacun différents points évoqués plus haut, mais de façon souvent moins complète, moins structurée, ou faisant moins appel à une construction de sens à partir de textes en tant que tels. Or, plus on réduit la complicité intelligente quun individu peut établir avec un texte, voire un exercice sur ordinateur, moins on favorisera son épanouissement personnel et culturel, donc la qualité de son insertion.
Le traitement de texte, bien sûr, sera utilisé transversalement, dabord pour apprendre à recopier les phrases dautrui, puis ses propres phrases dictées au formateur, puis, dans le cadre dateliers décriture, pour écrire ses propres impressions par rapport à un texte ou à un événement, en sappuyant, au fur et à mesure, sur tous les mots et textes rencontrés et capitalisés au cours de la formation. Cest sur le traitement de texte que seront mémorisés tous les grands moments de la formation, collectifs et individuels.
Dautres types de logiciels :
Dautres logiciels sont proposés sur le marché à lattention des non-lecteurs ; citons, à titre dexemple :
Assimo, cédérom édité par Animage, présente des séries de quatre activités à partir de dix thèmes répartis en sous-thèmes. Ces thèmes sont traités dans un contexte multimédia avec image, son et texte ; mais le formateur na pas la possibilité dadapter ou denrichir cette banque de données.
Certains livres interactifs sur cédérom sont par ailleurs très abordables pour des apprentis lecteurs, comme Le Livre de Lulu, conçu par Romain Victor Pujebet. Lapprenant y construit en effet toute sa compréhension grâce à un ensemble multimédia favorisant différentes stimulations sensorielles, intellectuelles, scripturales et conceptuelles. Ce conte interactif, véritable bain de lecture, est une bonne illustration de lexploitation pédagogique du multimédia comme élément facilitateur de compréhension et dappétence à lécrit. Il suscite par ailleurs une intéressante réflexion sur ce que peut être une lecture en hyperlien, non linéaire, où le lecteur devient acteur, sensation quil est important de susciter le plus vite possible à un apprenti lecteur. Or ce livre serait parfaitement inaccessible pour des débutants sans les apports multimédias.
Des outils accessibles en mathématiques :
Le logiciel Mac6, du TNT, accompagne lapprenant depuis la numération élémentaire jusquau calcul de pourcentages, en passant, bien sûr, par les quatre opérations de base, avec de précieux exercices et jeux de logique et de spatialisation. Lintérêt de lapprenant y est soutenu par de fréquentes mises en situation de vie quotidienne, et lajout récent des aides sonores est un élément précieux pour les non-lecteurs.
Le module de géométrie inclus dans les Langagiciels, Rédigeo, est un des rares logiciels ouverts en mathématiques. Il travaille essentiellement sur la conceptualisation dune figure géométrique que lordinateur réalise selon les données proposées par lapprenant. Ce dernier peut, de fait, se consacrer essentiellement à cet effort de conceptualisation, puisquil na quà sélectionner sur liste les différentes données possibles proposées par le logiciel ; ce logiciel interactif répond ensuite par une analyse de la faisabilité de la figure selon la cohérence des propositions. Il sagit, là encore, dun logiciel dont linteractivité engendre une autonomie progressive de lapprenant, tout en lincitant à exploiter au maximum son propre potentiel intellectuel, élément incontournable pour une bonne restauration narcissique.
Il existe également beaucoup dautres logiciels de mathématiques exploitables avec ces publics, mais il sagit souvent, comme en français, de logiciels plus parcellaires, ou mettant plus laccent sur lexécution dopérations que sur laspect conceptuel de ces opérations. Or il est très important daccéder au concept qui induit les opérations que lon apprend à effectuer. Selon les travaux de Marie-Alix Girodet, cest justement par cette mise en relation conceptuelle quun individu peut passer de façon fructueuse dune base de calcul dans sa culture dorigine à une autre base de calcul.
Des logiciels « grands publics » pour une mise en relation des différentes cultures
Dans ce même ordre didées, les cédéroms sur le corps humain, par exemple, sont aussi des outils qui peuvent aider la personne à prendre ou reprendre conscience de son corps et à analyser les différents rapports au corps selon les cultures. Dans ce domaine, le cédérom en 3D édité par Edusoft propose une approche très accessible grâce à une bonne exploitation du multimédia, avec textes simples, aides sonores, images manipulables en 3D, lexique et traitement de certains thèmes comme la santé...
Les atlas et encyclopédies sont aussi dexcellents médiateurs entre les cultures. Latlas Encarta est particulièrement adapté aux apprentis lecteurs. Les animations audiovisuelles y sont très plaisantes, les textes sont souvent courts et faciles et peuvent être retravaillés après impression. La fonction de survol permet à lindividu dintérioriser lespace géographique reliant pays dorigine et pays daccueil. À ce propos, la possibilité de placer des repères et commentaires aux endroits géographiques chers à la personne, comme son village natal ou ses voyages, réels ou rêvés, et dûment datés, aide à la reconnaissance dune existence qui peut ainsi se situer dans le temps et lespace. Lexploitation dinternet, dans le cadre dobjectifs bien ciblés et bien cadrés par rapport aux prérequis afférents, peut aussi aider la personne à effectuer mentalement des relations virtuelles spatio-temporelles : des informations en temps réel sur un pays qui vit une forte actualité sont aussi fructueuses que des recherches transversales, même simplifiées, sur un centre dintérêt quelconque. Les cédéroms culturels dune façon générale, ainsi quinternet, sont dexcellentes mines de textes fort intéressants qui peuvent être retravaillés, voire introduits dans des logiciels ouverts pour devenir supports dentraînement à la lecture, puis exploitables en atelier décriture pour la constitution de dossiers personnels ou documentaires.Un certain nombre de logiciels proposés sur le marché peuvent donc apporter des réponses à la problématique des débutants en langue française, orale et/ou écrite. Nous avons déjà, par ailleurs, analysé les premiers éléments daccompagnement technique sur linteractivité fonctionnelle, nécessaires à tout débutant en informatique, et tout particulièrement aux personnes analphabètes. Mais laccompagnement technique et pédagogique qui permet doptimiser le potentiel dinteractivité entre un logiciel et un apprenant constitue souvent une difficulté pour le formateur, qui nest dailleurs pas toujours analysée en tant que telle.
Quel accompagnement technique et pédagogique ?
Quel accompagnement technique ?
Rappelons premièrement que tout utilisateur dune machine doit y être autonome, quel que soit son niveau initial, et doit être capable de la mettre en marche, de larrêter, den ouvrir, enregistrer et fermer correctement les fichiers, ce qui sapprend aussi progressivement et constitue un excellent exemple de planification de la tâche. Une petite initiation sur les conditions de bon fonctionnement général de lordinateur peut en outre inciter lapprenant à mieux respecter ces consignes techniques. Il reste ensuite à prendre en compte les spécificités de navigation pour chaque nouveau logiciel. Le formateur doit en effet analyser la nature de la navigation, la fonction des différents boutons, icônes, menus et aides multimédias qui permettront détablir linteractivité. Si des aides sonores, visuelles ou textuelles sont proposées à cet effet, il est important de faire en sorte que lapprenant soit en mesure dy accéder. Pour certains logiciels, lélaboration dune fiche technique mise à disposition du stagiaire est très efficace. Il conviendra ensuite de présenter ces nouveaux éléments en faisant appel à des techniques précises. On peut, pour ce faire, effectuer une démonstration sur un ordinateur autour duquel seront groupés les apprenants, ou sur un ordinateur relié à un gros téléviseur par un connecteur solution très peu coûteuse voire à un vidéo projecteur, solution beaucoup plus onéreuse.
Vient ensuite le problème de lecture et de compréhension des consignes. Ce problème, déjà si préoccupant sur support papier, est loin dêtre résolu sur ordinateur. Comme dans les livres scolaires, les consignes de certains logiciels sont quelquefois rédigées dans un niveau de langue bien supérieur au niveau de lexercice proposé. Il conviendra alors de vérifier auprès dun lecteur sil a bien compris les consignes, et, auprès du non-lecteur, de travailler éventuellement le texte des consignes avant le passage sur logiciel. Lors des premiers passages, on pourra constituer des groupes de deux, de façon à faire jouer la médiation entre pairs, très efficace sur ordinateur.Un accompagnement pédagogique spécifique ?
Une préparation en amont de la séance sur multimédia
Mais la préparation technique ne suffit pas forcément. La préparation pédagogique à un activité sur ordinateur est au moins aussi importante que dans les activités traditionnelles, sinon plus. Pourtant, certains animateurs ont tendance à accorder une fonction magique à lordinateur, qui ferait que tout y serait possible sans préparation. Certains logiciels proposent bien sûr des aides textuelles, sonores et visuelles, voire des explications théoriques avant lexercice. Mais encore faut-il sassurer que lapprenant a un niveau suffisant pour comprendre ces éléments théoriques et tirer profit des aides. En outre, comme dans toute activité pédagogique, plus lobjectif est clair, plus le facteur de réussite est important. Et cela est dautant plus sensible quand il sagit dun travail sur ordinateur, et a fortiori avec des personnes nayant pas forcément bénéficié dune formation structurante au préalable.
Lordinateur est en effet un outil complexe dont la spécificité est essentiellement sa qualité interactive, qui intervient à différents niveaux. Nous avons déjà analysé le niveau dinteractivité fonctionnelle, qui sollicite les périphériques dentrée pour faire fonctionner les autres niveaux dinteractivité. Mais derrière un ordinateur se cache aussi les interactivités conceptuelles du constructeur, du concepteur de linterface sélectionnée, des concepteurs de logiciels, puis, éventuellement, linteractivité pédagogique proposée en amont par le formateur. Quand on propose à un apprenant de dialoguer avec un ordinateur, cest à tous ces niveaux dinteractivité quon lui demande de se confronter. Or sil nest pas suffisamment préparé, il risque de cliquer au hasard et dentrer ainsi dans un labyrinthe dinteractivités qui le dépasse et que, très vite, il ne saura plus gérer. Nous sommes confrontés là à une grande différence avec lactivité sur papier qui, même si elle nest pas bien comprise, peut difficilement enclencher autant dinteractivités ingérables. Cette problématique de lordinateur accentue la nécessité délaborer des objectifs de formation en étroite collaboration avec les intéressés. Car, plus lapprenant sera partie prenante du bon fonctionnement de loutil comme nous lavons signalé plus haut et des objectifs poursuivis lors de son passage sur ordinateur, moins il aura tendance à cliquer au hasard par curiosité, par erreur ou par ennui. Si en revanche il adhère à lobjectif fixé, il se concentrera plus volontiers sur sa tâche.
Toutefois, il est paradoxalement également important que lapprenant du troisième millénaire comprenne toute la richesse interactive de loutil informatique. Un tel outil doit aussi permettre de développer curiosité et créativité. Pour ce faire, il est souhaitable que lutilisateur apprenne non seulement à naviguer sur un cédérom ou internet, mais apprenne aussi et surtout comment mener sur ces supports une recherche selon un objectif. Or cela peut se faire à force de mener à bien des recherches ciblées autour dun objectif. À ce stade-là seulement, il peut être fructueux de laisser lapprenant explorer par lui-même lAtlas, des cédéroms culturels ou linternet, etc. Même sil ne perçoit pas toutes les informations proposées, lessentiel est alors quil comprenne comment seffectue son exploration et que cela laide à construire petit à petit une autonomie par rapport au fonctionnement de cet outil, quil pourra éventuellement mieux explorer au fur et à mesure de ses progrès en lecture. Toujours est-il que ces moments de prise de liberté exploratoire font partie de la connaissance de ce quest le multimédia. Mais il faut, dans ce cas, insister sur lencadrement pédagogique à mettre en place en amont, pour permettre à la personne de se structurer et délargir ses centres dintérêts par cette approche, et non pas de se perdre avec un fort sentiment dincompétence.
Les moments de créativité sont aussi incontournables, que ce soit par écriture ou mise en page sur traitement de texte, élaboration de graphismes avec la fonction « dessin » dun traitement de texte ou un logiciel spécifique comme Painbrush. Là encore, bien sûr, ces moments de créativité doivent faire suite à un minimum dinitiation aux commandes disponibles, de façon à ce que cette créativité ne devienne pas un leurre ou un échec, mais un véritable moment dexpression libre personnelle.
Quelle évaluation, en aval de la séance, des parcours et stratégies développés sur multimédia ?
Évaluation sommative ou formative avec lapprenant ?
En fait, pour que le travail sur ordinateur soit réellement fructueux, il est très important quil soit suivi dun échange constructif.
Or, sil est facile déchanger avec lapprenant à partir dune évaluation formative et détaillée proposée par le logiciel, il est en revanche encore plus important de réfléchir rapidement avec lintéressé à partir dune évaluation sommative réduite à des scores peu explicites de façon à ce que, dans lun et lautre cas, les facteurs de réussite ou déchec puissent être analysés en vue de la suite du parcours.Évaluation des parcours avec le multimédia
Lévaluation objective de lordinateur est quelquefois plus convaincante que les remarques du formateur, parfois ressenties comme complaisantes par un apprenant dubitatif. Il nen demeure pas moins que, en lecture, dune part lordinateur donne des évaluations chiffrées très objectives sur la vitesse et le taux de compréhension du lecteur, dautre part lévolution de ces performances est généralement plus rapide que sur papier, surtout en cas dentraînement régulier sur ordinateur, à savoir une à deux fois dix minutes par jour. Dans la mesure où il faut avoir vu mille fois un mot de langue française pour savoir le lire et lécrire sans erreur, on comprend lavantage pour des débutants de faire toute une série dexercices sur le même texte. Par ailleurs, la vitesse deffacement de mots ou de textes, paramétrable par le formateur, est un exercice précieux pour améliorer les performances de lecture, plus difficile à réaliser sur support papier. La possibilité davoir, sur certains logiciels comme ceux de lAFL, une évaluation détaillée et mémorisée, permet au formateur délaborer facilement une évaluation formative avec lapprenant par un traitement positif de ses erreurs ; cela aussi, bien sûr, favorise la conscientisation et lintériorisation des stratégies développées.
En ce qui concerne lexpression écrite, le départ est, nous lavons vu, plus rapide sur ordinateur pour un analphabète, mais lincitation à lécrit peut également en être facilitée pour des personnes en situation dillettrisme, bloquées par la feuille blanche. En effet, la page du traitement de texte nest pas vide mais conviviale, avec de multiples aides et incitations. En outre, le clavier peut ici jouer le rôle de médiateur neutre entre une main maladroite et le support de lécriture ; un blocage face au stylo et à la page blanche peut être levé par cette situation nouvelle qui nest pas synonyme déchec. On est également en présence dun phénomène assez fréquent en pédagogie assistée par ordinateur avec les personnes analphabètes et illettrées, à savoir que lordinateur incite la personne à intérioriser une notion abstraite, souvent moins perceptible dans la communication sur papier. On connaît en effet le mal que rencontrent certains scripteurs en difficulté pour bien découper leur chaîne écrite, souvent par une méconnaissance de limportance de ce découpage. Mais le fait de devoir marquer matériellement lespace entre chaque mot par une incontournable pression de la « barre espace » aide lindividu à prendre conscience de lexistence, puis du sens de ce vide faisant partie intégrante de la chaîne écrite. De même, les espaces, ponctuations, majuscules et règles de mise en page sont apparemment plus rapidement intériorisées du fait de la matérialisation du geste qui les accompagne. Un travail bien préparé sur internet, sil favorise, bien sûr, une appropriation de la lecture « en situation », est également très incitateur dune attention à lorthographe, dans la mesure où toute recherche demandée à partir dun mot mal orthographié ne pourra aboutir.
Grâce à sa fonction multimédia, cet outil peut aussi faciliter, nous lavons vu, la mémorisation déléments totalement nouveaux et inconnus, car toute information présentée de façon récurrente par le texte, le son et limage est plus facilement mémorisable.Une évaluation dordre cognitif inhérente au multimédia
Un deuxième niveau dévaluation porte sur les stratégies et difficultés rencontrées par rapport à la spécificité du travail sur multimédia. Nous avons déjà évoqué lintérêt cognitif de leffet différé des périphériques dentrée. Lordinateur suscite, en effet, à différents niveaux, des opérations mentales très élaborées, quil convient dexploiter. La matérialisation des manipulations nécessaires à la demande daide, de correction facilite la mémorisation de son parcours par lapprenant. Il est donc plus facile de reformuler lhistorique des hésitations et erreurs, ce qui est très formateur.
Sur le plan cognitif, la rigueur dun outil qui na aucune capacité de rectification de lerreur est très intéressante. Dans lapprentissage de son autonomie sur lordinateur, lutilisateur apprend en effet à ses dépends que loubli dune consigne ou la réalisation de consignes dans le désordre peut entraîner des dysfonctionnements fâcheux. Pour maîtriser loutil et non pas se laisser maîtriser par lui, il faut donc observer une certaine rigueur dans la mise en relation des différentes fonctions, ce qui aide considérablement la personne à intérioriser la structure et lintérêt de cette rigueur.
Laccès à des actions différées, si celles-ci sont cognitivement conscientisées, aide lapprenant à mieux intérioriser laspect différé de la langue écrite, par transposition de situation.
Or cette intériorisation ne peut se faire que sil y a eu, après lexpérience vécue sur ordinateur, prise de conscience, analyse et conceptualisation de la situation. On sait, en pédagogie, que ce nest quaprès tout ce travail cognitif quune expérience est réellement transférable dans la vie personnelle de lindividu.
Évolution du rôle du formateur : réduction ou apport qualitatif ?
Il est à noter que, à partir du moment où un individu entre en interactivité avec la machine, il se crée alors une complicité entre la machine et son interlocuteur qui fait que lapprenant nest plus directement dépendant du formateur. Le formateur nest plus son interlocuteur direct et ne peut plus prétendre à donner des consignes ou à établir un dialogue. En fait, cest lexécutant qui devient alors maître de son activité et qui peut décider de solliciter un dialogue avec le formateur, essentiellement en cas de problème, voire de réussite quil souhaite partager.
Cela induit deux conséquences. Premièrement, cette complicité avec lordinateur permet à lapprenant de prendre une distance intellectuelle et affective vis-à-vis du formateur, qui nest plus le seul détenteur du savoir, et qui, de ce fait, ne canalise plus toute lattention affective du stagiaire. Il est intéressant de constater que, parallèlement, cette distanciation peut parfois libérer lapprenant dune trop grande emprise de certains formateurs. Lordinateur, tierce personne, vient complexifier la relation pédagogique triangulaire, formateur-apprenant-tâche, et devient ainsi un régulateur de la relation formateur-apprenant.
Ainsi, au fur et à mesure que lapprenant acquiert une autonomie dutilisation et dexpression sur ordinateur, le formateur devient, pendant la séance informatique, une personne ressource dont lapprenant a de moins en moins besoin. Cela implique la prise de conscience, pour le formateur, dun nouveau rôle qui lui incomberait alors. Et pose quelquefois problème à certains formateurs qui se sentent quelque peu dépossédés de leur fonction danimateur ; ce qui contribue peut-être à générer certaines réticences...
Pourtant, si on réfléchit bien, cest peut-être à ce moment précis que le métier de formateur prend tout son sens. Quel est en effet lobjectif dune formation, sinon la prise dautonomie du stagiaire sur la construction de son propre apprentissage ? Ce qui est sur les lèvres et dans les livres depuis tant dannées, lordinateur peut enfin le réaliser. En réalité, le formateur est loin dêtre dépossédé de ses fonctions. Car cest justement, comme nous lavons analysé précédemment, de la façon dont il jouera son rôle de médiateur en amont et en aval de la séance informatique que dépendra la réussite de cette interactivité formative suscitée par le multimédia. Ainsi le rôle du formateur, loin dêtre réduit ou anéanti, trouve-t-il en lordinateur le relais nécessaire à lépanouissement autonome de tout le travail de fonds effectué en étroite collaboration avec lapprenant, avant et après linteractivité multimédia.
Limites et impacts du multimédia
Limites
De fait, la séance sur ordinateur, nous lavons vu, ne sera fructueuse avec les publics concernés que si elle est dûment préparée en amont et exploitée en aval. Cela montre bien que lordinateur nest pas une fin en soi, mais doit être utilisé comme un outil pédagogique parmi dautres et ne doit surtout pas supplanter les autres supports. Les logiciels dentraînement à la lecture sont, comme leur nom lindique, des exerciseurs qui ne sont réellement efficaces que sils sont exploités parallèlement à de véritables mises en situation de lecture, sur divers écrits : récits, poèmes, presse, documentaires, documents administratifs, etc. Si lécriture est parfois facilitée par lordinateur, lécriture manuscrite doit aussi être introduite en cours de stage, car le contact physique avec le livre ou la feuille de papier fait partie du plaisir de lire et décrire, et, de toute façon, tout individu aura encore quelques lignes manuscrites à tracer...
Enfin, il faut savoir que lordinateur sollicite le cerveau de telle façon que, pour des raisons intellectuelles, neurologiques et physiques, le travail sur ordinateur ne devrait jamais dépassé trois quarts dheure daffilé, une heure au maximum. La séquence pédagogique idéale de trois heures pourrait donc se dérouler en trois parties dune heure chacune : travail pédagogique traditionnel avec préparation éventuelle des prérequis techniques et pédagogiques, séance sur ordinateur faisant suite au travail précédent, puis échanges analytiques sur le déroulement de la séance informatique.Impacts
Lordinateur est souvent ressenti comme un outil réservé aux personnes qui détiennent le savoir, et difficile à utiliser. Le fait den proposer une utilisation progressive et bien ciblée à des personnes analphabètes et illettrées les aide considérablement à prendre ou reprendre confiance en leur capacité daccéder au partage dun savoir « noble ». La facilité parfois déconcertante de certaines manipulations bien préparées les aide aussi quelque peu à désacraliser la représentation quils ont de la difficulté à utiliser cette machine. Certains stagiaires analphabètes font dailleurs remarquer que cette désacralisation de la machine en général leur avait facilité laccès à beaucoup de machines incontournables de notre environnement, comme les distributeurs automatiques de titres de transport par exemple. Cette facilitation était dailleurs autant analysée comme le résultat dun apprentissage cognitif au niveau de lexploration systématique des différentes fonctions et de la planification des actions, que comme la résultante dune désacralisation de la machine dont lutilisation était pour eux initialement source de stress.
Cet outil est donc particulièrement valorisant et facilitateur dune certaine évolution. Les productions sur traitement de texte sont notamment des écrits propres à la communication sociale, et très valorisants pour la personne qui les produit et peut les soumettre à ses proches sans rougir. La qualité de mise en page de ces productions les rend également exploitables en dossiers, journaux, qui peuvent être édités à des fins de publication plus ou moins élargies.
Finalité du multimédia en formation
Ainsi, lutilisation de lordinateur avec des personnes primo-arrivantes, relevant du FLE, de lalphabétisation ou de lillettrisme, est donc tout à fait possible et fructueuse, à condition, bien sûr, quelle fasse partie intégrante dun environnement pédagogique bien structuré et non aléatoire.
Toutefois, si cet outil donne, dans certaines conditions, dexcellents résultats pédagogiques, y compris dans lapprofondissement du rôle du formateur, on ne peut en aucun cas le réduire à cette unique fonction pédagogique. Outil riche et complexe, il peut avoir également des impacts dordre cognitif et de restauration narcissique. Mais il est aussi, et surtout, un véritable atout dinsertion. Il y aurait fort à parier que cet objet, de plus en plus familier et indispensable à la vie quotidienne et professionnelle, devienne un outil de transmission dinformation pour toute profession à venir, quel quen soit le niveau de formation requis. On sait par exemple que, dans un avenir relativement proche, lordinateur familial remplira à lui seul les fonctions de téléphone, fax, téléviseur et ordinateur, y compris sur réseaux. On parle dailleurs aujourdhui de cet outil comme porteur dune exclusion supplémentaire entre enfants internautes ou pas ; cela est aussi vrai pour tout adulte souhaitant réussir son insertion et celle de ses enfants. Outil incontournable dans notre culture occidentale, lordinateur peut être à la fois le médiateur par lequel lindividu renoue des contacts en temps réel avec sa propre culture et le médiateur par lequel lindividu consolide son insertion dans la culture occidentale, son adhésion à un certain savoir, savoir-faire, ainsi quà une certaine génération, autant déléments incontournables pour prévenir ou lutter contre lexclusion. Néanmoins, tout le travail danalyse effectué sur les modalités dutilisation autant que sur les limites de cet outil par rapport à lampleur dune véritable culture livresque, sociale... peut aussi aider lindividu à mieux cibler la place quil souhaite attribuer à cet ordinateur, sans en devenir esclave. La finalité de la formation avec le multimédia informatisé aurait donc bien, dans ces conditions, une vocation essentielle dinsertion, ce qui conforterait sa place dans des formations qui ont précisément cette même finalité.
Monique Huot-Marchand
Bibliographie
Guide du multimédia en formation, sous la direction de Jacques Naymark, Retz.
Formédia, Multimédias informatisés et savoirs de base. Quels outils pour quels usages ? , FAS-CLP, 35 rue de Chanzy, 75011 Paris.
La BOM, Boîte à outils multimédias pour jeunes 16-25 ans et adultes faiblement qualifiés, Mip+, 4, rue de Crosne, 76000 Rouen.
Ville École Intégration
n° 119 - décembre 1999
© MENRT, CNDP 1999