 © France 5 |
Un documentaire de Jean-Michel Gaillard, Fabrice Monod et Zac (2005), produit par Label Télé.
52 min |
lundi 12 février 2007, 21 h 00
L’émission
La Constitution de 1958, qui renforce le pouvoir du président, fait des élections présidentielles un enjeu politique majeur. Dans ce contexte, l’image des candidats, véhiculée par une télévision en plein essor, fait l’objet d’une attention de plus en plus marquée. Elle est façonnée par des professionnels de la communication, tels les publicitaires, qui introduisent progressivement les concepts du marketing dans les campagnes électorales. Au fil du temps, on constate que les hommes politiques sont de plus en plus tributaires des médias, jusqu’à être pris au piège du show permanent qu’est devenue la télévision.
Ce documentaire, riche en images d’archives, s’articule autour de deux moments aisément identifiables de l’histoire de la Ve République. Il permettra à des élèves de lycée comme de collège de retracer précisément l’évolution du phénomène de mise en valeur des messages et de l’image des politiciens : les commentaires des différents intervenants donnent en effet la mesure de l’impact grandissant de la communication sur la vie politique française.
Pistes à suivre
[Histoire, 3e, Tle ES, L et S]
La personnalisation du pouvoir
Le Président, nouvel homme fort de la République. Rappeler qu’en revenant au pouvoir en 1958, de Gaulle promulgue une nouvelle Constitution, qui fait du président de la République la clef de voûte des institutions françaises. Évoquer le référendum de 1962, largement approuvé avec 62 % des voix, qui propose d’élire le président au suffrage universel direct : désormais, l’attention des Français est focalisée sur la personne du président, notamment pendant la période électorale.
Des campagnes électorales centrées sur l’image des candidats. Expliquer que, du fait de l’évolution des institutions, l’image des candidats pendant les élections présidentielles devient aussi importante que leur programme. La télévision permet de présenter aux Français les hommes qui se destinent à la présidence, et d’accentuer l’impression de proximité avec les électeurs. Montrer la dépolitisation progressive des images montrant les candidats successifs, et leur tendance toujours plus marquée à pénétrer dans l’intimité de ces personnages publics (candidats se montrant aux côtés de leurs épouses à leur domicile, comme Jean Lecanuet en 1965 et Georges Pompidou en 1969 ; images montrant les talents sportifs et musicaux de Giscard d’Estaing en 1974, où l’intimité avec le candidat devient physique puisqu’il apparaît torse nu). Souligner la similitude avec le système américain, dans lequel l’image des candidats constitue depuis toujours un facteur essentiel de leur possible élection : en 1965, Jean Lecanuet est d’ailleurs considéré comme un nouveau Kennedy. Noter toutefois qu’aux États-Unis, le président n’est pas élu au suffrage universel direct, mais par les grands électeurs. D’autre part, il n’existe pas en France cette fascination typiquement anglo-saxonne pour la vie privée des hommes politiques : rappeler à ce propos l’impact de l’affaire Monica Lewinsky sur la carrière de Bill Clinton.
La communication politique sous toutes ses formes
Le rôle majeur de la télévision. Montrer que la télévision, en devenant le principal support de la médiatisation des hommes politiques, a non seulement accompagné mais aussi accéléré la personnalisation du pouvoir politique. Définir le travail des communicants, dont le principal objet est l’image en mouvement des hommes politiques : le media training englobe un travail sur la gestuelle, le style vestimentaire, et le discours, qui doit être adapté aux temps de la télévision, c’est-à-dire court et simple. Remarquer qu’aujourd’hui, l’image des hommes politiques est fabriquée par la télévision elle-même, qui n’est plus seulement un moyen, mais est devenue une fin en soi : les émissions de variétés à forte audience, comme celles de Michel Drucker, Marc-Olivier Fogiel ou Thierry Ardisson, sont considérées comme des passages obligés pour qui veut toucher un plus large électorat. Comparer les discours des communicants et des politiques sur les conséquences de cette surmédiatisation : d’un côté, son efficacité est mise en avant (Jacques Séguéla explique la défaite de Lionel Jospin en 2002 par son refus de participer à l’émission de Michel Drucker) ; de l’autre, on en souligne les dangers (uniformisation des discours et des apparences, décrédibilisation des hommes politiques).
L’irruption du marketing dans la vie politique française. Identifier les techniques publicitaires utilisées lors des élections présidentielles pour « vendre » les candidats aux électeurs : la campagne s’organise autour de quelques affiches officielles, les messages politiques de chacun se résumant à des slogans efficaces : Jacques Séguéla, célèbre publicitaire, évoque les deux campagnes qu’il a réalisées pour François Mitterrand (en 1981, autour du slogan « La force tranquille » ; en 1988, autour du slogan « Génération Mitterrand » ; on ajoutera qu’en 1995, Jacques Chirac a bâti toute sa campagne sur le thème de la réduction de la « fracture sociale »). Noter qu’encore une fois, l’opinion des communicants s’oppose à celle des politiques : les publicitaires interviewés sont persuadés de l’impact positif de leurs méthodes sur l’issue des élections, et pensent même qu’elles peuvent influencer directement la politique des présidents en exercice (Gérard Colé, conseiller personnel de François Mitterrand, explique qu’il a orchestré le rapprochement franco-allemand en 1986). L’historien Christian Delporte, ainsi que le journaliste politique Jean-Pierre Elkabbach, minimisent quant à eux la part des techniques publicitaires dans la popularité d’un candidat : la vie politique doit être centrée sur les hommes, et non pas sur leurs images, trop éloignées de la réalité.
Pour en savoir plus
FRANÇOIS Bastien, Le Régime politique de la Ve République, La Découverte, coll. « Repères », 2004.
GERSTLÉ Jacques, La Communication politique, Armand Colin, coll. « Compact. Science politique », 2004.
MAAREK Philippe, La Communication politique après le tournant de 2002, L’Harmattan, coll. « Communication et civilisation », 2004.
La République des Présidents, CNDP, La Cinquième, INA, 1995. VHS : 1 h 28 min. Notice.
Sur le site de l’INA, on trouvera des archives audiovisuelles témoignant notamment des grandes campagnes présidentielles de la Ve République, ainsi qu’un article de Philippe Maarek sur « Les Nouvelles Tendances de la communication politique en France ».
www.ina.fr/
Céline Cros, professeur d’histoire et de géographie |
|
|

|
© SCÉRÉN - CNDP Actualisé en janvier 2007
- Tous droits réservés. Limitation à l'usage
non commercial, privé ou scolaire.
|
|