 © Bernhard Berger / Endemol Filmproduktion München |
Un téléfilm allemand de Xaver Schwarzenberger (2003, VF), sur un scénario de Herbert Knopp, coproduit par Endemol Filmproduktion, BR, Arte et ORF.
1 h 28 min |
vendredi 23 juin 2006, 20 h 40
Rediffusion TNT : dimanche 25 juin, 15 h 50
Le film
Dans les actions de résistance qu’une partie de la population allemande engagea contre le régime nazi, le combat contre le génocide des juifs tient une place à part. Rendre compte, à travers une fiction, du courage de ces héros qui, au péril de leur existence, ont épargné des vies, voilà le défi relevé avec justesse par ce téléfilm.
Anna, jeune femme bavaroise, longtemps gouvernante des Goldberg, une famille juive de Munich, devient l’ange gardien de la jeune Franziska, après que ses parents ont été raflés et déportés. Attentionnée comme une mère, Anna assure, non sans épreuves, la sécurité de la jeune enfant, tandis qu’est appliquée partout la « solution finale » de la question juive. Promise à la déportation, Franziska échappe finalement à la traque nazie grâce à la détermination et aux astuces d’Anna.
Porté par des comédiens très convaincants, ce téléfilm permet de suivre avec précision le parcours semé d’embûches d’une enfant juive en proie à une abominable ségrégation, séparée définitivement de ses parents, contrainte à la clandestinité, et peu à peu consciente du sort tragique qui l’attend. La vie sous le Troisième Reich est brillamment restituée, depuis la violence de l’antisémitisme et la fascination de beaucoup pour le Führer, jusqu’à l’héroïsme de quelques autres prêts à résister à la machine nazie. Au final, ce film constitue un précieux support pour exprimer, dans des classes de collège et de lycée, les réalités de la terreur nazie, la tragédie vécue par les juifs, et la bravoure de héros de l’ombre.
Pistes à suivre
[Histoire, 3e : « La Seconde Guerre mondiale » ; 1re : « La politique nazie d’extermination »]
La violence de l’antisémitisme nazi
Recenser, à travers l’exemple de la famille Goldberg, les différentes formes de ségrégation dont sont victimes les populations juives : obligation de l’étoile jaune, peinte sur la vitrine de leur librairie ou cousue sur la veste de Franziska ; spoliation de leur argent ; privation de leurs activités professionnelles ; interdiction de scolarisation ; impossibilité des déplacements dans les espaces publics (parcs et jardins par exemple).
Présenter les réalités de la « solution finale » de la question juive. S’appuyer sur le discours tenu, dans son auberge, par Toni, frère d’Anna et chef du parti nazi local. Relever l’objectif du régime nazi : déporter vers l’Est les onze millions de juifs.
Décrire ensuite la violence et l’efficacité des rafles. Montrer que les autorités nazies ont en leur possession le recensement exact des populations juives au moment d’intervenir dans une famille. Donner une brève description de l’arrestation des Goldberg : soudaineté de l’irruption ; violence verbale et physique ; fouille du logement.
Mettre en évidence enfin les deux principales pratiques génocidaires : d’une part, les tueries mobiles décrites par Kurt, de retour du front, et qui relate à Anna les massacres de tous les juifs du ghetto de Varsovie commis par les groupes d’intervention ; d’autre part, l’extermination systématique dans les camps nazis, présentée en fin de film sous la formes d’images (d’archives) diffusées par les Alliés aux populations allemandes pour les sensibiliser aux horreurs commises par les nazis.
Échapper à une haine meurtrière : quelles voies possibles ?
L’objectif est de saisir que les chances de survie des populations juives sur le sol allemand sont très minces. À travers l’exemple des Goldberg, deux voies peuvent être mises en évidence.
D’une part, la fuite à l’étranger. Relever le projet des Goldberg : partir pour Londres, où les attendent des membres de leur famille. Expliquer le choix de cette destination.
D’autre part, la clandestinité. En s’appuyant sur le cas de la jeune Franziska, présenter les différents moyens mis en œuvre pour dissimuler la véritable identité d’un individu : tromperie sur sa filiation ; réalisation de faux papiers ; adhésion aux Jeunesses hitlériennes ; scolarisation dans l’école du village ; suivi des rituels catholiques (messe, eucharistie et même baptême).
Le Führer, un culte de la personnalité omniprésent
L’un des mérites de cette fiction est de proposer une fidèle reconstitution de la vie sous le Troisième Reich. Le culte de la personnalité voué à Adolf Hitler est ainsi efficacement mis en valeur.
Recenser les différents supports de ce culte : omniprésence du salut nazi ; drapeaux nazis et portraits du Führer tant en extérieur qu’à l’intérieur des foyers ; dynamisme des Jeunesses hitlériennes qui embrigadent les plus jeunes ; chants et cérémonies en l’honneur du Reich et de son Führer...
Compléter l’analyse par l’étude approfondie de deux personnages : Toni, maire du village et chef du parti local nazi ; et son fils, membre actif des Jeunesses hitlériennes. Insister sur leur fascination pour le Führer et sur le rôle qu’ils jouent dans la machine nazie.
Les temps troublés de la sortie de guerre
L’objectif est de démontrer que la guerre, perdue par l’Allemagne nazie, se solde par diverses conséquences immédiates touchant la population allemande.
Commencer par les prévisions de la défaite. S’appuyer sur la lettre envoyée depuis le front par Kurt à Anna. Relever la date (mars 1945). Mettre en avant le désespoir qui anime les soldats allemands. Présenter la situation sur le front : armée allemande assaillie par les troupes américaines et russes.
Décrire ensuite l’arrivée victorieuse dans le village des chars alliés. En déduire qu’il s’agit de soldats américains.
Présenter, à travers l’exemple de Toni, de sa femme et de son fils, les réactions des villageois convertis au nazisme : acharnement naïf du fils refusant la défaite ; trahison du père qui, avec l’aide de sa femme, s’empresse de faire disparaître toute trace de son appartenance au parti nazi.
Examiner enfin les nouvelles responsabilités exercées par les vainqueurs dans le village. Deux cas d’étude peuvent être présentés : d’une part, la prise en charge du rapatriement des victimes du nazisme (ici, le transfert de Franziska jusqu’à Londres) ; d’autre part, l’immédiate nécessité de prouver aux populations locales les horreurs des crimes nazis (diffusion d’images filmées, tournées dans les camps nazis libérés).
Pour en savoir plus
LECOMTE Jean-Michel, Savoir la Shoah, CRDP de Bourgogne, 1998. Notice.
BURRIN Philippe, Hitler et les juifs, genèse d’un génocide, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 1995.
HILBERG Raoul, La Destruction des Juifs d’Europe (2 vol.), Gallimard, coll. « Folio Histoire », 1992.
BRAYARD Florent, La Solution finale de la question juive, Fayard, Institut d’histoire du temps présent, 2004.
Mémoire juive et éducation, le site incontournable de notre collègue Dominique Natanson.
http://perso.orange.fr/d-d.natanson/
Jean Bumat, professeur d’histoire et de géographie |
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