Le principe d’économie
Le principe d’économie définit une construction à même de produire un maximum d’effets à partir du minimum de moyens et trouve une application originale dans le comique de situation. Le problème est en effet le suivant : comment obtenir un maximum d’intensité comique à partir d’une situation donnée et limitée ? Blake Edwards applique ce principe dans le film en montrant comment la venue d’un seul homme (Hrundi V. Bakshi) ravage totalement une soirée.
On retrouve ce principe à l’œuvre dans la séquence des toilettes, puisqu’elle utilise un décor limité et relativement exigu (la séquence se passe presque intégralement dans une salle de bain), des accessoires en nombre réduit (un toilette, un rouleau de papier, un tableau, un bidet) et démarre sur une situation très simple : une chasse d’eau qui fonctionne mal ! [1]
L’économie se retrouve dans la réalisation : Blake Edwards utilise en effet un angle presque unique de prise de vues avec seulement quelques légères variations d’échelle et de mouvement. Cette simplicité dans la mise en scène permet de servir le comédien et de renforcer par là-même le principe du meilleur. Presque toute la scène repose en effet sur un seul personnage et le talent que Peter Sellers met à l’interpréter.
La durée
À deux reprises au moins, Blake Edwards utilise la durée pour créer un effet comique. Une chasse d’eau qui ne s’éteint pas ou un rouleau qui se déroule tout seul peuvent éventuellement faire sourire. Mais une chasse d’eau qui ne s’éteint jamais et un rouleau qui se déroule intégralement s’avèrent ici désopilants. Ces deux gags appliquent de manière particulière le principe d’économie (une seule action, par sa seule durée, finit par être franchement comique) en produisant une sorte d’auto-intensification de l’action dans le temps. Des mouvements relativement triviaux (de l’eau qui coule et un rouleau qui se déroule) se chargent en effet progressivement dans la durée de toutes sortes d’affects, de l’étonnement à l’agacement en passant par le sentiment de l’absurde. La réalisation et l’interprétation renforcent l’impression de durée : plan général sur la salle de bain, absence de coupe, silence du personnage qui hésite quant à l’attitude à adopter : l’immobilité totale de Peter Sellers, lors du gag du rouleau de papier toilettes, accentue même un peu plus l’effet comique [2] : cette immobilité nous fait découvrir progressivement un personnage aussi maladroit que malchanceux, débordé devant la fatalité mécanique d’un univers qui lui semble hostile.
Le crescendo
L’idée d’une intensification dans la durée s’applique par ailleurs à la séquence toute entière (ainsi qu’au film dans son ensemble) : Blake Edwards emploie en effet sans cesse des effets de crescendo. La Party joue ainsi véritablement sur le temps dans la mesure où Blake Edwards n’hésite pas à d’abord bien prendre son temps : il pose la situation de départ et y installe le personnage avant seulement d’en déployer les conséquences de façon mécanique, selon un rythme de plus en plus frénétique, comme par un effet de boule de neige. Ici, un banal problème de chasse d’eau provoque un « débordement » dans tous les sens du terme, et le héros du film s’enferre peu à peu dans une situation de plus en plus en plus inextricable au terme de laquelle, après avoir ravagé un tableau [3], fait tomber un morceau du plafond de l’étage inférieur [4] et provoqué une fuite calamiteuse [5], il n’a plus d’autre choix que de prendre lui-même la fuite et de se réfugier sur un toit [6].
La drôlerie de la situation réside dans l’enchaînement mécanique des gags, et dans l’absurdité générale qui finit par prévaloir : la situation est absurde parce que le personnage provoque des catastrophes alors même qu’il ne cesse de vouloir arranger ou réparer les choses : Hrundi V. Bakshi est un personnage comique parce qu’il vit dans un monde qui le dépasse, où toute action de sa part semble promise à un échec aussi consternant que ravageur. La salle de bain du film fonctionne comme une métonymie d’un univers où les objets profitent de la maladresse du personnage pour se rebeller les uns après les autres de la manière la plus efficace qui soit.