Iqbal
 

D.R.  
 
Un téléfilm italien de Cinzia T. Torrini (1998, VF).
1 h 43 min

Scénario de Jim Carrington et Andrea Purgatori.
Coproduction : RAI, Red Film Group, Arte et Sveriges TV.
Avec Mohamed Rizlan (Iqbal à 6 ans), Rajina Jayasinghe (Iqbal à 12 ans), Roshan Seth (Ulla Khasi).
 
samedi 15 novembre 2003, 22 h 35
 

Le film
Iqbal est une fiction inspirée de la vie d’un enfant pakistanais, Iqbal Massih.
Esclave dès l’âge de 4 ans dans une fabrique de tapis, il est libéré six ans plus tard par le président de la Ligue contre le travail des enfants (BLLF). Ensemble, ils vont défendre la cause des enfants esclaves en organisant la libération d’environ trois mille d’entre eux et en alertant l’opinion internationale. À 12 ans, Iqbal Massih est assassiné, payant ainsi de sa vie la dénonciation d’un système qui exploite des milliers de mineurs dans le monde.
Ce téléfilm permet d’appréhender la dure réalité de l’esclavage des enfants dans certains pays pauvres, à l’aide d’une fiction susceptible de capter toute l’attention d’un jeune spectateur. Iqbal, le personnage principal, est au centre d’une intrigue simple : va-t-il réussir à échapper à ses patrons tyranniques et à libérer avec lui ses compagnons de misère ? Chargée d’émotion et de suspense, cette histoire fait de lui un héros attachant et courageux, admiré des enfants et de certains adultes.
Mais elle retrace aussi fidèlement les grandes étapes de la vie d’Iqbal Massih, à travers lesquelles on peut identifier les mécanismes du problème des jeunes esclaves : la pauvreté et l’absence d’éducation, la vente des enfants à des « employeurs » peu scrupuleux, le travail forcé et les mauvais traitements, les profits engendrés par une main-d’œuvre docile et bon marché, cautionnés par des autorités corrompues.
Un tel film nous fait également réfléchir sur les solutions possibles à ce problème : le développement de l’éducation, le rôle essentiel des organisations humanitaires et des médias qui doivent informer les populations.
La démarche
Le travail des enfants esclaves
Cette fiction a pour sujet le travail des enfants en servitude dans sa forme la plus spectaculaire, les industries d’exportation (ici, les fabriques de tapis au Pakistan). Elle est, de ce fait, véhiculée en priorité par les médias occidentaux (on se souvient du scandale provoqué par l’affaire Nike). Pourtant, sur les 250 millions d’enfants travailleurs recensés dans le monde en 1997, « seuls » 5 % sont identifiés comme esclaves dans les usines ou les ateliers. Il est donc important de rappeler que la grande majorité d'entre eux travaillent dans les champs, comme domestiques ou en ville (la première scène du film, montrant Iqbal en train de charger un camion, illustre bien ces petits « métiers de rue »).
Le film offre cependant une vision assez complète du problème, qui pourra être mise à profit en éducation civique avec une classe de 5e. Une courte analyse du film, à partir de questions simples portant sur des scènes précises, guidera les élèves dans leur réflexion.

Pourquoi les enfants travaillent-ils ?
On mettra en avant la pauvreté de la famille d’Iqbal et la cupidité de ses patrons, qui évoquent clairement les avantages économiques d’une main-d’œuvre bon marché et docile.

Pourquoi cette situation dure-t-elle ?
À cet égard, il est intéressant de noter que le Pakistan a ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989 et qu’il participe également à l’IPEC (programme pour l’abolition du travail des enfants) depuis 1991. Cependant, dans le film, la corruption des policiers et du maire de la ville, achetés par les patrons, illustre bien l’inertie des autorités locales face au travail des enfants. On pourra souligner aussi le poids de la tradition et le fatalisme de la population, incarnés par la grand-mère d’Iqbal qui lui explique qu’elle aussi a dû travailler lorsqu’elle était enfant.

Comment Iqbal devient-il esclave ?
Cette question permet d’aborder le problème particulier de la servitude pour dettes, et de rappeler que cette forme d’esclavage est quasiment une institution en Inde, au Népal et au Pakistan, mais qu’elle existe aussi au Brésil. Le père d’Iqbal, en vendant son fils à un patron, contracte une dette que l’enfant est chargé de rembourser : il devient ainsi sa propriété, apparemment éternelle (la dette d’Iqbal est allongée à volonté par le patron pour de faux prétextes, puis « rachetée » par son deuxième patron, ce qui le contraint à des mois de travail forcé supplémentaires).

Décrire une journée de la vie d’un enfant esclave
Certaines séquences du film constitueront des supports pour cet exercice, qui mettra en valeur le caractère à la fois exténuant et dangereux du travail de ces enfants (les heures interminables passées devant les métiers à tisser, dans des positions inconfortables et dans des conditions sanitaires déplorables), les mauvais traitements qu’ils subissent (humiliation, coups, « punitions » qui s’apparentent à de la torture, abus sexuels évoqués par le personnage de la petite Azira). Il n’est donc pas étonnant de constater que l’espérance de vie des enfants esclaves est en général de douze ans, comme le déclare un des personnages du film.
Le rôle essentiel des ONG et du développement de l’éducation
Ce thème s’inscrira dans une étude sur les pays en voie de développement, notamment dans une classe de 5e en géographie : il traite en effet des stratégies de lutte contre la pauvreté et ses effets néfastes.
L’OIT (Organisation internationale du travail) est, avec l’Unicef, une des organisations de l’ONU les plus sensibles au problème du travail des enfants : elle a adopté, en 1999, une convention stipulant « l’élimination immédiate des pires formes du travail des enfants », qui concerne en premier lieu les enfants esclaves.
Cependant, le rôle des ONG locales, par leur travail de terrain, est essentiel : il est incarné dans le film par le BLLF (Bonded Labour Liberation Front), une ligue contre le travail des enfants, et par son président, Ulla Khasi.
On pourra, à l’aide du film, déterminer précisément la nature du rôle des ONG : à la fois informer la population, alerter l’opinion publique internationale (tracts, manifestations, collaboration avec les médias locaux, puis occidentaux) et agir (libération d’Iqbal puis de centaines d’enfants esclaves).
Les ONG participent également au développement de l’éducation, qui est une priorité dans la lutte contre la pauvreté et le travail des enfants : dans le monde, 140 millions d’enfants de six à onze ans ne sont pas scolarisés ; la grande majorité d’entre eux travaille, pour la survie de leur famille ou parce qu’ils ont quitté une école inadaptée à leurs besoins.
Cet aspect de l’action des ONG est peu évoqué dans le film : on voit cependant que le BLLF a mis en place des cours d’alphabétisation pour les enfants esclaves libérés. On pourra demander aux élèves de mettre en valeur les différences entre une classe française et les écoliers du film, en effectuant une comparaison : le port d’uniformes ; l’absence de salles de classe (la scène se déroule dans les locaux du BLLF) ; le grand nombre d'élèves dans la classe ; les cours d’alphabétisation, tous âges confondus.
Cette forme d’éducation s’apparente visiblement aux initiatives des ONG locales, qualifiées d’éducation « non formelle », qui visent à « amener » l’école aux enfants travailleurs : « écoles mobiles » ou « écoles des rues ». Les ONG procurent aux enfants des fournitures scolaires, des services de santé, des repas et des cours d’alphabétisation avec des horaires adaptés au travail des enfants.
Le film montre bien l’importance de l’école pour ces petits esclaves : l’analphabétisme les maintient dans l’ignorance de leur situation (par rapport à la dette) et des possibilités de libération (lecture du tract du BLLF). L’espoir d’Iqbal, qui veut s’instruire pour devenir avocat et défendre la cause des enfants esclaves, est en ce sens symbolique.
Autour de l’émission
De la réalité à la fiction : les procédés dramatiques
Comment une vie réellement vécue peut-elle être transformée en une fiction courte et attractive ? On peut isoler dans le scénario quelques-uns des procédés qui permettent cette dramatisation.
Le traitement du temps sera facilement repéré par les élèves : comment sont racontés douze ans d’une vie en 1 h 43 min ?
On relèvera, entre autres, les plans courts montrant successivement les enfants au travail et l’effacement progressif de la dette sur l’ardoise ; le changement d’acteurs, pour souligner qu’Iqbal et son ami Ayub ont vieilli entre la première partie du film et la seconde, censée se dérouler six ans plus tard.
Un exercice plus pointu sera proposé sur la dramatisation de la vie d’Iqbal. Pour tenir en haleine le spectateur, le scénario a prévu quelques situations propices au suspense et aux rebondissements : les scènes où Iqbal tente d’échapper à ses patrons ; la dernière séquence, qui précède la mort d’Iqbal (plusieurs plans sur une mystérieuse voiture bleue qui suit l’enfant et s’avère être celle de ses meurtriers).
On pourra aussi s’intéresser à la symbolique des jouets dans le film, choisis par la réalisatrice pour véhiculer des idées fortes : le cerf-volant d’Iqbal, image de la liberté et de l’enfance, brisées lorsqu’il est déchiré, puis de la liberté retrouvée, plus forte que la mort, quand il vole au dessus du corps d’Iqbal à la fin du film. La poupée, dont rêve la grand-mère d’Iqbal, suggère l’enfance volée aux petits travailleurs, à qui on nie le droit de jouer. Ce droit, essentiel au bon développement des enfants, est d’ailleurs reconnu par l’article 31 de la Convention sur les droits de l’enfant.
La naissance d’un symbole : l’enfant, le héros, le martyr
La lutte d’Iqbal Massih contre le travail des enfants a été médiatisée peu avant son assassinat, à l’âge de 12 ans, en 1995. Cette mort précoce et violente a fait de lui un enfant martyr, passant du statut d’enfant héros à celui de symbole du combat pour la liberté.
Le film montre cette évolution à travers les grandes étapes de la vie d’Iqbal : les élèves pourront relever les scènes ou les détails qui montrent un changement important dans le regard que portent les autres sur Iqbal.
Enfant esclave parmi d’autres, Iqbal sort de l’anonymat en acquérant une réputation locale (considéré comme un « magicien » auprès des autres enfants esclaves de la ville grâce à ses nombreuses évasions). En participant à la libération de ses semblables, il accède ensuite à une notoriété nationale (journal télévisé), puis à la reconnaissance internationale (prix de la jeunesse et de la défense des Droits de l'homme aux États-Unis), faisant de lui un héros de la lutte contre l’exploitation des enfants. Après son assassinat, Iqbal devient l’image même de la liberté dont le cerf-volant est, dans le film, un symbole fort.
On proposera également aux élèves de préparer de courts exposés sur des personnages célèbres qui ont souffert pour la liberté : Gandhi, Martin Luther King, Jean Moulin, Nelson Mandela, Talisma Nasreen, Anne Frank, les « rats » de Varsovie, ces enfants qui ont participé à la révolte du ghetto en 1943, etc.
Un questionnaire simple pourra les guider dans ce travail : qui est ce personnage (homme, femme ou enfant, nationalité, statut social) ? Quelle est la nature de sa lutte (combat pour l’indépendance de son pays, contre la ségrégation, contre la dictature, etc.) ? Quelle a été son action (non violence, résistance, écrits dénonçant l’oppression, etc.) ? De quoi a-t-il été victime (assassinat, torture, emprisonnement, etc.) ?
L’esclavage, hier et aujourd’hui
Le thème plus large de l’esclavage sera abordé, en s’appuyant éventuellement sur l’étude d’autres documents.
On peut difficilement comparer, à travers des sociétés et des époques très différentes, les nombreuses formes de l’esclavage. Dans la Grèce antique, il était héréditaire et permettait l’exploitation économique perpétuelle des esclaves, sur laquelle était fondé tout le système social. Il constituait donc un phénomène courant et de grande ampleur, sans aucune commune mesure avec ce que l’on connaît aujourd’hui.
Cependant, certaines constantes existent et sont encore visibles dans l’esclavage contemporain : un esclave est presque toujours de basse extraction sociale, ou appartient à une minorité, ethnique ou religieuse. Dans l’Empire romain, la majorité des esclaves étaient des étrangers, capturés lors des guerres de conquête ; au Moyen Âge, les serfs étaient des paysans pauvres ; aux États-Unis, la minorité noire a été réduite en esclavage à l’époque moderne...
De nos jours, en Inde, les enfants esclaves sont très souvent des intouchables, appartenant à la plus basse caste de la société. En Mauritanie, l’esclavage traditionnel et héréditaire n’a été aboli qu’en 1980 ; cependant, officiellement ou non, plus de 400 000 Africains noirs servent toujours leurs maîtres berbères...
Parmi les très nombreux documents disponibles sur le sujet, Spartacus, un film de Stanley Kubrick, permet de faire un point sur l’esclavage sous l’Antiquité. L’histoire de cet esclave romain, originaire de Thrace, présente par ailleurs quelques similitudes avec celle d’Iqbal. Spartacus devient esclave parce qu’il est porteur d’une « tare » sociale, tout comme Iqbal : le fait d’être étranger pour l’un, d’être pauvre pour l’autre. En libérant leurs semblables, ils deviennent des héros et révèlent un même désir de justice. Victimes des forces qu’ils combattent, ils ont payé de leur vie cet engagement pour la liberté, qu’ils finissent par symboliser.
Pour en savoir plus
BRISSET Claire, Le Travail des enfants, La Documentation française, coll. « Problèmes politiques et sociaux », n° 839, 2000.
MONESTIER Martin, Les Enfants esclaves : l’enfer quotidien de 300 millions d’enfants, Le Cherche Midi, 2000.
BONNET Michel, Des enfants et des lucioles : Il était une fois une convention des droits de l’enfant, Rue du monde, coll. « Contre-allée », 1999.
« Éducation et développement », TDC n° 782, CNDP, 15 octobre 1999.

De très nombreuses informations sur un site consacré aux droits de l’enfant (pour une vue d’ensemble des ressources, consulter le plan du site).
www.droitsenfant.com/

Le site de l’Unicef est spécialisé dans l’information sur la question des droits de l’enfant (dossiers, communiqués de presse, publications de l’Unicef). On peut y télécharger le rapport de La situation des enfants dans le monde 2003.
Il propose également des outils pédagogiques : une partie du site est réservée aux jeunes internautes (discussion, informations, jeux).
www.unicef.org/

Comité français pour l’Unicef
3, rue Duguay-Trouin, 75282 Paris cedex 06, tél. 01 44 39 77 77
Il dispose d’un service de diffusion où l’on peut commander des affiches, vidéos, livrets pédagogiques sur les droits de l’enfant (sur catalogue).
Dans le centre de documentation, on peut consulter, sur place, des dossiers constitués d’articles de presse ou des livres, spécialisés dans la question des droits de l’enfant.
www.unicef.asso.fr/

Céline Cros, professeur d’histoire et de géographie




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