Science en conscience
 

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Une série documentaire de Jean-Luc Bouvret, Pascal Goblot et Stéphane Le Gall-Viliker (2002), coproduite par France 5, Le Miroir, le CNRS Images/media et le SFRS.
6 x 26 min

Cette série est Libre de droits .
 
(1/6) Un comité d’éthique, pour quoi faire ?
Quel rapport le Comité entretient-il avec les choix politiques en matière de science ?

(2/6) Euthanasie : a-t-on le droit de donner la mort ?
La sophistication croissante des techniques permet d’entretenir artificiellement la vie de plus en plus longtemps.

(3/6) Le désir d’avoir un enfant a-t-il des limites ?
La procréation se transforme pour certains parents en un acte médical.

(4/6) Que faire des embryons humains ?
L’embryon a-t-il un statut juridique ? À partir de quand y a-t-il « personne humaine » ?

(5/6) Qu’est-ce qui s’oppose au clonage humain ?
Les véritables enjeux scientifiques, médicaux et économiques du clonage.

(6/6) La santé doit-elle se soumettre aux lois du marché ?
Les secteurs des biotechnologies et de la médecine connaissent un essor économique et financier phénoménal.
 

La série
En 1982, la naissance en France de la « petite Amandine », premier enfant conçu in vitro, initie une vaste réflexion sur les conséquences potentielles de la maîtrise de la reproduction humaine par un geste médical. C’est à l’intérieur du Comité national d’éthique que se mène cette réflexion depuis 1983.
L’enjeu de la série Science en conscience est double : faire comprendre à la fois les progrès des sciences de la vie et leurs conséquences dans notre vie quotidienne. Il s’agit ainsi de donner les moyens à chacun de saisir en profondeur les enjeux de la bioéthique.
Dans chacun des volets de la série Science en conscience interviennent des membres du Comité national d’éthique. Ceux-ci sont soit des scientifiques issus du monde de la recherche, soit des personnalités nommées par différentes institutions pour leur compétence dans d’autres domaines (philosophes, juristes, théologiens, industriels, sociologues...). Tous sont des spécialistes reconnus : Henri Atlan, Jean-Pierre Changeux, Étienne-Émile Beaulieu, Axel Kahn, Nicole Questiaux, Dominique Wolton, Françoise Héritier, Lucien Sève ou Henri Caillavet, pour ne citer qu’eux.
La démarche
Un comité d’éthique pour quoi faire ?
[Philosophie, Tle]
Éthique et science. Distinguer un jugement de valeur et un jugement de fait. En quoi une éthique, discours sur ce qui est bien, n’est-elle pas déductible de résultats scientifiques ? À partir du film, rappeler quels événements du XXe siècle firent douter de l’identité entre bien public et progrès scientifique. Quel sens prend alors la référence au nazisme ? Pourquoi la « morale scientifique » des savants dont parle le généticien Axel Kahn (7e min) ne suffit-elle pas à fournir une éthique de la recherche scientifique ?
Spécificité de la bioéthique. En quoi l’éthique de la biologie est-elle spécifique au sein de l’éthique de la science en général ? En relevant les divers exemples donnés par le film, réfléchir aux questions éthiques que posent les progrès de la biologie dans la relation médecin-malade. Comparer avec d’autres problèmes éthiques posés à la recherche biologique fondamentale. Pourquoi tous ces problèmes ne sont-ils pas eux-mêmes des problèmes médicaux ou biologiques ? En quoi mettent-ils en jeu le rapport entre science et société ? Montrer en quoi une question bioéthique peut aussi bien être affaire de société que cas de conscience individuel. Pourquoi Henri Atlan (22e min) critique-t-il le métier de « bioéthicien » ? Envisager une réponse qui lui serait adressée.
La place du Comité d’éthique : entre science et politique. D’où viennent ses membres ? À quelle occasion a-t-il été créé ? Préciser la position de ses avis, par rapport aux scientifiques, puis au législateur. Est-il un comité d’experts ? Parle-t-il au nom d’une population qu’il représenterait ? En réfléchissant à ce qu’est une conscience morale, expliquer pourquoi ses membres tiennent à ce que les avis du Comité soient « consultatifs » et non « légiférants ».
Euthanasie : a-t-on le droit de donner la mort ?
[Histoire, ECJS, français, 1re ; philosophie, Tle]
Entre devoir médical et acharnement thérapeutique. Quelles conditions objectives font de l’euthanasie un problème social de grande amplitude ? Caractériser le dilemme propre à l’euthanasie : pourquoi est-il dangereux de dépénaliser l’euthanasie, pourquoi est-il inhumain de la punir comme un meurtre ? Réfléchir à l’opposition de perspectives ici en jeu : d’un côté le point de vue du sujet souffrant, de l’autre celui de la communauté. En quoi la notion de « dérapage » est-elle fondamentale ? Essayer de définir les conditions auxquelles on pourrait souscrire à l’euthanasie.
Un désaccord inconciliable. Comment caractérise-t-on l’acharnement thérapeutique ? Rechercher les raisons pour lesquelles, une fois exclue l’hypothèse de cet acharnement, les membres du Comité n’ont pu s’entendre sur le droit à l’euthanasie. À partir des propos du ministre Caillavet et du prêtre jésuite (7e min), relever les deux conceptions fondamentales de la vie ici en conflit. Pourquoi un religieux doit-il s’opposer à l’euthanasie ? Dire avec lui qu’il n’y a pas de « droit subjectif » à décider de sa vie suffit-il à résoudre la question pour les médecins confrontés au problème en service de réanimation ? Comment comprendre que le théologien Jean-Pierre Collange préfère parler de « compassion » plutôt que de « droit » (13e min) ?
La notion d’« exception d’euthanasie ». Le médecin ne doit pas donner la mort : cet impératif, formulé dans le serment d’Hippocrate toujours en vigueur au seuil de l’entrée dans la profession, exclut en principe l’euthanasie. Pourquoi le Comité d’éthique a-t-il alors souhaité parler d’une « exception d’euthanasie », et pourquoi cette exception doit-elle être « d’ordre pénal et non médical » ? Évite-t-on ainsi le conflit avec le serment d’Hippocrate ? Il est question dans le film d’un certain décalage entre « principes et pratiques » : relever à ce propos quelques faits d’actualité. La notion d’« exception d’euthanasie » peut-elle réduire ce décalage ? En s’inspirant du dernier exemple évoqué, dire pourquoi ce débat illustre la sentence d’Aristote : « Le médecin ne soigne pas l’homme en général, mais toujours cet homme-ci. » (Éthique à Nicomaque)
Le désir d’avoir un enfant a-t-il des limites ?
[Sciences de la vie et de la Terre, Tle S, 1re ES et 1re L ; thème au choix : la procréation]
La science au secours de la procréation. Relever et définir les différentes techniques de procréation médicalement assistées (PMA) évoquées dans le film : fécondation in vitro, insémination intra-utérine, don de gamètes, mère porteuse, injection d’un spermatozoïde dans l’ovocyte.
La PMA, pour qui ? Distinguer les différents arguments avancés par les intervenants du Comité d’éthique qui permettent de comprendre pourquoi il s’est avéré essentiel de légiférer en la matière. Le débat, à l’Assemblée nationale, entre les députés Jean-François Mattei et Christine Boutin, donne un petit aperçu de ces arguments. Rechercher de nouveaux arguments, évoqués lors de quelques faits d’actualité, et porter un avis critique sur la recevabilité de chacun d’eux.
La PMA, pourquoi ? La réponse à cette question semblera sans doute évidente aux élèves : « pour avoir un enfant ». Pourtant le film montre un autre aspect du pourquoi de ces méthodes : en effet, compte tenu de la difficulté et du coût de ces techniques, on peut se demander si les couples non féconds ne pourraient pas plutôt adopter un enfant. Le problème du besoin d’avoir un enfant « génétiquement conforme » à ses parents se pose maintenant dans nos sociétés ; il pourra être discuté en classe, particulièrement en s’appuyant sur l’intervention de Françoise Héritier à propos du comportement parental dans d’autres sociétés (22e min). Au-delà de « l’appartenance génétique » d’un enfant à une famille, débattre du problème de sélection de gamètes et d’embryons : en effet, les parents ne souhaiteront-ils pas, après avoir voulu un enfant à tout prix, avoir un enfant parfait ?
L’anonymat au cœur du problème. L’anonymat du don de gamètes et le problème des mères porteuses sont aussi discutés dans le film. Opposer dans les entretiens avec les membres du Comité d’éthique les arguments en faveur de l’anonymat et ceux en faveur de la reconnaissance des donneurs. Justifier, en l’approfondissant, chaque point de vue.
Que faire des embryons humains ?
[Sciences de la vie et de la Terre, Tle S, 1re ES et 1re L ; thème au choix : la procréation]
Le problème des embryons surnuméraires. Lors de fécondations in vitro, les médecins provoquent souvent la fécondation de plusieurs ovocytes : les embryons obtenus qui ne seront pas implantés seront congelés (pour permettre une nouvelle grossesse si le couple le désire). Bon nombre de ces embryons ne seront jamais réclamés. Les scientifiques souhaiteraient pouvoir réaliser des expériences déterminantes sur ces embryons. Débattre en classe du problème de leur expérimentation. L’embryon humain peut-il disposer d’un statut ?
Le statut de l’embryon humain. Rapidement se posera la question : l’embryon est-il déjà une personne humaine ou non ? Afin de faire avancer la réflexion, relever dans le film les arguments en faveur de l’embryon « personne humaine » et ceux en faveur de l’embryon « amas de cellules pouvant aboutir à la formation d’une personne humaine ». Discuter en classe de la formulation donnée par le Comité de bioéthique : l’embryon est une « personne humaine potentielle ».
Des règles pour la recherche sur l’embryon humain. En 1994, la loi de bioéthique interdisait la recherche sur l’embryon humain qu’elle déclarait « ne pas être un produit neutre de laboratoire ». La question se repose pourtant. Retrouver dans le film (et compléter au besoin par une recherche documentaire) les raisons qui poussent les chercheurs à demander de pouvoir réaliser des expériences sur l’embryon humain. À l’inverse, opposer les arguments avancés sur les dangers d’une trop large utilisation de l’embryon humain et, en particulier, contre la « marchandisation » de l’embryon.
Qu’est-ce qui s’oppose au clonage humain ?
[Sciences de la vie et de la Terre, 1re ES et 1re L ; philosophie, Tle]
Qu’est-ce que le clonage humain ? Définir précisément le clonage. Dans quel cas est-ce une situation naturelle ? Qu’est-ce qui distingue un animal issu de clonage d’un animal issu d’une reproduction sexuée ? À partir des propos des biologistes consultés dans le film, établir la différence entre les fantasmes de clonage humain et la réalité du clonage de mammifères (souris, brebis Dolly). Pourquoi l’annonce de la brebis clonée a-t-elle suscitée une réaction si vive ? Distinguer ensuite les obstacles techniques au clonage humain et les obstacles éthiques et théoriques à cette pratique. Qu’appelle-t-on clonage thérapeutique, et qu’est-ce qui le distingue du clonage reproductif ? Dans quel cas pourrait-on recourir à cette pratique ?
La question de l’identité. À partir des propos de Lucien Sève, Henri Atlan et Françoise Héritier, expliquer pourquoi ceux qui rejettent le clonage par peur d’un monde uniforme font fausse route. Distinguer alors identité biologique, identité psychologique, identité sociale. Quels effets aurait le clonage sur la filiation ? Pourrait-on distinguer qui est le père de qui (penser au rôle de la transmission du nom dans l’organisation sociale, et dans la construction de notre identité personnelle) ? Prolonger alors la réflexion d’Henri Atlan (10e min) selon lequel les raisons d’interdire le clonage sont avant tout sociales. Comment comprendre le parallèle fait par Françoise Héritier (11e min) entre interdiction du clonage et prohibition de l’inceste dans les sociétés primitives ? En quoi la prohibition est-elle dans les deux cas une « ouverture » ? L’enjeu éthique du clonage réside-t-il dans la question biologique de l’identité, ou dans la question symbolique de la place de l’autre dans une société ?
Le cas du clonage thérapeutique non reproductif. Préciser sur cette question les positions divergentes d’Axel Kahn (21e min) et d’Henri Atlan (23e min). Quelles sont leurs raisons, et en quoi mettent-elles en jeu une représentation des conséquences lointaines de la loi ? Est-il étonnant que l’avis consultatif ait été émis par un vote à courte majorité ? Tenter une brève caractérisation du conflit de valeurs sous-jacent à cette dispute. Analyser le destin de cet avis, son utilisation législative et l’incidence de l’opinion publique sur le résultat final. Montrer alors que les fantasmes au sujet du « clonage » sont partie prenante des décisions prises à ce sujet.
La santé doit-elle se soumettre aux lois du marché ?
[Philosophie, Tle ; SES, 1re]
La santé contre l’argent ? Recenser préalablement dans le film les cas évoqués où la recherche du profit peut porter atteinte à l’éthique médicale : médicaments génériques, dons de sang ou d’organes, séquençage du génome humain, etc. Exposer les données du dilemme dans chaque cas. Opposer les deux logiques en présence, celle du marché et celle de l’éthique humanitaire : reconstituer à rebours la première, telle qu’elle est rappelée par Claude Huriet (7e min) et constater qu’elle reflète l’idéal des capitalistes d’un marché qui, se développant, profiterait à tous ; dégager les arguments des partisans de la non-brevetabilité de certains médicaments génériques au début du film, ou les arguments de ceux qui s’opposent à un usage du séquençage du génome soumis aux règles économiques. Résumer la position des membres du Comité d’éthique et préciser en quoi elle suscite interrogations et débat.
Pour en savoir plus
Sur la bioéthique et l’enseignement
Groupe de réflexion sur la bioéthique de Soissons, De l’usage pédagogique de la bioéthique. Une base d’informations et de réflexion, Jériko, 2002.
Bioéthique et Enseignement, ADAPT, 1995.
Sur l’éthique et la biologie
ARENDT Hannah, Condition de l’homme moderne, Pocket, coll. « Agora », 2002.
SÈVE Lucien, Pour une critique de la raison bioéthique, Odile Jacob, 1994.
ATLAN Henri, À tort ou à raison : intercritique de la science et du mythe, Seuil, coll. « Points Science », 1994.
ATLAN Henri, BOUSQUET Catherine, Questions de vie : entre le savoir et l’opinion, Seuil, coll. « Science ouverte », 1994.
CHANGEUX Jean-Pierre (dir.), Fondements naturels de l’éthique, Odile Jacob, 1993.
LIFTON Robert Jay, Les Médecins nazis, Laffont, 1989.
Gène Éthique, un site d’information et d’analyse sur l’actualité scientifique et bioéthique.
www.genethique.org/
Les Défis du vivant, une exposition à la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette à Paris, conçue par Axel Kahn.
www.cite-sciences.fr/
Sur le Comité national d’éthique
QUÉRÉ France, L’Éthique et la vie, Odile Jacob, 1991.
Le site du CCNE (Comité consultatif national de bioéthique)...
www.ccne-ethique.fr/
... et celui du Comité international de bioéthique de l’Unesco.
http://portal.unesco.org/
Sur l’euthanasie
JANKÉLÉVITCH Vladimir, Penser la mort ?, L. Levi, 2000.
JONAS Hans, Le Droit de mourir, Rivages, coll. « Poches », 1996.
MORIN Edgar, L’Homme et la Mort, Seuil, coll. « Essais », 1976.
KLARSFELD André, REVAH Frédéric, Biologie de la mort, Odile Jacob, 2000.
TOLSTOÏ Léon, La Mort d’Ivan Ilitch, Stock, 2004. La plus poignante introduction philosophique au problème individuel et social de la mort.
Sur la génétique
GROS François, HUBER Gérard (dir.), Vers un anti-destin ? Patrimoine génétique et droits de l’humanité, Odile Jacob, 1992.
TESTART Jacques, GODIN Christian, Au bazar du vivant, Seuil, coll. « Points », 2001.
DANCHIN Antoine, La Barque de Delphes : ce que révèle le texte des génomes, Odile Jacob, 1998.
BAUD Jean-Pierre, Le Droit de vie et de mort, Aubier, coll. « Alto », 2001.
RIFKIN Jeremy, Le Siècle biotech, Pocket, 2000.
SFEZ Lucien, La Santé parfaite, critique d’une nouvelle utopie, Seuil, coll. « L’histoire immédiate », 1995. Sur la biotechnologie actuelle comme réalisation des fantasmes de toute puissance.
Limites de recherche 3 : On a les lettres, à quand les mots ? CNDP, La Cinquième, 2000. Coll. « Galilée ». VHS : 3 x 13 min. Notice.
Sur l’embryologie et la PMA
FRYDMAN René, L’Assistance médicale à la procréation, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2004.
BOUÉ André, La Médecine du fœtus, Odile Jacob, 1995.
HUMEAU Claude, ARNAL Françoise, Les Médecines de procréation, Odile Jacob, 1994.
MEHL Dominique, Naître ?, Bayard, coll. « Société », 1999.
Sur le clonage
COLLECTIF, Le Clonage humain, Seuil, 1999.
KAHN Axel, PAPILLON Fabrice, Copies conformes, NIL, 1998.
MCLAREN Anne (dir.), Le Clonage, Conseil de l’Europe, coll. « Regard éthique », 2002.
Un dossier d’Infos Sciences sur l’usage éthique des cellules souches.
www.infoscience.fr/
Sur le marché de la santé
VATIMBELLA Alexandre, Santé et Économie, Syros, coll. « Alternatives économiques », 1993.
RAINHORN Jean-Daniel, BURNIER Marie-Josée (dir.), La Santé au risque du marché. Incertitudes à l’aube du XXIe siècle, Institut universitaire d’études du développement, PUF, coll. « Nouveaux cahiers », 2001.

Philippe Huneman, professeur de philosophie
Ève Jézéquel, professeur de SVT




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