 D.R. |
Série documentaire de Gérard Rougeron et Jean-Claude Lubtchansky (1991), coproduite par Antenne 2, BBC TV, Storia et Les Films d'Ici.
2 x 52 min |
les dimanches 25 avril et 2 mai 2004, 7 h 00
L’émission
Les Moissons de fer racontent la première guerre mondiale et l’après-guerre au quotidien. Plus que sur l’évolution politique, plus que sur la description des grandes batailles, c’est sur l’homme que les auteurs ont choisi de centrer leur travail. Pour cela, ils ont gardé une unité de lieu : la Somme. Celle-ci n’a pas été choisie au hasard : elle permet d’étudier la vie au front et à l’arrière, qui fournissent l’armature de ce document, mais aussi d'aborder des chapitres moins connus et peu traités dans nos manuels d’histoire. Ainsi, les relations entre occupants allemands et occupés français constituent un thème important. De même, les déportations de civils pendant la première guerre mondiale sont largement évoquées. Les auteurs, en mêlant savamment la lecture de lettres du front et les témoignages de survivants à de formidables images d’archives, ont ainsi construit un document très riche.
Un premier volet, Le Théâtre des opérations, propose une étude croisée front-arrière grâce à la correspondance qu'ont entretenue Georges Duhamel, médecin au front, et sa femme Blanche. Le rôle du médecin de front fournit la trame de cette partie, mais celle-ci laisse aussi une place importante au rôle des femmes pendant cette guerre. Le caractère technologique et industriel de ce conflit est également évoqué.
Le second volet, Vert-de-gris, suit l’écrivain allemand Ludwig Harig sur les traces de son père et évoque notamment la vie des Français dans les villes et villages de la Somme occupés par l’armée allemande. Gérard Rougeron et Jean-Claude Lubtchansky y confrontent les points de vue français et allemand du début à la fin de la guerre : dans quel état d’esprit partent-ils au combat ? Comment vivent-ils dans les tranchées ? Pourquoi parle-t-on de guerre moderne ? Quelles sont les relations entre les civils français occupés et les soldats allemands ? Comment les Allemands perçoivent-ils la défaite ?
Les deux parties se terminent par la même conclusion : les millions de morts de cette guerre nationaliste n’ont servi à rien, si ce n’est à accroître la désillusion et la rancœur entre deux peuples, et donc à poser les bases du conflit suivant. Document d’histoire, Les Moissons de fer se veulent donc aussi un formidable plaidoyer pour la paix.
La démarche
[Histoire, 3e et 1re]
Sur Le Théâtre des opérations
Le rôle des femmes à l’arrière
Observer le rôle primordial joué par les femmes à l’arrière dans la vie économique (dans les ateliers, les commerces...) et dans la fabrication d’armes et de munitions. Préciser que c’était pour beaucoup d’entre elles un premier contact avec le monde de l’usine et qu’elles vont alors prouver qu’elles sont capables d’effectuer des travaux dits masculins. Ajouter qu’elles jouent aussi un rôle important dans le bon moral des troupes : elles apportent parfois un réconfort physique, mais le plus souvent moral par leur présence à l’arrière lors des permissions ou par la correspondance entretenue avec les poilus. Étudier enfin la différence entre la vision du conflit de Blanche, restée à l’arrière et celle de son mari, médecin au front. Relever dans leur correspondance les marques de ce décalage. À Amiens, Blanche pense vivre la guerre, mais en fait, elle la voit de loin, et ce malgré la proximité du front : elle perçoit les lumières et les bruits sourds des explosions, elle voit les soldats en permission et les gueules cassées revenant du front, mais elle n’arrive pas à mesurer la violence du combat et de la vie dans les tranchées. Ses lettres, si elles montrent une certaine curiosité de ce qui se passe au front, laissent une très large place à de nombreux autres sujets, à l’avenir notamment. À l’inverse, son mari est obnubilé par ce qu’il vit et voit quotidiennement au front, il n’arrive plus à penser à autre chose. Les femmes participent à la guerre mais ne la vivent pas de la même manière. Hommes et femmes ne seront donc pas marqués de la même façon.
Les difficultés de la vie au front
Relever en plus des pistes données pour la première partie les souffrances liées au froid (même au mois d’août !), à la pluie, et surtout à l’omniprésence de la mort. Ajouter le réconfort trouvé dans la camaraderie et aussi parfois dans l’alcool.
Une guerre technologique et industrielle
Appuyer cette idée en présentant l’artillerie à longue portée anglaise maniée par des soldats aux gestes mécaniques, lesquels auraient pu être ceux d’hommes affairés sur une chaîne de montage dans une usine. Présenter les efforts réalisés dans de nouveaux domaines tels que le camouflage. Préciser que celui-ci a été initié par Guirand de Scévola, peintre dans le civil, qui, s’apercevant que les canons brillaient au soleil et attiraient de fait le feu ennemi, eut l’idée de le recouvrir d’une toile. Il a ensuite conçu de faux cadavres de soldats, de faux arbres, de faux avions, de faux canons, de fausses lignes de chemin de fer afin de tromper l’ennemi ou de pouvoir l’observer. Les soldats servant dans cette unité étaient reconnaissables au front à leur brassard rouge et blanc orné d’un caméléon.
Une guerre mondiale
Montrer que tous les continents étaient concernés par cette guerre en relevant l’origine de tous les soldats venus combattre dans la Somme. Expliquer leur présence en précisant leur appartenance aux empires britanniques ou français. Relever le nom donné aux coloniaux noirs-africains combattant pour la France et décrire la manière dont ils sont méprisés.
Le médecin du front
Même s’il est moins exposé aux tirs ennemis que les soldats de première ligne, le médecin du front participe lui aussi à une guerre industrielle et technologique. Pour montrer cela, présenter le type de blessures auxquelles il doit faire face, puis exposer la nature et les conditions de travail du médecin du front : « trier » les blessés la nuit, opérer pendant huit heures consécutives, puis visiter et panser les autres opérés. Relever la phrase « J’opère 2,2 (deux virgule deux) blessés à l’heure » pour montrer que le médecin du front a intégré une démarche quasi industrielle alors que la médecine, elle, n’est pas véritablement rentrée dans l’ère moderne. Expliquer le titre de cette première partie : Le Théâtre des opérations.
Sur Vert-de-gris
La première guerre moderne
Son origine nationaliste et l’utilisation du fantassin comme base de la technique militaire auraient pu faire de cette guerre un conflit semblable à ceux du XIXe siècle. Pourtant, la première guerre mondiale fut bien une guerre d’un genre nouveau.
Relever les différentes armes utilisées et montrer leur évolution en s’appuyant sur l’intégration du casque (fin 1915), symbole d'une prise de conscience de la brutalité du conflit. Les villages en ruines et les paysages lunaires appuieront cette idée d’intensité des combats et de violence extrême (dans la Somme, 2,5 millions d’obus français et anglais en 5 jours, soit 1 par mètre carré !).
Retrouver les preuves de la mobilisation économique.
Décrire la guerre des tranchées : les tentatives de rupture du front ennemi soldées par des pertes humaines très lourdes, mais aussi la vie quotidienne : la boue, les poux, les rats, l’absence d’hygiène, la mort des compagnons, mais aussi l’attente de la relève et de la permission. Expliquer les expressions du film « créatures troglodytes » et « cochon de front » afin d’aboutir à l’idée de déshumanisation progressive des soldats. Conclure sur le nombre de victimes à partir des termes y étant associés dans le film : « carnage », « boucherie ».
Les relations occupants-occupés : une barbarie allemande ?
Localiser la Somme et expliquer la première phase de la guerre qui a conduit à la stabilisation du front dans cette région. Réintroduire ainsi le vocabulaire de « guerre de mouvement » et de « guerre de tranchées ». L’occupation par les Allemands du territoire français suscitait des réactions diverses : la propagande française diffusait l’idée de barbarie allemande alors que la propagande allemande véhiculait une image idyllique de cette occupation. S’intéresser aux évolutions de cette occupation. Opposer les actes des Allemands à leur arrivée aux rapports moins tendus voire parfois confraternels par la suite. Relever les biens et les animaux concernés par les réquisitions allemandes. Noter la pénurie et le rationnement mais aussi les quelques tentatives de résistance à l’occupant (chants, détournement de farine...).
Montrer comment, notamment par l’implantation de stèles funéraires, les Allemands ont tenté de germaniser ce territoire. Préciser ce que sont devenus ces monuments à la fin de la guerre. Décrire ensuite et expliquer les déplacements de population civile organisés par l’armée allemande. Relever les destructions massives de villages lors du départ des Allemands, expliquer que leur état-major les justifiait à l’époque comme un moyen de ralentir l’avancée de l’armée ennemie.
De la mobilisation à la désillusion
Expliquer le titre du documentaire : Les Moissons de fer.
Relever des images et des témoignages dévoilant l’état d’esprit des Français et des Allemands à l’annonce de la guerre. Les opposer aux écrits, aux visages et aux paysages de 1918. Observer le sentiment allemand de gâchis mais aussi d’injustice et de revanche. Identifier dans les images ce qui montre les difficultés économiques et sociales de l’Allemagne vaincue. En expliquer les conséquences.
Les enfants dans la guerre
Relever que, sous l’occupation allemande, l’école a été supprimée pendant plus de deux ans. Noter la manière dont les enfants occupaient leurs journées et participaient à la guerre : travail pour aider les femmes, elles-mêmes remplaçant parfois des hommes partis au front, vol de farine aux Allemands, chants patriotiques...
La première guerre mondiale aujourd’hui
Relever les traces laissées dans le paysage (obus, machines agricoles détruites par ces obus, cimetières, monuments aux morts...), dans les familles des combattants (carnets de front et correspondances), dans les esprits des survivants et de leurs descendants. Poser la question du souvenir alors que de nombreux témoins disparaissent et s’interroger sur les moyens mis en place pour permettre au devoir de mémoire d’exister.
Le document
L'appel aux Françaises de Viviani
Le 7 août 1914, le président du Conseil, René Viviani, qui songe à une guerre courte, lance un appel aux femmes françaises, en particulier aux paysannes, les seules dont il pense avoir un besoin urgent dans les campagnes désertées par les hommes. La mobilisation des ouvrières est bien plus tardive puisqu'elle n'intervient pas avant la fin de l'année 1915.
Debout, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie.
Remplacez sur le champ de travail ceux qui sont sur le champ de bataille.
Préparez-vous à leur montrer, demain, la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés !
Il n'y a pas, dans ces heures graves, de labeur infime.
Tout est grand qui sert le pays.
Debout ! À l'action ! À l'œuvre !
Il y aura demain de la gloire pour tout le monde.
14-18. Le magazine de la Grande Guerre, n° 1, avril-mai 2001
Pour en savoir plus
BECKER Annette, Oubliés de la Grande Guerre : humanitaire et culture de guerre, populations occupées, déportés civils, prisonniers de guerre, Hachette Littératures, coll. « Pluriel », 2003.
BECKER Annette et AUDOUIN-ROUZEAU Stéphane, La Grande Guerre, Paris, Gallimard, coll. « Histoire », 1998.
REMARQUE Erich Maria, À l’Ouest rien de nouveau, LGF, 1956.
GUENO Jean-Pierre et LAPLUME Yves (dir.), Paroles de poilus : lettres et carnets du front 1914-1918, Librio, coll. « Document », 2004.
L’HISTOIRE (recueil d'articles), 1914-1918. Mourir pour la patrie, Seuil, coll. « Points, histoire », 1992.
AUDOIN-ROUZEAU Stéphane, Cinq deuils de guerre, Noesis, 2001.
LABY Lucien, Les Carnets de l'aspirant Laby, médecin dans les tranchées : 28 juillet 1914-14 juillet 1919, Hachette Littératures, 2003.
PROST Antoine, Les Anciens Combattants et la Société française, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977.
« 1914-1918 Victoire et désastre », L’Histoire, n° 225, octobre 1998.
Sommaire.
www.histoire.presse.fr/
La Grande Guerre. AIELLO Shu, RENAUDEAU Pierre-Marc, WALLET Jacques. CNDP, La Cinquième, Palette production, 1995. VHS : 20 min. Notice.
Le CRDP de Reims propose un site très complet constitué de cours, de dossiers, d’études de documents, de compositions, afin d’enseigner la première guerre mondiale en 1re.
www.crdp.ac-reims.fr/
L’Historial de la Grande Guerre met en ligne des documents iconographiques et fournit notamment des informations sur les prisonniers de guerre, les enfants dans la guerre...
www.historial.org/
Nicolas Hérissé et Anouck Durand, professeurs d’histoire et de géographie |
|
|

|
|
|
|