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Un film d’Anna-Célia Kendall (2004), d’une série de Catherine Terzieff et Anna-Célia Kendall, coproduite par le SCÉREN-CNDP et France 5.
26 min |
dimanche 6 mars 2005, 8 h 45 Libre de droits
La série
La série Promenades d’architecte met en images la rencontre d’un architecte urbaniste et d’une ville dont il a une approche personnelle, pour y avoir mené un projet. À travers un parcours qu’il a fixé, il analyse les axes géographiques de cette ville et son évolution historique : crayon en main, nous suivons des plans d’urbanisme, dont le tracé met en lumière des mutations sociales et de nombreuses influences artistiques résultant de ses évolutions. Car comprendre une cité, c’est aussi observer la poussée démographique et l’arrivée de populations venues d’ailleurs, c’est accepter et souhaiter une certaine forme de mixité sociale.
Les prochains épisodes de cette deuxième série, diffusée sur France 5 :
– Manama, Doha, Doubaï vus par Rouïeda Ayache, le dimanche 13 mars.
– Marseille vu par Rudy Riciotti, le dimanche 20 mars.
– Berlin vu par Jean-Louis Cohen, le dimanche 27 mars.
– Londres vu par Jacques Ferrier, diffusion non communiquée.
– Brasilia vu par Yannis Tsiomis, diffusion non communiquée.
– Douchambé et Boukhara, villes de l’Asie centrale vues par Éric Torcq, diffusion non communiquée.
– Venise vu par Henri Gaudin, diffusion non communiquée.
– Rome vu par Odile Decq, diffusion non communiquée.
L’émission
C’est sur ce petit territoire de 56 km2, l’un des plus célèbres sites urbains du monde, que bat le cœur de New York, une ville dont l’image se projette à l’échelle mondiale. Site originel de la Nouvelle Amsterdam, Manhattan fut un lieu majeur d’invention des formes urbaines de la ville contemporaine. Finaliste du concours d’architecture pour l’édification du mémorial du World Trade Center, l’architecte Pierre David analyse les caractéristiques urbaines et architecturales de la « grosse pomme ». Présentant la structure de la ville en fonction du sous-sol, il raconte la création des premiers buildings et comment la nécessité de légiférer est apparue. Il privilégie deux espaces forts de la ville : Central Park, qui ne vit que quelques heures le week-end et où se réfugient les solitaires ; et Broadway, lieu de tous les possibles où se conjuguent tous les styles. Mais pour un architecte, dans une ville aussi déterminée, ne reste pour rêver et construire une utopie que les blocs. En les creusant, on y crée des espaces publics. Le film se termine sur un lieu de promenade empli de nostalgie et d’histoire, la pointe de la presqu’île par où sont arrivés les immigrants et qui raconte l’odyssée humaine de cultures du monde entier.
Pistes à suivre
[Géographie, 3e : « Les États-Unis », 2de : « Dynamiques urbaines et environnement urbain », Tle : « La façade atlantique de l’Amérique du nord » ; histoire des arts, 2de et 1re options « Arts »]
Une situation exceptionnelle
Avant le visionnage du film, réaliser un exercice de localisation et de situation de la presqu’île de Manhattan à différentes échelles. Relever son appartenance à la façade atlantique nord-américaine, très urbanisée et densément peuplée. Solliciter les acquis des élèves et évoquer son inscription dans la conurbation, étirée sur 800 km de Boston à Washington, dont l’étude suggéra au géographe français Jean Gottmann le concept de Mégalopolis (1961). Souligner l’exceptionnelle situation de contact de la ville de New York entre l’océan et l’intérieur grâce à la trouée de l’Hudson. Elle a permis à New York de s’imposer très tôt (dès le début du XIXe siècle) comme l’emporium de l’Amérique (écoulement des productions agricoles de l’intérieur ; notions de hinterland et d’ outland à l’échelle continentale) faisant de son port l’un des plus importants du pays.
Clore cette première approche par la réalisation de deux schémas, l’un à l’échelle du pays (situation de la Mégalopolis), l’autre à l’échelle régionale (localisation des principales agglomérations de la conurbation).
La « grille » de Manhattan
Visionner les cinq premières minutes du documentaire. Reconnaître le CBD de Lower Manhattan. À partir des vues aériennes et des explications de Pierre David, demander aux élèves de relever les caractéristiques de la trame urbaine de Manhattan : une véritable grille territoriale (Rem Koolhaas) où les douze avenues parallèles aux fleuves sont coupées orthogonalement par 155 rues. Ce système de quadrillage a été mis au point en 1811. Expliquer qu’un tel programme d’aménagement volontariste et rationnel est caractéristique de ce Nouveau Monde dans lequel tout était à créer. On pourra établir un rapprochement avec la manière dont les Américains ont approprié le territoire (découpage géométrique du territoire à coloniser selon les méridiens et les parallèles avec le tonwnship – canton –, un carré de 6 miles de côté comme unité de base). Réaliser un croquis de Manhattan. La définir comme une presqu’île, étirée du nord-est au sud-ouest, baignée à l’ouest par les eaux de l’Hudson River, et à l’est par celles de l’East River. Les deux fleuves confluent en aval en une baie s’ouvrant sur l’océan. Commenter les prises de vue réalisées depuis la baie. Expliquer qu’elles correspondent au point de vue qui s’offrait aux immigrants arrivant à New York. C’est là que la ville se donne à voir : les buildings du Lower Manhattan apparaissent ainsi comme de véritables figures de proue de la cité, symboles de son identité urbi et orbi, pour ses habitants comme pour le reste du monde. Noter que l’étroitesse de la presqu’île accroît l’impression de verticalité donnée par les gratte-ciel qui frangent la terminaison méridionale de Manhattan. Souligner la fonction de représentation de cet urbanisme de puissance. Remarquer la rupture introduite dans le skyline new-yorkais introduite par la destruction des Twin Towers.
Ville aérienne et ville souterraine
Revenir sur les explications données par Pierre David. Comprendre que la forme de la ville en surface est commandée par la structure géologique : nécessitant de profondes fondations, les gratte-ciel ont été érigés dans les secteurs de la presqu’île où la roche mère est affleurante. L’urbanisme de Manhattan traduit donc une véritable logique de structure faisant correspondre la ville aérienne et la ville souterraine.
Le balcon de New York
Central Park a été créé au XIXe siècle pour répondre aux besoins en espaces champêtres exprimés par les New-Yorkais. Noter que sa forme rectangulaire s’intègre parfaitement dans la grille territoriale de la ville. Souligner les propos de Pierre David qui voit dans le grand parc le balcon de New York : cet écrin de verdure ourlé de buildings magnifie la ville.
« Une ville debout »
« Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais chez nous, n’est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur [...]. » Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Gallimard, Paris, 1952.
Commenter cet extrait, qui relate la découverte de New York par Bardamu, en sollicitant les acquis des élèves sur l’urbanisme des villes de l’« Ancien Monde ».
La naissance du gratte-ciel
Expliquer que la naissance du gratte-ciel, à Manhattan vers 1870, a été permise par la réunion de plusieurs facteurs, d’ordre économique et d’ordre technique. Comprendre que la première raison d’être du gratte-ciel, c’est de permettre une extraordinaire densification de l’espace : la tour permet en effet de multiplier la surface au sol, par le nombre d’étages. L’essor des premières constructions de ce type s’explique par l’étroitesse de Lower Manhattan et le souci de rentabiliser le terrain. Mais il a été permis par la réunion d’un certain nombre de facteurs techniques : la nature rocheuse du sol, propice à l’assise des fondations ; la conception d’ossatures légères en acier, et surtout l’invention de l’ascenseur par Elisha Grave Otis (il installe le premier ascenseur dans le E.V. Haughwout Building en 1857, donnant ainsi le véritable coup d’envoi des constructions en hauteur).
Comprendre qu’à la réunion de ces facteurs techniques s’ajoutent enfin des motivations d’ordre psychologique : au pays de la libre entreprise, les gratte-ciel participent du désir de surpasser ses concurrents. On pourra établir un parallèle avec le phénomène d’édification des tours seigneuriales dans les villes de l’Italie médiévale. La haute tour permet l’affirmation de la puissance dans l’espace public.
Un urbanisme réglementé
Pierre David évoque l’Equitable Building (1915), un bâtiment massif dont l’édification a plongé les rues adjacentes dans une ombre perpétuelle (même surface, du sol jusqu’au 60e et dernier étage). Souligner que cette construction a suscité une vive émotion, à l’origine du règlement d’urbanisme adopté par la ville en 1916. La Zoning Resolution (1916) introduit un gabarit : le gratte-ciel peut s’élever droit jusqu’à une hauteur définie en fonction de la largeur de la rue, puis doit s’affiner par des retraits successifs. Lorsque sa surface atteint le quart de celle qu’il occupait au sol, l’édifice peut se prolonger sans limite.
Définition : gabarit
Pour les architectes, modèle théorique qui définit les règles à respecter pour dessiner les immeubles. Le gabarit peut être plus ou moins contraignant et préciser : par exemple, la hauteur permise des façades, les retraits possibles, les saillies, les balcons, les pentes de toiture, etc. On pourra évoquer rapidement les règles de l’urbanisme haussmanien.
Les documents
Quatre cartes pour visualiser la situation géographique de Manhattan :
– Les États-Unis (PDF, 299 ko) ;
– La mégalopole de la côte nord-est (PDF, 267 ko) ;
– New York et son agglomération (PDF, 451 ko) ;
– La presqu’île de Manhattan (PDF, 898 ko).
Pour en savoir plus
CHEVALIER Jacques, Grandes et très grandes villes en Amérique du Nord, Ellipses, coll. « Carrefours », 2000.
GHORRA-GOBIN Cynthia, Villes et société urbaine aux États-Unis, Armand Colin, coll. « U Géographie », 2003.
KOOLHAAS Rem, New York délire : un manifeste rétroactif pour Manhattan, Parenthèses, coll. « Architecture », 2002.
Villes en limite 1 : New York, 96e rue. CNDP, La Cinquième, 2000. Notice.
Pays paysages 5 : Villes américaines. CNDP, La Cinquième, 1998. Notice.
La première série Promenades d’architecte est disponible en VHS. Notices.
Un site américain (en anglais) donne des informations détaillées sur les modalités de reconstruction du World Trade Center. On y trouve notamment un descriptif du projet de Pierre David.
www.lowermanhattan.info/
Julien Maraval, professeur d’histoire et de géographie |
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