 © Jeremie Nassif |
Douze courts métrages, sur une idée de d.f.c.r. (dire, faire contre le racisme), produits par Little Bear et JPL Films.
5 x 5 min environ |
du samedi 11 au mercredi 15 septembre 2004, vers 21 h 50 Libre de droits
La série
Comment parler du racisme quotidien aux jeunes ? Tel est le propos des initiateurs de ce grand projet de réalisation de courts métrages.
C'est par l'intermédiaire d'un appel à scénarios auprès des 16-26 ans que cette initiative a voulu d'abord sensibiliser les jeunes : en leur donnant la parole, en écoutant leurs idées, en recueillant leurs témoignages.
Près de cinq cents scénarios ont été reçus en provenance de toute la France. Douze d'entre eux ont été retenus, dont la réalisation a été confiée à des cinéastes confirmés, parmi lesquels Yves Angelo et François Dupeyron, Vincent Lindon, Christophe Otzenberger ou Yamina Benguigui.
Ces petits films, très différents les uns des autres, cherchent moins à fustiger le racisme qu'à faire comprendre le mécanisme qui amènent un individu à adopter un comportement ou, plus encore, un autre à en devenir la victime. Par la durée courte imposée à leurs auteurs, chacun d'entre eux sera ainsi un support efficace à une réflexion en classe sur ces attitudes d'exclusion et sur la souffrance endurée.
Cette semaine, TV5 ne diffuse que 5 des 12 films de la série. Ces douze films sont disponibles en VHS dans la collection « Côté télé » du SCÉRÉN-CNDP (voir « Pour en savoir plus »).
Les films
Pimprenelle, de Yamina Benguigui (2001).
D'après un scénario original de Sauveur Carlus.
Avec : Soria Mouffakir, Cécile Arrieu, Myriam Assouline.
Soria doit animer un anniversaire d'enfants, déguisée en fée Pimprenelle. Elle est froidement reçue par la maîtresse de maison pour une fée ne peut être que blonde. Et pour les enfants ?
samedi 11 septembre, 21 h 55
Poitiers, voiture 11, d'Yves Angelo et François Dupeyron (2001).
D'après le sujet original de Brigitte Paternotte.
Avec : Jean-Pierre Darroussin, Rabah Loucif, Fatiah Cheriguene, Hamza et Mohamed Matar, Natacha Solignac.
Un homme prend le train. Une famille de maghrébins s'est installée à sa place. Malgré les efforts de courtoisie du père maghrébin, l'homme est désagréable et tient des propos racistes... Il finit par s'assoupir. Ses cauchemars vont devenir réalité !
dimanche 12 septembre, 21 h 50
Relou, de Fanta Régina Nacro (2001).
D'après un sujet original de Dalila Benamara.
Avec : Faudel, Jean Rachid, Saïd Serrari, Dalila et Fella Benamara.
Dans un bus, Dalila, jeune kabyle blonde, se fait draguer par trois adolescents d'origine maghrébine. Le ton monte. Ils l'insultent dans une langue qu'ils pensent incompréhensible pour elle : l'arabe...
lundi 13 septembre, 21 h 55
Sans autre, t’es rien, de Philippe Jullien (2001).
D'après un sujet original de Yohanna Delgado.
Image : Pierre Bouchon.
Fabrication des marionnettes et animation : David Thomasse.
Quatre individus d'origines différentes sont intrigués par la présence d'une étrange sphère en suspension. Approches, convoitises, tentatives d'appropriation... Arriveront-ils à s'entendre ?
mardi 14 septembre, 21 h 55
Tadeus, de Philippe Jullien et Jean-Pierre Lemouland (2001)
D'après un sujet original de Karim Aït Gacem.
Image : Pierre Bouchon.
Animateur : Benjamin Botella.
Dans une classe de CM1 débarque un nouveau venu. Tadeus vient de Tchétchénie et intrigue les élèves : il mange tout ce qu'on lui donne à la cantine, il est nul au foot mais se fait une copine... Les enfants le laisseront-ils entrer dans leur cercle ?
mercredi 15 septembre, 21 h 55
Pistes à suivre
Le mépris
On relèvera dans l'ensemble des films toutes les marques du mépris affiché à l'égard de l'autre. Les élèves pourront s'exercer à en dresser une typologie.
On constatera sur l'ensemble des films la dénonciation d'un préjugé récurrent : l'étranger ne sait pas lire, il n'a aucune culture...
La référence à une culture dominante est une variante du comportement précédent. Il n'y aurait qu'une seule façon de penser le monde, qu'une seule culture valable. Dans Pimprenelle, la grande bourgeoise française ne saurait imaginer une fée autrement que blonde. Dans Tadeus, personne ne sait où est la Tchétchénie.
Des points de vue, une argumentation
On s'exercera, pour chacun des films, à indiquer le point de vue adopté par le récit, ou les changements de points de vue qui interviennent en cours d'histoire. Sont-ils ceux des victimes du racisme ? de racistes ? de personnages « neutres » ?
Chaque film repose sur une argumentation. Comment le destinataire de ce film est-il convaincu ? La thèse soutenue est-elle clairement formulée ? au début ou à la fin ? Les arguments avancés font-ils référence à la raison, au sentiment, au passé, au droit, à la morale... ? Les arguments sont-ils en rapport avec la conclusion ? Sont-ils efficacement organisés ? Le film s'appuie sur un exemple. Est-il emprunté à l'histoire, à la vie quotidienne, à la nature, à l'expérience personnelle... ?
Les lieux
Les scénarios s'emploient à montrer le racisme au quotidien, dans des lieux que les spectateurs fréquentent normalement. On pourra les récapituler en proposant là aussi une typologie : les transports, comme le train (Poitiers) ou le bus (Relou), et bien sûr l'école (Tadeus). Selon nos élèves, ces lieux correspondent-ils effectivement aux endroits où l'expression des préjugés est la plus forte ? On cherchera à l'expliquer.
On constatera par la même occasion que les films s'adressent à des publics différents : enfants, adolescents, adultes.
Les racistes
Qui sont, dans ces films, les auteurs des comportements racistes ou discriminatoires ? Des « blancs », mais aussi des Maghrébins. Les racistes sont dépeints de manière très diverses dans ces films. À dire vrai, certains d'entre eux ne se l'avouent pas, mais se révèlent capables, malgré eux, de préjugés et de réflexes assimilés à du racisme. Ceux-là pourraient malheureusement nous ressembler par bien des aspects. D'autres, conditionnés culturellement, apparaissent sous des traits plus outrés : ils se révèlent caricaturaux. On ne manquera pas d'analyser le contraste entre ces personnages et les victimes de leur ressentiment, notamment dans Poitiers, voiture 11.
Les victimes
Les réactions des victimes sont différentes. Certaines, comme Soria (Pimprenelle) refuseront de renier leur identité. D'autres adopteront un comportements de renoncement, celui des aînés mène les jeunes à la délinquance : c'est ce que l'on devine dans l'attitude des adolescents de Relou. On demandera aux élèves quel comportement ils auraient adopté s'ils avaient été à la place des personnages : ils évoqueront ainsi les peurs de chacun et les reformuleront pour les dénoncer.
Film par film
Pimprenelle. On opposera l'espace dans lequel est contrainte la jeune femme maghrébine à l'espace des enfants (voir « La séquence).
Poitiers, voiture 11. On qualifiera la nature du regard que l'auteur de ce film porte sur le personnage raciste de l'histoire : pitié ? ironie ? On analysera plus précisément le sens du plan final (une image arrêtée sur le visage du raciste qui regarde la caméra) pendant que le contrôleur demande symboliquement : « Vous êtes ensemble ? »
Relou. La situation ne manquera pas de soulever le problème du « racisme à l'envers » et de forcer la réflexion sur ce problème chez les élèves d'origine ou de culture étrangère. Enfin, dans la « chute » de l'histoire, l'usage de la langue arabe provoque-t-il le même effet que dans Poitiers, voiture 11 ?
Sans autre t'es rien. C'est de toute évidence le film le plus symbolique de la série. Sa nature (un film d'animation réalisé en pâte à modeler) le prédisposera à être utilisé avec les plus jeunes. Ils donneront ainsi le sens qu'ils souhaitent à cette histoire intemporelle, mais en dégageront la leçon d'humanité qu'elle délivre.
Tadeus. On montrera comment la nature de ce film (un film d'animation, fait de collages et de dessins animés) contribue à durcir la violence du propos sans déréaliser la situation. Le contexte de la situation du petit Tadeus (la guerre en Tchétchénie) demandera à être expliqué aux plus jeunes.
La séquence
La fée dans le placard
Le film Pimprenelle met en scène une jeune femme d'origine maghrébine qui vient animer un goûter d'anniversaire dans une famille française très bourgeoise. Il exprime le mépris des hôtes en inscrivant dés le début la jeune femme dans un milieu inhospitalier et hostile, un espace qui la rejette. C'est à cette spatialisation du racisme que les élèves pourront être sensibilisés, à travers l'analyse de quelques brefs plans.
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Les lieux sont d'abord montrés par une plongée du haut de l'escalier, alors que la jeune femme est encore en bas, puis par une contre-plongée qui montre qu’elle est écrasée, qu'elle n'a pas sa place. Les lieux dans lesquels on la cantonne dans la suite du film sont toujours sombres, gris et froids, dans l'ombre. |
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Ces antichambres, couloirs, toilettes, paliers, s'opposent au salon où se tient la fête d'anniversaire, plein de lumière et de couleur. Soria est exclue de ces lieux de vie et de joie. D'ailleurs on lui demandera de s'écarter au moment de la photo d'anniversaire. |
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Les plans les plus significatifs sont ensuite ceux des toilettes. Dans le premier, au début du récit, on retrouve le procédé de la plongée, qui, enserré dans un cadre, exprime le découragement, l'exclusion de la jeune femme à qui on a proposé – dans cette maison si grande – les seules toilettes pour se changer. Dans le troisième de ces plans, une vision subjective met le spectateur à la place de Soria : nous voyons avec elle, en amorce, assise par terre et coincée entre les murs et la cuvette des WC, les billets de sa rétribution glissés par la bonne sous la porte. |
Deux mondes sont ainsi juxtaposés, celui, ténébreux, étroit, aux angles de vue insolites, du monde où est cantonnée Soria, et celui, lumineux et joyeux, de l'enfance dans lequel la jeune femme n'est admise que sous une autre identité et malgré les réticences des hôtes. Ces deux mondes ne se mêleront pas ; leur distinction symbolise l'exclusion dans laquelle sont tenues les victimes du racisme. Un troisième lieu, toutefois, celui, innocent et enfantin, du rêve, où existent des fées qui ne sont pas forcément blondes, est évoqué et ardemment convoité par les enfants. Mais il n'apparaîtra pas pour autant. Le film demeure terriblement réaliste.
Pour en savoir plus
Les douze films de la série sont disponibles en VHS dans la collection « Côté télé » du SCÉRÉN-CNDP :
Pas d'histoires ! 12 regards sur le racisme quotidien. CNDP, Little Bear, d.f.c.r., 2003. Collection « Côté télé ». VHS : 63 min. Notice.
Le Refus des discriminations, Poquet Philippe, CRDP de Haute-Normandie, 1998. Notice.
Le Racisme et la Différence, CRDP de l'académie de Lyon, 1994. Une approche disciplinaire et interdisciplinaire du thème de la différence. Notice.
ALLEMAND Sylvain, SCHNAPPER Dominique, Questionner le racisme, Gallimard Éducation, coll. « Le forum », 2000.
Le Grand Livre contre le racisme, Rue du Monde, coll. « Grands livres », 1999. L’esclavage, la colonisation, l’holocauste, l’immigration, la vie dans les cités, les autres cultures...
DUTHEIL Florence, Le Petit Livre pour dire non à l'intolérance et au racisme, Bayard, coll. « Les petits livres pour dire non », 1999.
COMBESQUE Marie-Agnès, Le Silence et la Haine. Racisme, de l’injure au meurtre, Syros jeunesse, coll. « J’accuse », 1997. Le récit d’agressions racistes, suivi d’un dossier pour mieux comprendre et agir.
LARDY Emmanuel, Intolérance : lire et écrire avec le livre Le Chat de Tigali, Syros, coll. « Cahiers citoyens », 1998.
Le site de l'association d.f.c.r. (dire, faire contre le racisme).
http://dfcr.free.fr/
À l’occasion d’un sondage publié en 2000, Actualités pour la classe avait mis en ligne un dossier intitulé Éduquer contre le racisme sur les moyens dont dispose l’école en matière de lutte contre le racisme.
www.cndp.fr/
Anne Henriot, professeur de lettres et de cinéma
Loïc Joffredo, professeur d'histoire et de géographie |
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