La Rafle du Vél d’Hiv
 

© France 5
 
Un documentaire de Gilles Nadeau et Jacques Duquesne (2002), produit par Morgane Production, en association avec France 5.
52 min

sur le câble : dans la nuit du jeudi 13 au vendredi 14 janvier 2005, 1 h 05
 

L’émission
Les 16 et 17 juillet 1942, au vélodrome d’Hiver de Paris, sont rassemblés dans des conditions insupportables plus de 8 000 personnes juives dont plus de 4 000 enfants. Cette rafle organisée par la police française est l’un des événements les plus marquants de la persécution antisémite commise par les autorités françaises. S’il n’existe qu’une seule photographie avérée de l’événement, il demeure parmi les victimes quelques personnes, le plus souvent des enfants à l’époque, qui ont survécu et témoigné.
Ce documentaire retrace leur parcours et celui de leurs parents. Film de la mémoire d’abord, mais aussi film d’une histoire : celle de la persécution contre les juifs en France, entre 1940 et 1944. Comment de telles actions criminelles ont-elles pu avoir lieu ? Quelles sont les responsabilités des autorités d’occupation et de l’administration française dirigée par le régime de Vichy ? Comment la population française a-t-elle vécu et réagi face aux multiples événements discriminatoires ?
Si les événements narrés dans le documentaire sont aujourd’hui connus, l’intérêt du film réside surtout dans une mise en perspective de la grande rafle du Vél d’Hiv, avec le cadre idéologique et sociopolitique de l’époque : l’antisémitisme, la collaboration, la Révolution nationale, la déportation, l’extermination... Les témoignages, lucides mais toujours sensibles, les commentaires d’historiens mêlés aux images des actualités françaises rendent à l’événement une poignante vérité.
La démarche
[Histoire, 3e, Tle]
Un contexte
Du décret signé par le maréchal Pétain le 4 octobre 1940, autorisant l’internement dans des camps spéciaux des « ressortissants étrangers de race juive », jusqu’à la circulaire du 13 juillet 1942, véritable « plan de guerre » du préfet de police de Paris qui détaille minutieusement la vaste opération d’arrestations et de rassemblement des juifs étrangers de la capitale (voir « Le document »), les événements vont s’enchaîner dans une mise en scène qui aboutit à la tragédie des 16 et 17 juillet 1942.
Mettre en place une chronologie, proposée par le documentaire, du 10 juillet 1940 à la rafle du Vél d’Hiv, afin de déterminer les actes officiels antisémites et les différentes mesures de restriction. Dégager les signes forts de cet antisémitisme (relever les commentaires des victimes et les différents interdits à l’encontre des juifs, commenter les panneaux de l’exposition « Les Juifs et la France ») et préciser les causes de cette discrimination selon les autorités de Vichy. Mentionner les premières rafles et les premiers camps. Dans quel cadre plus général s’inscrit cette politique raciale ?
Rappeler le contexte d’avant-guerre en Allemagne à l’encontre des populations juives et déterminer la façon dont la population française réagit à cette politique. Examiner parallèlement les images des actualités françaises et discerner le rôle de la propagande.
Reprendre le contexte précis de 1942 et la mise en place d’une nouvelle équipe de chefs SS (Oberg, Knochen, Lischka et Hagen) responsables de la police allemande à Paris. Présenter succinctement René Bousquet et préciser son rôle ainsi que celui du Commissariat général aux questions juives (CGQJ) dirigé par Xavier Vallat puis, à partir de 1942, par Louis Darquier de Pellepoix.
Un événement important de la persécution antisémite
Les journées des 16 et 17 juillet 1942 sont le théâtre d’une sinistre opération militaire menée par des milliers de policiers et de gendarmes. Durant ces deux jours, dans la capitale, près de huit mille juifs étrangers, hommes, femmes et enfants sont envoyés au Vél d’Hiv. Dans ce lieu, jusque-là temple du sport, des milliers d’êtres humains tentent de survivre pendant plusieurs jours dans les pires conditions qui soient : pas de couchage, aucun ravitaillement, absence d’eau, hygiène inexistante... Les juifs se retrouvent pris au piège : une poignée réussira à faire évader des enfants, beaucoup se laisseront mourir et le plus grand nombre sera déporté vers le camp d’extermination d’Auschwitz.
Comment cette opération s’est-elle déroulée ? (On proposera la lecture du document complémentaire.) Relever l’organisation précise de la rafle : date choisie, heure du début de l’opération, personnes qui viennent chercher les juifs, sélection de ces derniers, transport, arrivée au Vél d’Hiv. Tout au long des journées des 16 et 17 juillet, des communiqués sont publiés systématiquement par le cabinet du préfet, qui centralise les informations. Préciser la qualification d’une telle opération.
Après quatre jours d’internement, qu’advient-il des familles ? Distinguer le sort des adultes et des enfants dans un premier temps (donner les noms des camps d’internement des femmes et des enfants).
Le plan prévoyait l’arrestation de 22 à 24 000 juifs étrangers, hommes, femmes et enfants, même si ces derniers étaient de nationalité française. Expliquer le demi-échec aux yeux des autorités de cette rafle.
Et après ?
Si la rafle du Vél d’Hiv n’a pas rencontré le « succès » espéré par ses initiateurs, elle marque un basculement de l’opinion publique française face à l’antisémitisme (si la vie continue à Paris, « certains ont vu ! », comme le souligne un rapport de la préfecture de police de Paris).
Pourtant, montrer les réactions officielles de l’Assemblée des cardinaux et archevêques de France après la grande rafle. Relever les commentaires du représentant du Vatican à Vichy face à la protestation de l’Église de France.
Ce type d’opération s’interrompt-il avec la grande rafle du Vél d’Hiv ?
Que se passe-t-il à partir d’avril-mai 1945 ? Comment les rescapés vivent-ils leur retour des camps de concentration et d’extermination ? Donner le bilan de la déportation des juifs de France (déportés, survivants). Expliquer pourquoi la France a finalement moins de victimes juives que d’autres pays européens.
Justifier le silence de l’après-guerre. Opposer et expliquer la condamnation à la Libération des troupes de police et de gendarmerie à l’absence d’épuration. Relever des exemples de censure ou d’interdiction dans des œuvres cinématographiques après 1945, mentionner la date du premier article en France concernant la grande rafle de juillet 1942.
Le document
Cette circulaire, citée dans le documentaire, sera utilisée et commentée librement en classe après que les élèves auront vu le film.
 
Paris, le 13 Juillet 1942
Circulaire n° 173-42

À Messieurs les Commissaires Divisionnaires, Commissaires de Voie Publique et des Circonscriptions de Banlieue.

[...] Les Autorités Occupantes ont décidé l’arrestation et le rassemblement d’un certain nombre de juifs étrangers. La mesure dont il s’agit ne concerne que les juifs des nationalités suivantes :
Allemands, Autrichiens, Polonais, Tchécoslovaques, Russes (réfugiés ou soviétiques, c’est-à-dire « blancs » ou « rouges »), Apatrides, c’est-à-dire de nationalité indéterminée.
Elle concerne tous les juifs des nationalités ci-dessus, quel que soit leur sexe, pourvu qu’ils soient âgés de 16 à 60 ans (les femmes de 16 à 55 ans). Les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents [souligné par nous].Vous constituerez des équipes d’arrestation. Chaque équipe sera composée d’un gardien en tenue et d’un gardien en civil ou d’un inspecteur des Renseignements généraux ou de la Police Judiciaire.

[...] Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaires. En outre, au moment de l’arrestation, le bien-fondé ou le mal-fondé de celle-ci n’a pas à être discuté. C’est vous qui serez responsables des arrestations et examinerez les cas litigieux qui devront vous être signalés [souligné par nous].

[...] Des autobus, dont le nombre est indiqué plus loin, seront mis à votre disposition. Lorsque vous aurez un contingent suffisant pour remplir un autobus, vous dirigerez :
– sur le Camp de Drancy : les individus ou familles n’ayant pas d’enfants de moins de 16 ans ;
– sur le vélodrome d’Hiver : les autres.
Vous dirigerez alors les autobus restants sur le vélodrome d’Hiver.

[...] Enfin, vous conserverez, pour être exécutées ultérieurement, les fiches des personnes momentanément absentes lors de la première tentative d’arrestation.

Pour que ma Direction soit informée de la marche des opérations, vous tiendrez au fur et à mesure, à votre Bureau, une comptabilité conforme au classement ci-dessus. Des appels généraux vous seront fréquemment adressés pour la communication de ces renseignements. Parmi les personnes arrêtées, vous distinguerez le nombre de celles qui sont conduites à Drancy de celles qui sont conduites au vélodrome d’Hiver.
Pour faciliter le contrôle, vous ferez porter au verso de la fiche, par un de vos secrétaires, la mention « Drancy » ou « vélodrome d’Hiver » selon le cas.
Les services détachant les effectifs ci-dessous indiqués devront prévoir l’encadrement normal, les chiffres donnés n’indiquant que le nombre des gardiens. Les gradés n’interviendront pas dans les arrestations, mais seront employés selon vos instructions au contrôle et à la surveillance nécessaires.
Total des équipes : 1472 ; total des gardiens en civil ou en tenue : 1568. En outre : 220 Inspecteurs des Renseignements Généraux et 250 Inspecteurs de la Police Judiciaire.
Garde des Centres primaires de rassemblements et accompagnements des autobus. Total des gardes et gardiens : 430.

Circonscriptions de banlieue
[... ] Totaux : 60 gendarmes, 20 gardiens en tenue et 53 gardiens en civil.
La Compagnie du Métropolitain, réseau de surface, enverra directement les 16 et 17 juillet à 5 heures aux Centraux d’Arrondissements où ils resteront à votre disposition jusqu’à fin de service : 44 autobus.
En outre, à la Préfecture de Police (caserne de la Cité) : 6 autobus.
[...] La Direction des Services Techniques tiendra à la disposition de l’État-Major de ma Direction, au garage, à partir du 16 juillet à 8 heures : 10 grands cars.
[...] De plus, de 6 heures à 18 heures, les 16 et 17 juillet, un motocycliste sera mis à la disposition de chacun des IXe, Xe, XIe, XVIIIe, XIXe et XXe arrondissements.
La garde du vélodrome d’Hiver sera assurée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, par la Gendarmerie de la région parisienne et sous sa responsabilité.

Tableau récapitulatif des fiches d’arrestations : Paris : 25 334 ; banlieue : 2 057 ; total : 27 391.

Le Directeur de la Police municipale, Hennequin.

In RAYSKI Adam, Il y a soixante ans. La rafle du vélodrome d’Hiver.
Le peuple de Paris solidaire des Juifs, Mairie de Paris, 2002.
Pour en savoir plus
RAJSFUS Maurice, La Rafle du Vél d’Hiv, PUF, 2002.
RAYSKI Adam, Il y a soixante ans. La rafle du vélodrome d’Hiver. Le peuple de Paris solidaire des juifs, Mairie de Paris, 2002.
LÉVY Claude, La Grande Rafle du Vél d’Hiv, 16 juillet 1942, Laffont, coll. « Ce jour-là », 2002.
GUÉNO Jean-Pierre (dir.), Paroles d’étoiles : mémoires d’enfants cachés (1939-1945), Librio, Radio-France, 2004.
GUÉNO Jean-Pierre, PECNARD Jérôme, Paroles d’étoiles : l'album des enfants cachés (1939-1945), Éd. des Arènes, France bleu, 2002.
MARRUS Michael R., PAXTON Robert O., Vichy et les Juifs, LGF, 1990.
KASPI André, Les Juifs pendant l’Occupation, Seuil, coll. « Points Histoire », 1997.
KLARSFELD Serge, Le Mémorial de la déportation des juifs de France, édité et publié par Beate et Serge Klarsfeld, 1979. (À consulter en bibliothèque.)
LABORIE Pierre, « 1942 et le Sort des Juifs. Quel tournant dans l’opinion ? », Annales, EHESS, 1993 (3).
NATANSON Dominique, J’enseigne avec l’Internet la Shoah et les crimes nazis, CRDP de Bretagne, 2002. Notice.

Le Centre de documentation juive contemporaine.
37, rue de Turenne, 75003 Paris
Tél. 01 42 77 44 72
www.memorial-cdjc.org/
Le toujours indispensable site Mémoire juive et éducation, de notre collègue Dominique Natanson, point de départ de très nombreux liens avec d’autres sites utiles sur la déportation.
http://perso.wanadoo.fr/d-d.natanson/

Richard Basnier, professeur d’histoire et de géographie




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