10 clips pour un autre regard
 

D.R.
 
 
Une série de courts métrages (2005), diffusée dans le cadre de Libre court.
10 x 2 min environ

 la nuit du lundi 16 au mardi 17 janvier 2006, 0 h 55
 

La série
Ces dix clips diffusés dans le cadre de Libre court adaptent les dix scénarios lauréats d’un concours lancé à l’initiative du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, sous l’égide du Conseil national de la vie lycéenne et avec le parrainage de France Télévisions. Lancé dans toutes les académies, ce concours avait séduit près de 3 000 lycéens et étudiants qui, en avril et mai 2005, ont écrit plus de 600 scénarios. En septembre dernier, un jury final présidé par le cinéaste Régis Wargnier avait retenu les dix lauréats en fonction de la pertinence et de l’attrait du scénario mais aussi de sa faisabilité et de son format.
Chacun des dix scénarios, tourné en octobre et novembre derniers par un réalisateur professionnel dans la ville d’origine des élèves qui l’ont écrit, approche le problème du racisme et de l’intolérance de manière non frontale, avec un regard différent capable de susciter une réflexion. Tous sont différents, de style et d’inspiration variés, et constituent de passionnants supports de débat dans le cadre de l’éducation civique et de l’ECJS. Diffusés tous ensemble cette semaine sur France 3 dans le cadre de Libre court, ils seront également programmés bientôt sur France 2, France 4 et France 5.
Les films
Samuel
Un film écrit par Eugénie Moro, Laura Zanon et Émilie Labadie-Lemière (lycée Bernard Palissy, Bordeaux), réalisé par Karène Bellanger.
Un homme, que nous ne voyons pas, se rend à différents entretiens d’embauche. Il essuie refus sur refus : l’homme, Samuel, est noir et se rend compte de la discrimination dont il est victime.
Pistes à suivre. Observer les effets du procédé de la caméra subjective (ou « caméra-je », par lequel le spectateur est identifié à un personnage dont le champ de vision est marqué par le cadre de la caméra). Étudier le passage, dans le film, des procédés qui traduisent l’optimisme de départ de Samuel (musique guillerette, montage rapide et perspective ouverte), puis ses désillusions (musique plus sourde et grave, espace fermé, ralenti et flou des mouvements).
D’une seule et même voix
Un film écrit par la clase de seconde 501 2A (lycée Pierre-Émile Martin, Bourges), réalisé par Stéphane Gallois.
Plusieurs personnes, face à la caméra, apportent le témoignage de discriminations, de rejets et d’actes d’agressions. Ils sont « tous différents, mais tous unis d’une même voix contre le racisme et l’intolérance ».
Pistes à suivre. Étudier de façon précise le passage d’un plan à un autre et d’un propos à un autre pour vérifier que le discours tenu est, dans sa continuité, le même. S’interroger sur le plan final du dernier interlocuteur dont la réaction déconstruit le dispositif narratif grave et dédramatise justement le propos général.
En chaîne
Un film écrit par Laure Lochet et Maïlys Krier (lycée GT Georges Duby, Luynes), réalisé par Claude Zidi junior.
Un homme insulte un jeune maghrébin qui insulte une jeune femme qui fait une remarque désobligeante sur une femme voilée. Le fils de cette dernière attire l’attention de sa mère sur une jeune fille noire... pour avouer qu’il la trouve belle.
Pistes à suivre. Observer comment s’enchaînent les différentes séquences du film et analyser la réaction de déception ressentie par le spectateur qui, prenant fait et cause pour la victime de l’insulte, découvre que le personnage auquel il s’identifie devient lui aussi un agresseur.
À mort...
Un film écrit par Sophie Adriaens et Aurélien Villard (lycée Champollion, Grenoble), réalisé par Alain Munch.
Caroline, une élève de lycée, découvre sur un mur la phrase « À mort les juifs ». Chaque jour, la « victime désignée » est remplacée : les noirs, les arabes, les « PD »... Elle décide d’écrire à la suite : « À mort le racisme », et de signer de son prénom.
Pistes à suivre. Grâce aux divers détails concernant sa vie familiale et lycéenne, et les discussions avec ses amis, dresser le portrait de Caroline et montrer que, loin d’être une héroïne, son personnage ne suscite que plus facilement l’identification du spectateur et l’adhésion de celui-ci à la décision finale de la jeune fille.
Comme la foudre
Un film écrit par les membres du CVL (lycée L’Asrée, Boën-sur-Lignon), réalisé par Basile Remaury.
Un jeune trisomique à l’écart d’un groupe d’enfants qui jouent, un adolescent noir moqué par des camarades, des jeunes qui profanent un cimetière... Enfin des enfants rassemblés sous un arbre par temps d’orage : « L’intolérance frappe comme la foudre, n’importe où, n’importe quand. »
Pistes à suivre. Dégager la portée symbolique du groupe d’enfants sous un arbre et étudier la métaphore de la foudre qui désigne l’intolérance aussi soudaine que dangereuse.
Poignée de mains
Un film écrit par Pierre-Adrien Thévenet (lycée Fénelon, Clermont-Ferrand), réalisé par Christophe Chudy.
Dans un bureau, un employé noir est l’objet de remarques racistes de la part de ses nouveaux collègues. À l’école, le jour de la rentrée, un élève noir n’est pas accepté par les autres enfants. Le soir, père et fils se retrouvent et discutent, mais, chacun de leur côté, il ne s’est rien passé de particulier...
Pistes à suivre. Dégager la structure narrative qui croise les expériences éprouvées par l’adulte et par l’enfant. Étudier le rapport de cause à effet ainsi créé : n’indique-t-il pas que l’intolérance est aussi « puérile » à l’école que dans le monde des adultes ?
H264
Un film écrit par Charlotte Leclerc et Claire Chastel (lycées Louis-le-Grand et Janson-de-Sailly, Paris), réalisé par Laure Hassan.
Des jeunes gens vivent dans un univers futuriste uniformément blanc. Un adolescent vêtu de rouge arrive : tous les autres se parent de couleurs vives et retrouvent le sourire. Mais l’un d’eux demeure blanc : il est néanmoins accepté dans le groupe avec joie.
Pistes à suivre. Dégager les effets de l’opposition entre le blanc et les couleurs et distinguer les deux séquences de relation : le jeune homme rouge qui, par sa différence, transmet sa singularité au groupe ; le groupe qui accueille le jeune homme blanc et sa singularité.
L’Égalité pour deux mains
Un film écrit par Lila Autier, Aubane Coulombier et Alexis Pelletreau (lycée Marcellin Berthelot, Saint-Maur-des-Fossés), réalisé par Delphine Quentin.
Des mains accomplissent des gestes, les uns techniques et utilitaires, les autres créatifs et artistiques. Mais méfions-nous des apparences et des idées reçues : tous ceux qui font ces gestes appartiennent à une même collectivité, une association de danse où les différences importent peu.
Pistes à suivre. Opposer le gros plan, trompeur parce que partiel (et partial), écartant la vérité dans le hors-champ de la scène, et les plans moyens ou larges qui la dévoilent dans le cadre d’une communauté élargie.
Front obscur
Un film écrit par Sam Tang (lycée de la Calade, Marseille), réalisé par Nicolas Garnier.
Un jeune homme d’origine étrangère se fait violemment tabasser par un groupe de racistes qui le portent sur les hauteurs de Marseille. Il y expire sous le ciel étoilé.
Pistes à suivre. Étudier l’opposition entre le souvenir (en flash-back), en noir blanc aux contrastes tranchés, et le moment présent, aux tonalités poétiques et en couleurs.
Les Amis de Mimi
Un film écrit par Margaux Parillaud (lycée Madame de Staël, Montluçon), réalisé par Julie Granier.
Une petite fille, Mimi, aime les pommes, toutes les pommes qu'elles soient vertes, jaunes ou rouges, les chats, tous les chats, et ses amis, tous ses amis, d’où qu’ils soient. « Peu importe la couleur », précise-t-elle.
Pistes à suivre. On utilisera plus volontiers ce clip avec de jeunes élèves du premier degré. L’identification des élèves à la petite Mimi se fera plus facilement, et les exemples qu’elle choisit pour déclarer son amour envers ses amis sont plus sensiblement quotidiens pour toucher les enfants.
Pour en savoir plus
POQUET Philippe, Le Refus des discriminations, CRDP de Haute-Normandie, 1998. Notice.

Pas d’histoires ! 12 regards sur le racisme quotidien. CNDP, Little Bear, d.f.c.r., 2003. Collection « Côté télé ». VHS : 63 min. Notice.

Agnès Lefillastre, professeur de lettres modernes




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