 © CC&C/Lobster Films |
Un documentaire de Daniel Costelle et Isabelle Clarke (2004), coproduit par CC&C et Lobster Films, diffusé dans le cadre de Passé sous silence.
52 min |
vendredi 28 avril 2006, 23 h 25
Rediffusion : la nuit du dimanche 30 avril au lundi 1er mai, 2 h 20
L’émission
À partir d’images d’archives, ce documentaire retrace les dernières semaines de la seconde guerre mondiale en Europe. À partir du mois d’avril, la découverte de l’horreur des camps par les Alliés change la perception de l’Allemagne nazie et suscite un nouveau regard sur la guerre. 8 mai 1945, la capitulation met en avant aussi la lutte d’influence entre les deux principales puissances militaires au monde, l’URSS de Staline et les États-Unis, qui préfigure les conflits futurs de la guerre froide. Leur alliance conditionne largement le règlement du conflit, une reddition sans condition de l’Allemagne nazie. La France, dans ce contexte, tente de s’imposer dans le camp des vainqueurs grâce à la figure tutélaire de Charles de Gaulle.
Ce documentaire est particulièrement édifiant. Les images d’archives sont pour une grande partie inédites et permettent d’illustrer l’histoire de la capitulation allemande. Leur profusion peut parfois conduire à des confusions. De même, la crudité de certaines images heurtera peut-être les plus jeunes. Le rôle des acteurs de ce dernier mois de guerre ainsi que les enjeux de l’après-guerre sont parfaitement illustrés et identifiés. 8 mai 1945, la capitulation s’adresse donc à un large public et peut être visionné dans son ensemble.
Pistes à suivre
[Histoire, 3e, 1re, Tle]
1945 : une présentation
Remarquer la volonté française d’être associée aux camps des vainqueurs. Analyser le discours de de Gaulle lors de la capitulation allemande à Reims le 7 mai dans cette perspective. Il y annonce la double victoire des Nations unies et de la France. Montrer aussi que la présence de de Lattre à Berlin lors de la reddition sans concession le 8 mai a été le point de départ de la réhabilitation de la France dans le concert des nations. Préciser qu’elle est le fait de la volonté de Winston Churchill pour contrebalancer l’influence grandissante de l’URSS et de son représentant, Joukov.
Observer comment les dernières semaines de la guerre en Europe ont été vécues et perçues en France. Remarquer les poches de résistance nazie le long du littoral atlantique, à Dunkerque ou La Rochelle, et le rôle de la 2e division blindée de Leclerc. Montrer la liesse populaire qui contraste avec la détresse du peuple allemand et l’atmosphère de commémoration qui suit l’annonce de la capitulation. Insister, ensuite, sur le retour du million de prisonniers par un pont aérien voulu par le général Eisenhower et contrôlé par le ministère des Prisonniers dirigé par Henri Fresnay. La première conséquence de ce retour a été le début, dès l’année suivante, du baby boom de l’après-guerre.
Décrire, en s’appuyant sur les cartes présentées dans le film, la « course à Berlin » entre les Alliés. Montrer le caractère symbolique et médiatique de la jonction des deux armées sur l’Elbe à Torgau le 25 avril 1945. Évoquer le caractère sauvage de la prise de Berlin (plus de cent mille morts).
Relever les conséquences de la découverte des camps nazis par les Alliés. Prendre l’exemple de la découverte du camp de Buchenwald par l’armée de Patton et la réaction d’horreur de celui-ci, et montrer que le conflit prend alors une autre valeur que celle de la lutte de la démocratie contre la dictature. Remarquer que le comportement des Russes aux abords de l’Allemagne est empreint de barbarie avec de nombreux pillages, destructions sauvages et viols collectifs des femmes allemandes qui causeront l’exode de dix millions de personnes vers la zone sous domination anglo-américaine.
Décrire les étapes de l’armistice en montrant la ligne directrice des Alliés qui était une reddition sans condition et non partagée. Démontrer que cette décision a conditionné toute la fin de la guerre en Europe et qu’elle est la conséquence des accords de Yalta en février 1945.
Préciser l’importance des procès de Nuremberg dix années après les mesures antijuives prises au congrès national-socialiste dans cette même ville. Montrer l’importance et l’institutionnalisation du principe de « crimes contre l’humanité », repris après les procès de Leipzig au terme de la première guerre mondiale.
Relever le principe du culte du chef à travers la figure de Staline. Montrer qu’il est considéré comme le père de la victoire soviétique. Envisager aussi les principes de la terreur qu’il mit en place avec l’aide du ministre de l’Intérieur Beria.
Évoquer le sort des soldats soviétiques prisonniers des Allemands pendant le conflit et libérés à la fin de la guerre. Préciser que Staline avait imposé une stratégie frontale liée à l’impréparation de l’Armée rouge depuis les grandes purges des années 1930. Il avait ainsi imposé le combat jusqu’à la mort des soldats qui, s’ils étaient faits prisonniers, étaient considérés comme traîtres et promis à l’exécution ou à la déportation aux goulags.
Remarquer l’utilisation des camps nazis comme Buchenwald pour l’épuration des ennemis et des opposants politiques à la domination russe, faisant près de 50 000 morts de faim. Montrer ainsi les méthodes utilisées par le totalitarisme stalinien.
L’Allemagne nazie en ruines
Préciser le rôle d’Hitler comme symbole de la barbarie nazie jusqu’à son suicide, le 30 avril 1945, dans son bunker à Berlin.
Montrer les conséquences de l’invasion des Alliés en Allemagne. Observer la destruction systématique de toutes les instances du pouvoir nazi : Reichstag, Chancellerie, etc., mais aussi la mobilisation de tous les hommes dans la Wehrmacht, qu’ils soient invalides, âgés ou membres des Jeunesses hitlériennes. Évoquer le sort des prisonniers allemands à l’occasion de l’armistice. Par exemple, plus de 750 000 d’entre eux sont déplacés en France pour les besoins de la reconstruction du pays et ne seront pas de retour chez eux avant plusieurs années.
Observer la différence de perception de la fin du conflit par le haut commandement allemand et le peuple. Montrer que la résistance jusqu’au-boutiste d’Hitler puis, à partir de son suicide le 30 avril, de son successeur l’amiral Dönitz, s’oppose à la volonté et à la lassitude du peuple allemand.
Le règlement du conflit annonce la guerre froide
Montrer l’importance du règlement du conflit entre Alliés lors de la conférence de Yalta en février 1945. Le partage de l’Europe est entériné lors de cette conférence et marque de nouveaux rapports de forces. Relever que Roosevelt, président des États-Unis, est diminué par la maladie, permettant ainsi le triomphe de Staline et l’impuissance de Churchill. Préciser que la libération de la Tchécoslovaquie par les Russes, telle qu’elle est montrée dans ce documentaire, répond aux exigences de cette conférence.
Observer l’avancée soviétique en Europe de l’Est et la mise en place des régimes communistes dans les pays libérés de l’occupation nazie. Le cas de la Pologne avec l’exemple de la ville martyre de Varsovie permet d’illustrer la stratégie soviétique. La référence au célèbre discours de Churchill stigmatisant un « rideau de fer » de la Baltique à l’Adriatique semble nécessaire pour comprendre l’importance de la création du glacis protecteur voulu par Staline à l’issue de la seconde guerre mondiale.
Relever les appels à l’aide économique américaine des pays de l’ouest de l’Europe, illustrés par les destructions massives des villes et de la désorganisation quasi totale de l’économie. Montrer que le voyage de Charles de Gaulle aux États-Unis en juin 1945 en est la meilleure interprétation. En 1947 sera lancé le plan Marshall qui viendra en aide aux démocraties de l’ouest de l’Europe et consacrera le partage de fait de l’Europe.
Souligner que si la guerre se termine en Europe, les combats se poursuivent dans le Pacifique et plus particulièrement au Japon. Préciser ce qu’est l’action suicidaire des kamikazes mais aussi le siège d’Okinawa, très coûteux en vies humaines pour les Américains. Ces deux éléments conduisent les États-Unis à utiliser la bombe atomique sur les villes d’Hiroshima et de Nagasaki en août 1945. Relever ainsi les deux buts poursuivis : d’une part, la capitulation sans condition du Japon mais aussi et surtout la marque de la domination des États-Unis sur le monde et leur avance technologique et militaire sur l’URSS de Staline.
Évoquer la réunion de la conférence de San Francisco qui s’ouvre le 25 avril 1945 et qui marque la naissance de l’ONU. Montrer que cette réunion sera l’occasion d’un affrontement idéologique entre les deux grandes puissances.
Pour en savoir plus
KREBS Gilbert, SCHNEILIN Gérard (dir.), L’Allemagne 1945-1955. De la capitulation à la division, PIA, 1996.
Reims-Berlin, la victoire alliée en Europe. HUSSON Jean-Pierre, PINON Pierre. CRDP de Champagne-Ardenne, 2003. VHS : 12 min. Notice.
La France libérée. MASSON Philippe, RÉMY Ada, RÉMY Yves. CNDP, Larousse, SIRPA, 1994. VHS : 30 min. Notice.
Sur le site du CRDP de Reims, un dossier sur la capitulation allemande.
http://crdp.ac-reims.fr/
Jean-Philippe Raud-Dugal, professeur d’histoire et de géographie |
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