 D.R. |
Un documentaire de Daniel et Pascal Cling (2004), coproduit par Iskra et Arte France.
57 min |
mercredi 1er février 2006, 5 h 00
L’émission
Retour soixante ans en arrière : perçant en toutes parts le territoire de l’Allemagne nazie, les troupes soviétiques, américaines et britanniques découvrent, en même temps qu’elles les libèrent, les sinistres camps de déportation. Parmi eux, Auschwitz-Birkenau, libéré dès le 27 janvier, camp de concentration et d’extermination le plus effroyable de la mécanique destructrice nazie, devenu le symbole de la déportation et des grands crimes perpétrés par le régime hitlérien. D’Auschwitz, ils sont une poignée de détenus à être miraculeusement revenus en vie. Ces rares survivants représentent les inestimables porte-parole d’une tragédie sans nom.
Lors du soixantième anniversaire de la libération des camps, en 2004, deux jeunes réalisateurs ont recueilli les récits de quatre rescapés français d’Auschwitz. Quatre témoins des atrocités nazies, Ida Grinspan, Henri Borlant, André Rogerie et Maurice Cling, que l’on accompagne, avec émotion, le long de la mission dont ils se sentent investis depuis leur retour de l’enfer : raconter pour faire connaître la vérité ; raconter pour transmettre la connaissance de ces abominables crimes. Cette urgente nécessité de porter témoignage, cet indispensable devoir de mémoire sont les chevaux de bataille de ces anciens détenus d’Auschwitz, déportés dans le plus grand centre de mise à mort nazi, à cause de leur judaïté ou de leurs actes de résistance.
Traiter de la Shoah, ce cataclysme dans l’histoire de l’humanité, n’est jamais une entreprise aisée, tant sont nombreux les angles d’étude. Dans ce documentaire, le choix s’est porté sur le cheminement de la mémoire, avec comme message l’indispensable devoir de faire émerger, sans fin, le souvenir de cette catastrophe. Souvenirs des témoins dont la parole est si précieuse ; souvenirs des lieux, également, avec la conservation des différents espaces de mémoire du camp d’Auschwitz. Bref, réfutant l’emploi d’images violentes, ce film laisse, au contraire, le pouvoir aux mots et aux silences, aux regards et aux lieux. Il s’en dégage, ainsi, beaucoup de pudeur, d’émotion et de force, autant de points forts pour une diffusion très profitable à l’attention de jeunes élèves.
Pistes à suivre
[Histoire, 3e et 1re]
L’indispensable devoir de mémoire
Consacré au travail de mémoire, ce film permet d’en appréhender les moyens, les buts et les obstacles.
Trois catégories de moyens de transmission de la mémoire sont présentés dans le documentaire.
Commencer par l’étude des témoignages des survivants. Remarquer les deux types : témoignages par la parole surtout ; témoignages grâce à des actes de commémoration (relever l’exemple de la plaque disposée, soixante ans après, par Maurice Cling devant l’immeuble parisien où lui et sa famille ont été arrêtés). Au sujet des témoignages par la parole, relever les différentes catégories de publics concernés : cercle étroit de la famille (cas de Maurice Cling, racontant à ses deux fils, les réalisateurs du film) ; cercles élargis des élèves et étudiants, de tout âge, de France ou d’Allemagne.
Poursuivre par la présentation des lieux de mémoire. Utiliser le documentaire pour découvrir des images contemporaines emblématiques du camp d’Auschwitz-Birkenau : entrée sinistre de Birkenau, matérialisée par le célèbre porche ; miradors et haies de barbelés ; ruines des chambres à gaz, ces lieux de l’assassinat de masse, dans lesquels les déportés pénétraient par un escalier, encore visible, qu’« ils ne remontaient jamais ».
Prolonger l’étude des différents moyens de transmettre la mémoire en élargissant aux autres méthodes apparues dans le film : emploi de photographies archivées (celles de Maurice Cling) ; recours à des archives écrites (correspondances entre la firme Bayer et le commandant d’Auschwitz) ; utilisation d’œuvres variées (chanson de rap écrite par une classe, après sa rencontre avec Ida Grinspan) d’artistes contemporains.
Relever les différents buts que poursuivent les quatre témoins quand ils racontent leur passé de déportés, en distinguant le « pour quoi ? » et le « pour qui ? »
Commencer par montrer qu’en tant que miraculés, ils ont la conviction de devoir témoigner, pour faire connaître la vérité sur la plus grande usine de mort nazie ; pour célébrer la victoire de l’entraide et de la résistance dans ces centres de déshumanisation ; pour faire triompher les droits de l’homme et la réconciliation entre les peuples (insister sur le séjour d’Henri Borlant à Berlin pour témoigner devant des étudiants allemands).
Identifier ensuite les deux groupes antithétiques d’individus pour lesquels est effectué sans relâche ce travail de mémoire : à l’adresse naturellement des millions de victimes qui, avant de succomber, martelaient « Il faudra raconter » ; mais, aussi, à destination des nazis (et de leurs héritiers contemporains : remarquer la condamnation du courant négationniste dans les propos d’André Rogerie) qui ont tout mis en œuvre (destruction de toute trace : corps des défunts, archives, bâtiments...) pour que leur « solution finale » demeure un secret.
Relever les différents obstacles auxquels peuvent se heurter les travaux de mémoire : difficultés à faire saisir l’assassinat de masse (la figure du survivant occulte souvent chez les plus jeunes les millions de victimes ; d’où les efforts de didactique des témoins, en témoigne l’avertissement de Maurice Cling : « Un déporté juif est un déporté mort gazé ») ; oubli, chez les rescapés, faute au temps qui passe, des détails de la vie en déportation (aveu d’Henri Borlant) ; problèmes de la disparition imminente des derniers témoins, et donc de la future forme prise par la mémoire des camps (question posée à maintes reprises par les deux réalisateurs à leur père, Maurice) ; existence des courants parasitaires de l’antisémitisme (confessions de l’étudiante berlinoise dialoguant avec Henri Borlant) et du négationnisme (propos d’André Rogerie).
Les réalités de la Shoah à travers le cas d’Auschwitz
Cette piste nécessite au préalable un bref rappel sur la déportation des juifs de France : volonté politique du régime collaborationniste de Vichy ; rafles perpétrées par la Milice ; existence du camp de transit de Drancy ; déportation vers Auschwitz-Birkenau, gigantesque complexe, tout à la fois camp de concentration et camp d’extermination.
À travers les témoignages des quatre rescapés, il est possible de reconstituer un historique, sommaire, de la participation de Vichy à la déportation, puis de la Shoah. Commencer par un éclairage sur les conditions d’arrestation : motifs (judaïté pour Ida, Henri, Maurice ; résistance pour André) ; dates (1942 pour Henri ; mai 1944 pour Maurice) ; lieux (domicile parisien pour Maurice).
Développer le mécanisme de la sélection, à laquelle nos témoins ont échappé. Henri Borlant approfondit, dans ces interventions, cette étape sous le contrôle des médecins SS (il cite le sinistre Mengele) et qui intervenait soit à l’arrivée des trains, soit occasionnellement (cas du frère d’Henri, malade et jugé trop faible), pour séparer les valides, employés à différentes corvées, des non valides, alors immédiatement gazés.
Décrire leurs conditions de vie dans le camp d’Auschwitz : contenu de leurs travaux (développer l’exemple de Maurice, employé dans un Kommando, spécialisé dans le traitement des excréments des détenus) ; fréquence des mauvais traitements (cas d’Henri, frappé à la jambe par un kapo, ce qui lui occasionna une plaie durant plus d’une année) ; sadisme des expériences médicales (cas de la firme Bayer, rapporté par René, réclamant un contingent de cobayes pour divers essais) ; déshumanisation (nombre tatoué) ; maladies (typhus et dysenterie contractés par Henri). Évoquer également les actes de camaraderie, d’entraide, et même de résistance.
Relever les étapes de l’extermination (rapportées par Henri) : déshabillage ; tonte des cheveux et poils ; gazage ; disparition des corps sous les flammes des fours crématoires. Insister sur la terrible odeur (de chair brûlée), et sur la vision sinistre de la fumée s’échappant des cheminées, dont les souvenirs hantent les rescapés (en particulier, le témoignage d’Ida).
Conclure sur la mortalité effroyable atteinte par les camps d’extermination. Montrer que l’histoire des quatre survivants en est une illustration, au vu du lourd tribut payé par leurs familles (perte de ses parents, de son frère pour Maurice ; perte de trois proches pour Henri ; perte de ses parents pour Ida).
Pour en savoir plus
« Le dossier Auschwitz », L’Histoire, n° 294, janvier 2005. Ce numéro anniversaire insiste sur le cheminement de la mémoire, en particulier à travers l’article d’Annette Wieviorka : « Comment la Shoah est entrée dans l’histoire ? ».
WIEVIORKA Annette, Auschwitz, soixante ans après, Robert Laffont, 2005.
WIEVIORKA Annette, Auschwitz expliqué à ma fille, Seuil, 1999.
STERN Anne-Lise, FRESCO Nadine, LEIBOVICI Martine, Le Savoir-déporté : camps, histoire, psychanalyse, Seuil, coll. « La librairie du XXIe siècle », 2004.
NATANSON Dominique, J’enseigne avec l’Internet la Shoah et les crimes nazis, CRDP de Bretagne, 2002. Notice.
Mémoire juive et éducation, le site indispensable de Dominique Natanson, professeur d’histoire et de géographie.
http://perso.wanadoo.fr/d-d.natanson/
Jean Bumat, professeur d’histoire et de géographie |
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