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Un film de Claude Berri (1997), sur un scénario d’Arlette Langmann et Claude Berri, avec Carole Bouquet (Lucie Aubrac), Daniel Auteuil (Raymond), Jean-Roger Milo (Maurice), Éric Boucher (Serge).
2 h 05 min |
mardi 30 mai 2006, 20 h 50
Le film
En 1943, Lucie Aubrac, professeur d’histoire à Lyon, membre de la Résistance, comme son mari Raymond, apprend que ce dernier a été arrêté par la police française sur la simple accusation de marché noir.
Pistes à suivre
[Histoire et éducation civique, collège, lycée]
Une leçon de mémoire
Le front de l’intérieur. Le film retrace avec exactitude la situation d’un groupe de résistants à Lyon, entre le printemps et l’hiver 1943. S’y déroulent alors des événements cruciaux pour l’évolution du mouvement : l’unification, sous la conduite de Jean Moulin, émissaire du général de Gaulle, des différentes tendances de la Résistance sous l’égide du Conseil national de la Résistance ; l’accentuation de la répression menée par la Gestapo et la police française ; l’annonce de l’arrestation du général Delestraint, chef de l’armée secrète, dont Raymond Aubrac était l’adjoint ; l’arrestation, sur dénonciation, de Moulin, Aubrac et Raymond Lassagne à Caluire. Parce qu’il se situe au moment où les groupes de Résistance se sont unifiés, le film ne rend pas compte des tensions qui ont agité le mouvement. Il dépeint toutefois avec justesse toutes les formes de résistance, même quotidiennes, à l’oppression allemande : marché noir, aide aux Juifs, filière d’évasion, etc., dans une ville qui est alors la plaque tournante du combat intérieur.
Être femme dans la Résistance. Si son action revêt quelque chose d’exceptionnel, Lucie Aubrac n’en est pas moins très représentative de ces milliers de jeunes femmes, souvent épouses et mères, qui se sont engagées dans la Résistance. Pour la plupart agents de liaison ou employées dans la confection des tracts et des journaux clandestins, elles ont mené une action spécifique, en se servant parfois de leurs atouts féminins. Leur origine sociale ? « Les gens de notre groupe provenaient d’origines sociales très diverses, raconte Lucie Aubrac, et l’agrégée issue d’une famille vigneronne que j’étais a eu la chance de combattre aux côtés de typographes ou des filles de salle. Dans cet univers où la majorité était certes composée d’hommes célibataires, les femmes étaient acceptées sans réticence. Notre réseau était presque une faille en soi. » Cependant, en dépit de la notoriété de Annie Hervé, Danielle Casanova et Marie-Claude Vaillant-Couturier, les femmes résistantes ont été fort négligées : six d’entre elles seulement ont été faites compagnons de la Libération !
Un combat d’actualité. Claude Berri, le réalisateur, et Lucie Aubrac, qu’il a largement associée à l’élaboration du scénario, ont souhaité toucher un large public et transmettre une expérience vécue : celle d’un couple engagée dans la résistance à l’occupation nazie. Le caractère exceptionnel de leur histoire, la force de leur amour, l’énergie de leur jeunesse favoriseront l’identification de nombreux spectateurs à Raymond et Lucie Aubrac. La séquence de la classe, au début, porte en elle-même tout le message du film : à une élève qui s’étonne que son professeur n’évoque jamais « l’histoire d’aujourd’hui », Lucie Aubrac répond que ce qui se passe aujourd’hui sera l’histoire de demain. Comment les élèves de 2002 perçoivent-ils ce message ? Comment, eux aussi, peuvent-ils réagir à des faits aussi éloignés de leurs préoccupations ? « La Résistance, précise aujourd’hui Lucie Aubrac, n’est pas enfermée dans la seule période 1939-1945. C’est un fait constant, une réaction intellectuelle et affective aux entraves à la liberté humaine. » Le film de Claude Berri, par la fidélité de son adaptation, participe de ce « devoir de mémoire » : il s’agit, pour ses jeunes téléspectateurs, autant de découvrir un moment du passé, jugé hâtivement révolu par certains, que de s’interroger sur le sens d’un combat qui est toujours d’actualité. La lutte contre les oppressions, les discriminations, et la recherche d’une plus grande justice, Lucie Aubrac les mène toujours, avec autant d’énergie et de conviction qu’il y a cinquante ans.
Un film d’action
Pour transmettre plus efficacement « l’esprit de résistance », Claude Berri a choisi une écriture cinématographique simple, fondée sur l’émotion. Dans son livre, Lucie Aubrac raconte à la première personne. Claude Berri, lui, ne privilégie aucun point de vue et redistribue l’énonciation. Daniel Auteuil, qui incarne Raymond Aubrac, joue les scènes de prison et d’interrogatoire qui, dans le livre, constituent des récits dans le récit. Ce parti pris de la narration renforce l’émotion en mettant en scène physiquement le courage.
Le cinéaste a également effectué des ellipses pour ne conserver que les personnages clés et les scènes les plus marquantes. Le livre s’ouvre sur le récit de l’accouchement de Lucie Aubrac sous les bombardements, à Londres : une scène forte mais qui « dévoile » la fin de l’histoire. La première séquence du film, elle, place d’emblée celui-ci sous le signe du suspense et de l’action. Un groupe de résistants fait sauter un train et tout dans l’image est spectaculaire : la lumière gris-bleu de l’aube, l’écran large traversé dans sa diagonale par une locomotive aussi impressionnante que celle de la gare de La Ciotat dans le film Lumière, l’absence de dialogues, le spectacle impressionnant des wagons qui explosent et s’écrasent en contrebas de la voie.
Cette maîtrise du suspense, produit par le rythme d’un montage qui juxtapose les images chocs, culmine dans l’arrestation à Caluire et surtout dans la scène de la libération des prisonniers. Pour assurer la progression dramatique, les scènes de violence alternent avec des scènes de la vie privée essentiellement fondée sur l’émotion. Émotion d’autant plus intense que ces scènes sont en général annoncées : le spectateur attend de voir et de vivre les moments où Lucie va retrouver Raymond, comme il attend sa rencontre avec le libraire Lardanchet. À chaque fois, champ/contrechamp, plans rapprochés et précision du montage transmettent de la façon la plus directe les sentiments des personnages. La mise en scène, dans sa simplicité apparente, cherche à communiquer la détermination de jeunes résistants qui ne remettent jamais leurs choix en question.
Pour en savoir plus
AUBRAC Lucie, La Résistance expliquée à mes petits-enfants, Seuil, 2000.
AUBRAC Lucie, Ils partiront dans l’ivresse : Lyon, mai 1943, Londres, février 1944, Seuil, coll. « Points », 1997.
AUBRAC Raymond, Où la mémoire s’attarde, Odile Jacob, coll. « Poches Odile Jacob », 2000.
« La Résistance. Ces Français du refus », TDC, n° 750, 15 février 1998. Notice.
Le Témoin et l’Historien. 1939-1945 : Résistance et Libération (six dossiers pédagogiques). CRDP de Bretagne, 2000. Notice.
La Résistance. CRDP de Bourgogne, 2001. VHS : 26 min. Notice.
Le Refus. CNDP, 2001. Coll. « Côté Télé ». VHS : 5 x 26 min. Notice.
La Résistance, cédérom PC et Mac, Montparnasse Multimédia, 1997.
Anne Henriot, professeur de lettres et Loïc Joffredo, professeur d’histoire (d’après Cinédoc, supplément à TDC, n° 731, 1er mars 1997). |
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