Les Survivants
 

© DMPA
 
 
Un documentaire de Patrick Rotman (2004), produit par Kuiv Productions.
1 h 40 min

 TNT : lundi 29 octobre 2007, 20 h 40
 
L’émission
Chacun avait été confronté à Nuit et brouillard de Resnais ou Shoah de Lanzmann, mais Les Survivants de Rotman se révèle être une nouvelle prise de conscience pour tous.
Il est bon de revenir sur ce douloureux passage de l’histoire, par le biais de ce film documentaire de Patrick Rotman, réalisateur entre autres d’ Été 44. Pourquoi ? Ne serait-ce que parce qu’aucun film n’en vaut un autre, mais surtout parce qu’au-delà de tout didactisme, il nous donne une leçon sur « l’espérance de mort » dans les camps de concentration, d’extermination ou de travail. Alternant les photographies d’archives prises par les SS, les Russes ou les Anglo-Américains, et les témoignages de déportés et de résistants, le spectateur prend lourdement conscience du passé de ces « survivants » porteurs de l’Histoire et de leur histoire.
De surcroît, Rotman retrace chronologiquement ce qui débuta en 1933 avec Dachau, pour s’achever à la libération. Le silence des images est parfois lourd de non-dit, mais chacun rentre aux côtés de ces survivants, les accompagne dans leur témoignage et devient un témoin intermédiaire de l’horreur, pour fuir ces cercles de l’enfer et de l’innommable lors de la libération. Le film achevé, notre conscience s’interroge : pourra-t-on, nous, nous libérer facilement de toutes ces images et de tous ces récits de souffrance ?
Pistes à suivre
Retracer la chronologie du système concentrationnaire
[Histoire, 3e]
Les nazis instaurent une véritable politique d’extermination. Le processus s’organise ainsi autour d’une organisation avérée, d’infrastructures concertées.
En prenant appui sur les vues aériennes, tracer un plan schématique des trois camps Auschwitz I, II, III. Légender le camp d’extermination, Birkenau, celui de concentration lors de sa création, Auschwitz I, ancienne caserne de l’armée polonaise, et Buna-Monowitz, le camp de travail. Rechercher ensuite grâce à un moteur de recherche le nom polonais de ces camps. Qu’appelle-t-on la rampe ? Ajouter les voies ferrées sur le schéma. Comment sont disposés les baraquements ? Qu’abritent-ils ? S’appuyer sur les indices des soixante premières minutes du film. En quoi le camp de Buchenwald (aux alentours de la 48e minute) est-il différent quant à sa disposition ? La place d’appel devient en effet un lieu vers lequel les baraques sont orientées. Il est important de faire prendre conscience qu’en dépit de « la loi de la jungle », de la vie tourmentée des déportés, les camps sont une véritable machine, organisation structurée autour du travail, de l’appel journalier, d’une logique d’extermination. L’hétérogénéité des déportés, à identifier, contraste avec le fonctionnement hiérarchisé, structuré des Konzentrationslager. Quels autres camps sont évoqués dans le film ? Dachau, Ohrdruf, Landsberg, Ravensbrück : sont-ils moins importants ? Dans quel sens ? Définir le camp d’internement, de concentration, d’extermination.
Visionner le film, en faisant abstraction des témoignages, pour identifier les temps forts de la « solution finale ». Relever une chronologie précise (date, lieu, personnes et nationalités, événement) de la déportation à la libération afin de recontextualiser cette période de l’histoire en s’appuyant sur le film.
La libération des camps, sens et portée
[Histoire, 1re]
 Le 27 janvier est retenu comme date anniversaire de la libération des camps. Définir le terme de « libération » : libération par la découverte du camp d’Auschwitz, libération des déportés, libération par le démantèlement des camps, libération des esprits et des consciences ? Comment s’opère le retour des déportés des camps d’extermination et de concentration ? Comment les témoins du film expriment-ils leur difficulté à se libérer et à communiquer ce qu’ils avaient vécu ? Justifier.
 Établir une chronologie de la libération des différents camps : observe-t-on un changement dans les procédures ennemies tandis que les camps s’ouvrent ? Identifier la nationalité des troupes qui libèrent les camps : quand et comment ces pays s’étaient-ils investis dans la guerre ? Sont-ils préparés, par leur expérience des combats, à se confronter à cet univers d’horreur ? Illustrer par des exemples. Après avoir recherché en quoi consistait le goulag soviétique, quelle(s) différence(s) peut-on établir entre ces deux univers de déportation ?
 Dans une dissertation, traiter le sujet suivant : « Connaître le passé est une manière s’en libérer » (Raymond Aron). Dans un devoir composé, définir les étapes de la libération, et justifier la pertinence de la citation en s’appuyant sur des éléments du film. La finalité de cette dissertation est de comprendre combien la prise de conscience doit se faire, tant par les victimes que par ceux qui, par leur silence, ont laissé faire ou encore par nos contemporains.
Le témoignage concentrationnaire, entre indicible et insoutenable
[Lettres, 1re : « Le biographique »]
 Dans le cadre du biographique, rechercher les différents témoignages de « survivants » des camps, tels que Robert Antelme, Jorge Semprun ou Primo Levi. Quel auteur est cité dans le film ? Retracer sa biographie et sa bibliographie. S’interroger sur les difficultés soulevées par le désir ou le besoin d’écrire : comment ces dernières, telles que l’insoutenable, l’incrédulité des autres, l’indicible, la souffrance de revivre les événements en s’en faisant le témoin direct sont-elles évoquées dans le film ? Justifier par des indices précis.
 Levi est l’auteur d’un essai intitulé Les Naufragés et les Rescapés. Que désignent chacun de ces deux termes ? La terminologie « rescapés » vous semble-t-elle plus adaptée que celle de « survivants » utilisée par Rotman ? Quelle est la connotation de chacun de ces mots ? Isabelle Choko, qui témoigne ici, est l’auteur d’une autobiographie intitulée Mes deux vies. Que sous-entend ce titre ? Le mettre en rapport avec le titre du film.
 Le film évoque le Lager, Buna, la libération dans les mêmes termes que Si c’est un homme de Levi. Selon vous, les témoignages sont-ils ici motivés par « le devoir de mémoire » ? En quoi l’écoute et la parole sont-elles deux éléments primordiaux dans le témoignage de l’univers concentrationnaire ?
Pour en savoir plus
ROTMAN Patrick, Les Survivants, Éditions Panama, 2005. Le livre tiré du film.
CHOKO Isabelle, Mes deux vies, Caractères, coll. « Témoignage », 2004. Un remarquable ouvrage constitué de témoignages, de dessins d’enfants, de photos du camp et de photos personnelles.

Sur le site de Yad Vashem en Israël (en anglais), les uniques clichés pris par des SS en 1944 et montrant une partie du fonctionnement des camps.
www1.yadvashem.org/
Une chronologie du système concentrationnaire nazi.
http://hypo.ge-dip.etat-ge.ch/
Mémoire juive et éducation, le site de Dominique Natanson.
www.memoire-juive.org/

Le DVD et la cassette VHS du film de Patrick Rotman sont édités et commercialisés par France Télévisions Distribution.

Olivier Plaquette, professeur d’histoire et de géographie
Haud Plaquette, professeur de lettres modernes




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