Tous les véhicules naissent libres et Lego...
Les publicités pour des marques automobiles fleurissent dans nos rues, dans nos magazines, sur nos écrans, cherchant à nous attirer par la technicité, l’humour, la séduction... La difficulté pour un constructeur est donc de se distinguer des autres, tout en ne les citant pas, tout en ne les montrant pas. Le spot de la Peugeot 407 SW s’affiche comme un retour à l’automobile face au vide.
Ce film publicitaire va nous plonger pendant trente secondes dans un monde à la fois quotidien et irréel. Nous sommes dans une ville au volant d’une voiture, croisant une ambulance, ou plutôt un simulacre d’ambulance, semblable à ces jouets que l’on obtient par pliage d’un papier cartonné sur lequel sont peints l’ambulance, son chauffeur et le malade. Sur le parcours, nous découvrons aussi une dépanneuse tractant une voiture : là encore, rien que des jouets, comme dans une sorte de méga Playmobil. La surprise, à chaque fois, nous fait tourner la tête, mouvement rendu cinématographiquement par des panoramiques.
Puis, un pont, avec de nombreuses voies de circulation, est emprunté par de faux véhicules de couleurs très vives : bleu, vert, rouge, jaune... Et, enfin, au quatrième plan, apparaît pour la première fois l’objet de notre attente en tant que téléspectateur : la Peugeot 407 SW, véhicule gris dont le toit ouvrant vitré et le pare-brise avant reflètent les armatures métalliques du pont.
D’un point de vue de l’intérieur, au volant, ces structures qui évoquent une toile d’araignée dont la Peugeot se dégage sans difficulté, tout en dissimulant le chauffeur derrière l’écran noir du pare-brise : la voiture s’impose par elle-même.
À mi-parcours, le message s’humanise, la voiture et son conducteur rencontrent sur leur chemin une famille qui charge, pour les vacances, un monospace en carton.
Dernière étape : notre Peugeot arrive à domicile ; un voisin pousse sa pseudo voiture dans un garage-jouet, sur lequel est inscrit en très grosses lettres « Toys », et regarde, tout d’abord indifférent puis totalement stupéfait, LA voiture, dans toute sa majesté et sa modestie, garée tranquillement, pendant que son chauffeur, un homme plutôt jeune, rentre chez lui, paisiblement.
Le spot télévisé se termine sur trois pages écrites qui viennent préciser le modèle du véhicule montré ; affirmer le slogan qui symbolise toute la philosophie de ce message (« Et si on reparlait automobile ») ; conclure sur une image quasi subliminale, compte tenu de la très grande brièveté de ce dernier plan, en énonçant ce qui est presque de l’ordre de l’interdit ou de l’inavouable (« Pour que l’automobile soit toujours un plaisir »), puisque la fonction première d’une voiture appartient plutôt au registre de l’utile, du déplacement, le plus souvent du travail, donc de la souffrance. Ici, pas d’embouteillage, pas d’énervement, pas d’agression verbale, tout n’est que plaisir et volupté.
La voiture roule, flotte, vole dans son silence intérieur, dans une sérénité imperturbable, tandis que la bande-son nous fait entendre des morceaux musicaux anglo-saxons très rythmés, très envahissants et très assourdissants.
En fin de spot, une douce voix féminine dit le texte des deux premières pages pour, à la fois, marquer une rupture dans le ton de ce qui a été entendu et pour insister sur ce qui est l’essentiel du message. Ces deux pages se répondent, fonctionnent en synergie : la nouvelle Peugeot permet de reparler d’automobile. Avant ce modèle, dont la naissance nous est signifiée par l’adjectif qualificatif « nouvelle » mais également par la voix de femme (de mère ?), il n’y avait plus d’automobile. Il n’y avait que du simulacre, du faux, du jouet. On avait perdu les vraies valeurs. Tout ce qui roulait, en sens inverse de la Peugeot, était accidenté (voir la scène avec l’ambulance), inutilisable (voir la scène avec le garagiste) ou tout simplement pris dans un flot ininterrompu de véhicules (voir le mouvement descendant des voitures dans le plan du pont). La Peugeot 407 SW s’échappe de ces contraintes, se libère de ces chaînes, le mouvement ascendant dans le plan suivant illustre bien cette idée.
La couleur gris acier et les vitres transparentes du véhicule, dans le dernier plan où il nous est présenté, peuvent être mises en relation avec la transparence des structures métalliques du pont (référant explicitement à l’eau et à l’air), ainsi qu’avec les baies vitrées et les éléments en acier des villas aperçues, notamment celle de l’heureux propriétaire de la Peugeot (référant au sol, à la terre). Tout est correspondance, dans cette automobile, avec les fondamentaux de la vie.
Face à ce qui ne peut même pas se considérer comme un véritable concurrent, un adversaire, nous assistons au combat entre l’Être et le Néant. Grand victorieux de cette confrontation : le conducteur, c’est-à-dire nous, puisque tout l’enjeu de la caméra subjective est de nous identifier à cet automobiliste.
En outre, en ces temps où l’antiaméricanisme n’est pas péché, opposer la très française Peugeot à son environnement caricaturalement américain (vision de ville et de banlieue, pont semblable à celui de Brooklyn, fond sonore et mention graphique « Toys » en anglais) n’est pas innocent non plus.
Dernier détail enfin, dont le message publicitaire n’ose aborder la triviale contingence, mais qui se révèle cependant indispensable si l’on veut retrouver l’essence même du plaisir : acheter la Peugeot 407 SW, pénétrer à l’intérieur, la posséder !
René Paulin
Et si on reparlait automobile, spot publicitaire pour la Peugeot 407 SW. Pour en savoir plus sur la stratégie de communication commerciale de l’entreprise Peugeot, la dernière information présentée dans le spot renvoie au site du modèle référencé (www.407sw.peugeot.fr/). Sur le site de la marque, les vidéos publicitaires (www.peugeot.fr/) (onglet « Tout sur Peugeot »), dont une version plus longue de celle analysée ici.
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