Autant en emporte le vent...
À quelques jours de l’entrée en vigueur du décret sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics, le ministère de la Santé et des Solidarités lance une campagne d’information de lutte contre le tabac au sein de laquelle un film publicitaire sera diffusé plus de 900 fois sur les chaînes généralistes et certaines chaînes thématiques. L’objectif n’est peut-être pas le renoncement immédiat des 15 millions de fumeurs en France, mais son « grand coup d’aspirateur » met l’accent sur le bénéfice partagé collectivement grâce au respect de la loi.
Le spot de 25 secondes, par la relative douceur de sa bande-image et de sa bande-son, tente de nous faire ressentir concrètement la modification de nos conditions de vie si toute fumée due au tabac disparaît des lieux publics. Le discours argumentatif, qui se met en place progressivement, ne cherche pas à convaincre de manière agressive ou brutale. Il présente quatre situations, quatre lieux dans lesquels, habituellement, cohabitent fumeurs et non-fumeurs et où tout le monde pâtit des fumées intempestives.
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Ces quatre lieux : une gare, une cantine, des bureaux et un établissement scolaire, constituent les quatre premiers plans du spot, reliés par des fondus-enchaînés, afin de souligner la similitude des situations et d’identifier le mal-être de tous dans ces espaces familiers. Le spot se termine par deux plans plus institutionnels : l’avant-dernier qui, notamment, parasite le panneau d’interdiction de fumer et le dernier qui indique l’origine officielle du message.
Esthétiquement, les quatre premiers plans sont composés de manière très semblable : un lieu vide construit selon une symétrie centrale avec une perspective qui s’ouvre au loin. Dans le plan de la gare, le quai est totalement vide de tout voyageur. De chaque côté se trouve un train TGV, l’un rouge, à gauche, renvoyant à l’interdiction de naguère, l’autre, à droite, avec un bandeau bleu comme une possible référence au drapeau des plages propres.
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Dans le plan de la cantine, à nouveau un espace totalement vide de ses commensaux. Le sol, comme celui de la gare et des autres lieux est lisse, brillant et accentue la perspective qui, dans ce plan, s’ouvre sur une végétation visible à travers des baies vitrées. La verdure devient une sorte d’échappatoire, de bout du tunnel.
La même composition organise les deux autres plans (le bureau et l’école) : un espace vide, une disposition symétrique, un décor plafonné, une ligne de fuite centrale. Cette mise en images peut également évoquer des œuvres ou des artistes qui ont travaillé cette thématique : la Gare Saint-Lazare de Claude Monet, avec ses volutes de fumée bleutée et son atmosphère vaporeuse ou le bureau anonyme et déshumanisé de l’entreprise de Play Time de Jacques Tati ou du Procès d’Orson Welles.
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Dans ces différentes situations, la transparence est rendue réelle, visible par une utilisation systématique de verrières, de baies vitrées, mais surtout par le fait que, dans chacun de ces lieux, le volume est envahi, au début du plan, par de la fumée opaque qui, progressivement, est aspirée, refoulée, exclue : que la lumière soit ! Une bande-son, faisant entendre un souffle aspirant, légitime la disparition de cette fumée. Une clarté plus intense, des plans plus lumineux accentuent métaphoriquement le fait que l’horizon se débouche. La vie humaine, mais aussi végétale, va pouvoir réinvestir ces lieux qu’elle avait abandonnés : l’aspiration comme remède à la respiration.
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Ces lieux publics froids, sans véritable couleurs, dotés d’une fonctionnalité omniprésente et totalitaire n’aspirent qu’à une chose : redevenir accueillants. Au-delà d’une douceur musicale pianistique et extra-diégétique qui parcourt tout le spot, la bande-son permet d’entendre, de plus en plus sonores, des bruits de repas, des discussions d’employés, des cris d’enfants ou des sons caractéristiques de cour de récréation. Chacun est prêt à reprendre son souffle, dès le 1er février. Les deux derniers plans, avec le signe de la fumée qui s’efface du panneau d’interdiction de fumer et la voix off qui énonce que les lieux publics à usage collectif vont enfin pouvoir respirer, laissent espérer des lendemains qui chantent. Cette voix féminine sait tenir un discours positif, en introduisant avec la préposition « pour » les deux notions de « santé » et de « bien-être ». Nous ne sommes pas dans la revendication hargneuse contre quelque chose ou contre quelqu’un. Nous sommes dans la recherche collective du bonheur.
René Paulin, professeur de lettres
Le Grand Aspirateur, spot de la campagne d’information de lutte contre le tabac lancée à l’occasion de l’entrée en vigueur le 1er février 2007 du décret sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Le site officiel de la lutte anti-tabac fournira de plus amples informations sur la campagne.
www.tabac.gouv.fr/
On consultera avec profit les films des précédentes campagnes anti-tabac.
www.tabac-info-service.fr/
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