Pour que l’automobile soit toujours un plaisir
Peugeot 307 SW
 
Une aussi longue absence...
En 30 secondes, 28 plans et du rock ininterrompu, le spot sur la Peugeot 307 SW vend au téléspectateur un court traité des passions, un bref exposé sur le paysage, de la référence cinéphilique.... et finalement une voiture.

En deux temps (séparés par un fondu au noir après le 15e plan) et trois mouvements (revenir, repartir, revenir enfin), ce spot pour une voiture qui permet de « voyager autrement » nous raconte une histoire sans paroles qu’il nous fait induire à partir du cadrage, des échelles de plans, des échanges de regards des personnages, des gros plans sur les visages, des mouvements de caméra et des déplacements des protagonistes. L’histoire pourrait être celle-ci : c’est une Prisonnière du désert (de cactus) qui voit revenir, sorti d’une Équipée sauvage digne d’ Easy Rider, un homme (le sien sans doute) après Une si longue absence qu’il semble lui découvrir une grossesse très avancée, et qu’il se décide à se ranger des motos pour l’emmener accoucher (peut-être) dans une voiture mieux adaptée à ce genre de transport.

 
Les deux personnages sont un homme jeune, blond, sorte de mélange entre le Dennis Hopper d’ Easy Rider et le Marlon Brando de L’Équipée sauvage, et une belle jeune femme brune aux cheveux longs, sans maquillage apparent, plutôt de type hispanique ; en somme, les deux ethnies rencontrées dans l’imaginaire américain de l’Ouest ou du Sud. Ils ne se parleront pas pendant ce spot mais se regarderont et nous devrons lire sur leurs visages filmés en gros plan les sentiments qu’ils éprouvent : pour lui, il s’agit de passer de la découverte ou de la surprise (qu’elle soit enceinte) au renoncement (à rester) dans le plan 11, puis à la certitude de ce qu’il fallait faire au plan 23 (revenir avec une voiture confortable) et enfin au large sourire du plan 26. Pour elle, le visage exprime l’espoir (plan 8), puis la déception (plan 14), un nouvel espoir (plan 18), et une interrogation qui s’achève dans le soulagement et la joie finale. Donc, Charles Le Brun qui, au XVIIe siècle, à l’Académie des Beaux-Arts, avait codifié les expressions du visage pour que la peinture, qui est chose muette, puisse manifester les passions humaines, ne désavouerait peut-être pas ce spot !

Le spectateur partage de façon synchronique les sentiments de la femme ; il n’en sait pas plus qu’elle. En revanche il sait avant l’homme (plan 9) la grossesse de la femme par la position de la caméra, de profil, et par le plan de coupe de son ventre (plan 10). La caméra nous plonge dans l’histoire (la diégèse) en filmant les personnages tantôt de face, tantôt de dos, alternant les points de vue de l’un ou de l’autre. Les plus beaux plans sont inspirés de ceux, magistraux, de La Prisonnière du Désert, qui regardent le paysage depuis l’intérieur de la maison et encadrent l’image de l’embrasure de la porte (plans 5 et 15).
Si la peinture est aussi muette que ces deux personnages, dans un cinéma d’habitude vococentriste, le spot est sonore : comme dans Easy Rider une musique de rock interrompue accompagne le rythme rapide du montage pendant les trente secondes. Et lorsqu’au 5e plan le motard, quittant le groupe, abandonne la grande route et parvient à la maison isolée, une chanson, « Hey, kids, I love this place » laisse deviner peut-être que, parti jadis avec des copains motards vivre une sauvage équipée, il revient au bercail et, s’il ne cesse pas de voyager, fonde désormais une famille.
La continuité de la musique constitue un contrepoint à la temporalité elliptique de l’histoire racontée : le fondu au noir qui ponctue le passage entre la première et la seconde partie indique un laps de temps écoulé, ainsi que le passage du plan 25 au plan 26.
Le contexte géographique est celui des États de l’Ouest ou du Sud américain, voire du Nouveau-Mexique : des cactus-colonnes, un paysage assez vallonné, des maisons aux toits plats, avec des avancées de bois pour se mettre à l’ombre. Des poteaux télégraphiques ou électriques, d’autres maisons alentour et deux passants sur le chemin indiquent non pas un isolement total mais une campagne sans doute distante d’une ville (où l’on puisse accoucher). Le départ final en voiture traverse des espaces peu habités et plantés de bosquets verts, peut-être des épineux propres à ces contrées. On remarquera curieusement l’immatriculation de la voiture en 01 pour un paysage assez peu franc-comtois !
Qu’est-ce que cette voiture veut vendre ? Du « voyager autrement », dit une voix off au 26e plan, et « pour que l’automobile soit toujours un plaisir », ainsi que le rappelle le dernier plan. Certes du plaisir (et pas une simple nécessité, voire une corvée, une souffrance) autant que du besoin (se déplacer de la campagne vers la ville). Il s’agit d’accompagner des rêves : traverser de grands espaces, être libéré du cadre, voir le ciel au-dessus de sa tête ; le plaisir de la moto avec le confort de la voiture. La moto implique un casque qui enserre la tête (plans 7, 12, 13). La maison (que l’homme avait quittée) est aussi un cadre limité : elle est montrée dans ses portes, ses fenêtres, ses rideaux qu’il faut écarter pour voir dehors. Dans la voiture montrée, la vitre semble s’ouvrir seule.
L’« autrement » n’est ni du plus ni du moins : pas plus loin, ou plus vite ; pas moins stressé, moins enserré dans l’habitacle. Non, autrement. Une voiture pour les couples jeunes, n’habitant pas la grande ville, qui ont une petite famille à transporter mais ne veulent pas renoncer à des rêves de liberté.


Catherine Paulin
 
 
Pour que l’automobile soit toujours un plaisir, spot de la Peugeot 307 SW, réalisé par Euro RSCG, musique de M.A.S.S.
Sur le site de Peugeot, on retrouvera d’autres spots publicitaires de la marque (onglet « Tout sur Peugeot », puis « Les films publicitaires »).
www.peugeot.fr/


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