Mai-juin 2009
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  Mis en ligne le 17 juin 2009

 

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Piano Forest

Un conte musical
Le meilleur ami de Kai, l’enfant des rues, est son piano.
© Eurozoom
Deux jeunes garçons que tout oppose se lient d’amitié autour de leur passion commune pour le piano. Sur cette trame, « Piano Forest », film d’animation japonais, offre une jolie introduction au monde de la musique.

Ce film d’animation japonais est l’adaptation d’un manga à succès, Piano No Mori. Makoto Isshiki, son auteur, en a publié le quinzième volume en mai 2008. La série met en scène deux adolescents passionnés de piano qui s’affrontent dans des concours de musique classique. Piano Forest relate la rencontre des deux jeunes héros et leur première participation commune à un concours. Alors que le manga laisse imaginer la musique au lecteur, le film, lui, en fait un personnage à part entière avec des extraits de Bach, Mozart, Chopin, Beethoven et les compositions originales de Keisuke Shinohara. Le pianiste Vladimir Ashkenazy a participé à l’aventure en interprétant une grande partie des morceaux de piano.
Le film est une ode à la musique, mais c’est aussi une belle histoire d’amitié. Shûhei et Kai sont deux jeunes garçons que tout semble opposer. L’un est né dans une famille bourgeoise aisée et son avenir est tout tracé : il sera un grand pianiste comme son père. L’autre est un enfant des rues, sans véritable famille, mais passionné par la musique. Sans avoir jamais pris de leçons, il joue sur un piano abandonné dans la forêt dont lui seul parvient à tirer un son magique. Kai et Shûhei deviennent vite amis et le resteront même lorsque l’enfant studieux et l’autodidacte, aidé par un mystérieux professeur, vont se retrouver rivaux d’un même concours national. La préparation puis la participation au concours entraînent le spectateur dans une action pleine d’humour et d’émotion. Mais c’est aussi l’occasion d’une réflexion intéressante sur l’interprétation d’une partition et le style du pianiste.
On pourra voir ce film dès l’école primaire et au collège, en français pour évoquer le thème de l’amitié ; en musique pour découvrir quelques grands auteurs classiques et aborder la question de l’interprétation.

Piano Forest
Un film de Masayuki Kojima
Adapté de l’œuvre de Makoto Isshiki
Musique originale de Keisuke Shinohara
Interprète : Vladimir Ashkenazy
Sortie le 17 juin 2009
Durée 1 h 41 min
En savoir plus sur le site du film
www.pianoforest-lefilm.fr/


Pistes pour la classe
Une émulation constructive
L’amitié qui se noue entre les deux garçons est complexe et originale.
On notera d’abord tout ce qui les oppose.
Shûhei mène une vie confortable dans une famille unie. Dans sa jolie maison, il dispose d’une salle de musique. Il prend des leçons de piano et ses parents suivent ses progrès avec attention. Peu sportif (il ne court pas très vite), il a pris l’habitude de protéger ses mains et emporte toujours une paire de gants avec lui. Il a un physique d’enfant sage, il est bien coiffé, il porte des chemisettes impeccables et souvent une cravate. Shûhei est aussi un garçon très raisonnable qui a appris à contrôler ses émotions. Il se raisonne par exemple pour surmonter sa jalousie lorsqu’il apprend que le professeur Sôsuke veut aider Kai et le présenter au concours.
Kai a les cheveux en bataille, porte des tee-shirts chiffonnés et des baskets mal lacées qu’il envoie le plus souvent promener pour marcher pieds nus. Il habite les quartiers populaires de la ville et le métier de sa mère (qui travaille dans un café) paraît peu avouable. Kai ne peut en aucun cas s’offrir des leçons de musique et doit même travailler le soir pour aider sa mère. Il ne respecte pas les bonnes manières. À chaque contrariété, il explose, jure, hurle, se bagarre. Son franc-parler en fait un personnage souvent comique.
Mais les deux enfants se lient immédiatement autour de leur passion pour la musique. Chacun est d’abord intrigué par le rapport de l’autre à l’instrument puis tous deux comprennent qu’ils ont à apprendre l’un de l’autre pour mieux épanouir leur personnalité.
On verra donc ce que chacun aura apporté à l’autre. On pense au début du film que c’est surtout Shûhei qui va aider son ami en lui prêtant généreusement sa salle de musique, en lui faisant découvrir les partitions de grands musiciens. C’est effectivement grâce à Shûhei que Kai sort de la forêt, est remarqué par le grand professeur Sôsuke, accepte de s’astreindre au travail, est lancé dans le monde des compétitions musicales.
Mais Shûhei va lui aussi vivre une expérience fondatrice. Dès le début du film, il doit se remettre en question. Il a dû changer de ville et d’école pour suivre sa mère qui va soigner sa grand-mère. Il doit se faire accepter par ses nouveaux camarades et sa rencontre avec Kai bouleverse en fait ses certitudes. Grâce au dynamisme et à l’insouciance de son nouvel ami, il s’aperçoit qu’il a toujours considéré le travail du piano comme une corvée. Peu à peu, son ami lui révèle qu’il pourrait réellement aimer jouer de son instrument.
L’amitié est soumise à rude épreuve lors de la préparation du concours de piano, mais la rivalité est toujours surmontée par la générosité des deux enfants : le plaisir de l’émulation l’emporte sur la jalousie. L’histoire se termine sur l’émotion de leur séparation lorsque Shûhei doit retourner à Tokyo. Mais la fin du film reste ouverte : Kai n’a pas été sélectionné au concours mais son professeur promet de continuer à développer son talent et de le « montrer au monde ». Shûhei se prépare pour le prochain concours national. On imagine que les deux solistes en herbe se retrouveront bientôt dans un grand concours international.
Questions sur la musique
Ce film d’animation n’est pas à proprement parler pédagogique au sens où il ne cherche pas à développer un enseignement précis sur la musique classique ou l’apprentissage du piano.
Il évoque, bien sûr, quelques musiciens et quelques œuvres que l’on pourra faire écouter et commenter. Lors du concours, la jeune Takako joue le troisième mouvement du Concerto italien en fa majeur BWV 971 de Bach. Le film met en scène la légèreté de la musique et la vivacité de l’interprétation de la jeune fille dans une séquence onirique la montrant s’envolant dans le ciel avec son piano.
Shûhei joue le premier mouvement de la Sonate pour piano n° 8 en la mineur K 310 (300d) de Mozart. Kai interprète le troisième mouvement de cette même sonate. Il commence assez sagement puis, impatient de sortir du carcan imposé par les codes du concours, il se lance dans une « cadence » c’est-à-dire une improvisation sur la chute du mouvement. Ce développement dans lequel le jeune garçon déploie son propre style est un arrangement composé pour le film par Keisuke Shinohara.
Le professeur de musique fait aussi découvrir à Kai la Valse en ré bémol majeur, opus 64 n° 1, dite « Valse du petit chien », et quelques mesures de la Lettre à Élise de Beethoven.
Le film pose en fait la question de l’utilité du travail dans l’apprentissage de la musique. Shûhei travaille beaucoup sa technique, s’astreint à des exercices réguliers. Il respecte à la lettre sa partition (un plan montre cette partition annotée, soulignant les silences à respecter où les fausses notes à éviter). Mais son jeu impeccable est sans âme et il avoue ne prendre aucun plaisir et même commencer à haïr son piano. Le jour du concours, son interprétation est brillante, sans une seule erreur mais sans originalité. Kai joue sans partition, avec une phénoménale mémoire auditive et retrouve les doigtés avec une tout aussi fantastique mémoire visuelle. Mais la souplesse et l’agilité lui manquent lorsqu’il s’agit de jouer Chopin.
Kai finit donc par accepter d’apprendre à faire des gammes. Mais la morale du film ne se résume pas à la nécessaire alliance du labeur et du plaisir. Le vrai travail consiste à aller à la rencontre de sa personnalité. « Trouver son propre piano », comme dit le professeur. Travailler avec l’instrument à chercher un son et un jeu personnels, « ne pas imiter, ne pas se comparer aux autres ».
Pour faire comprendre comment on peut concilier respect de l’œuvre et lecture personnelle, on pourra faire écouter des interprétations d’un même morceau par des pianistes différents.
On notera, pour finir, que le film comporte une critique amusante des concours en montrant de façon très réaliste le stress imposé aux enfants par les parents, les professeurs et le très austère jury. On rappellera notamment la séquence où, juste avant l’épreuve, Kai soigne le trac de Takako en acceptant qu’elle le prenne quelques instants pour son chien (l’animal étant le seul capable de l’aider à se concentrer…).
 
Anne Henriot
 

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