Mai-juin 2009
À l'affiche 
  Mis à jour le 17 juin 2009

 

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Festivals

Avignon : passions théâtrales
© Lino
Wajdi Mouawad est l’artiste associé de cette 63e édition du Festival d’Avignon. Un artiste libano-québécois, grand metteur en scène d’odyssées contemporaines pour un programme qui abordera des rives artistiques et géographiques du monde entier. Beaucoup de tragédies, bien sûr, terres ô combien propices aux passions théâtrales.

Mouawad propose les trois premiers volets de son quatuor Le Sang des promesses. Trois récits comme des épopées où les vivants tutoient les dieux et côtoient les morts pour remonter le fil des origines, traversées d’exils, de guerres, de conflits. Tous drames éternels de l’Humanité. Une plume fleuve pour des acteurs investis et un public toujours touché, un manifeste pour le théâtre s’il en est.
Le Polonais Warlikowski convoque Eschyle, Euripide, Jonathan Littell et Coetzee dans (A)pollonia pour faire du plateau une arène où le bien et le mal s’affrontent hors de tout sentimentalisme, mais sans échappatoire. Un théâtre de la rigueur et de l’intensité où excelle ce metteur en scène.
Autre tragédie, Sous l’œil d’Œdipe, par ce grand dévoreur d’écriture qu’est Jouanneau qui convoque les Grecs pour mieux nous faire appréhender notre monde contemporain. Quant au très engagé Thierry Bédard (Les Cauchemars du gecko), il travaille à Madagascar pour nous ouvrir les yeux sur nos voisins si pauvres qu’on leur enlèverait bien aussi la parole.
Il faut citer aussi Claude Régy, un de nos trésors vivants qui n’a pas encore trouvé son maître dans l’art de faire vivre le théâtre comme expérience sensible. Il présente Ode maritime du si rare (au théâtre) Fernando Pessoa.
Ceux qui ne le connaissent pas découvriront en Christoph Marthaler un metteur en scène élégant, qui sait manier la gravité légère et la mélancolie ironique. Sur le fond angoissant d’une société de surveillance poussée à l’absurde, Marthaler, qui travaille le plateau comme une partition (la musique est souvent présente dans son travail), promet un Riesenbutzbach de facture très personnelle, à la manière dont il aborde les problèmes politiques et sociaux, entre collages polyphoniques et poésie délicate.
L’Allemand Stefan Kaegi, qui sait mettre en scène les enfants des écoles internationales, les routiers bulgares, les vieux Suisses, les médecins… propose des formes toujours inédites aux limites du documentaire et de la représentation (Radio Muezzin). De l’autre côté de la Méditerranée, Rabih Mroué et Lina Saneh (Photo-Romance) racontent à longueur de spectacles, entre performances, documentaires et théâtre, les contradictions et les conflits du Liban d’aujourd’hui.
De Beyrouth à Montréal, en passant par Paris, Madagascar, Alger, Genève, Berlin, Anvers, Modène, Marseille ou Haïfa (avec le cinéaste confirmé et chantre des frontières, Amos Gitaï)… un festival comme une invitation à un superbe voyage où, dans la confrontation, le terme d’universel trouvera toute sa résonance.

Anne Quentin

63e festival d’Avignon
Du 7 au 29 juillet 2009

Le site du festival
www.festival-avignon.com/
Dossiers pédagogiques (collection « Pièce démontée ») autour de quatre pièces présentées au festival sur le site du CRDP d’Aix-Marseille
www.crdp-aix-marseille.fr/


Des auteurs, des cirques
Des spectacles qui repoussent les limites physiques comme formelles. Ici, « Warm » de David Bobee, Alexandre Fray et Frédéric Arsenault.
© Stéphane Babi Aubert
C’est un festival qui, depuis 2007, met en avant l’écriture et la dramaturgie dans les arts du cirque. Il est donc bien évidemment une manifestation majeure pour tous ceux qui savent qu’il n’est point d’art sans sens. Et le cirque contemporain est sans doute le genre qui a le mieux prouvé, dans son renouveau, la véracité du postulat. Avec le corps exposé et non plus le verbe, il sait en effet raconter les passions humaines au plus près de leur essence.
Cette année, « Des auteurs, des cirques » met l’accent sur l’exploration des limites physiques ou formelles avec cinq spectacles, tous passionnants.
Nous avons déjà parlé d’Ali de Mathurin Bolze et Hedi Thabet, spectacle qui trouble les frontières de la normalité (lire notre article).
P.P.P. de Philippe Ménard (lire notre article) repousse, lui aussi, cette norme qui voudrait que le genre sexuel soit une fois pour toutes défini, naturel…
Warm de David Bobee (sur un texte écrit par son comparse Ronan Chéneau) est une expérience physique qui interroge les limites de la volonté et du désir jusqu’à mettre à nu la réalité organique des corps. Les deux acrobates, le porteur Alexandre Fray et le voltigeur Frédéric Arsenault, très remarqués pour leur corps à corps saisissant dans Appris par corps (lire notre article), savent tout du contact sensible et muet. Ils ont accepté de revoir leur relation, accompagnés d’une comédienne, pour une expérience très déstabilisante.
Satchie Noro, elle, danse et fait du cirque entre ses deux cultures que sont la France et le Japon. Elle tente ici de sortir du carcan des définitions pour tenter de trouver son propre ancrage. Avec des femmes en difficulté, elle a mené une série d’entretiens, où les combats pour vivre affleurent, où la survie révèle l’essentiel. Elle esquisse alors Giselle/Rosière, ce poème musical et dansé, se laissant traverser de part en part par les souvenirs, les rencontres, les apprentissages. Et elle s’abandonne, suspendue à une corde pour échapper à toutes ces gravités – au sens propre ou figuré – qui forment l’identité.
Plus expérimental, mais non moins extrême, le travail de Laurent Chanel (ARN) qui dans un cube transparent, nommé cube à exhibition dans sa première performance, puis cube à contemplation dans la suivante, explore ses états de corps dans une scénographie circulaire qui focalise tous les regards.
Il y a chez tous ces artistes une forme aiguë des situations de danger. Ceux dont l’adolescence fait son lit, souvent. C’est peut-être à eux que le cirque s’adresse d’abord. À ceux qui le sont et à ceux qui le demeurent…

Anne Quentin

Des auteurs, des cirques
Du 9 au 27 juin
Parc de la Villette
Tel. 01 40 03 75 75
En savoir plus sur le site du parc de la Villette
www.villette.com/


Ô 4 vents
Le meilleur cru de la création contemporaine pour les enfants. Ici, « Né » de Damien Bouvet.
© Philippe Cibille
Il s’appelait jusqu’alors Récré’A4. Avec sa nouvelle directrice, Pascale Paulat, rompue aux programmations jeune public (elle mène aussi, depuis 2002, le festival « Escapades »), cette manifestation située au cœur du 4e arrondissement de Paris, fait la part belle aux lieux patrimoniaux pour y présenter des spectacles de création contemporaine pour les jeunes enfants jusqu’à 11 ans. La programmation pluridisciplinaire est à la hauteur de l’ambition : européenne et du meilleur cru.
Au chapitre théâtre, on pourra voir Hans et Greutel, la désopilante et burlesque version de Hans et Gretel revisité par le Bob Théâtre (une des meilleures compagnies de théâtre d’objets pour enfants) à ne pas manquer (lire notre article).
Florence Lavaud (Molière 2006 pour Un chaperon rouge), grande exploratrice des langues du monde, propose aux 7-11 ans Grandir ou Variations pour un lapin pour trois comédiennes et un violoniste avec des textes de l’enfance pour l’enfance.
Le clown Damien Bouvet, avec , pour les tout-petits, rend le clown aussi alléchant qu’un bonbon, entre confiture et guimauve, chaud et mou… Un artiste à recommander tant il maîtrise toutes les cordes de l’art du clown, ce qui n’est pas fréquent. Comique ou tragique, trivial ou sublime, il sait émouvoir et faire rire jusqu’aux larmes.
Dernier petit bijou, Le Cirque précaire de la compagnie « La Mort aux dents ». Julien Candy, seul sous son petit chapiteau, s’empare d’objets insolites : une scie, une feuille de papier, des toupies géantes… en s’interrogeant, mine de rien : « Si on vivait une seule journée, comme le papillon, aurait-on le temps d’être méchant ?... » Un petit moment absurde et virtuose pour tous à partir de 5 ans, où les lois fondamentales qui régissent la Terre semblent soudain mieux faire comprendre ce monde pas si rond sur lequel nos vies tournent.

Anne Quentin

Festival Ô 4 vents
Du 2 au 8 juin
Mairie du 4e arrondissement
Informations réservations
Tél. 01 44 54 75 21

www.o4vents.fr/



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