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L'an
2000 ! |
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Pourquoi l'école
devrait-elle évoquer un événement qui aux yeux de beaucoup passe pour
artificiel ? |
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Comment
donner du sens à l'événement ? En partant des étonnements, des fantasmes, des enthousiasmes, des peurs aussi, ressentis par les jeunes à propos de ce passage ; en les aidant à les formuler de manière raisonnée. L'école a pour mission de répondre à leurs questions en contrant l'argumentaire millénariste et en signalant des points sur lesquels la réflexion peut être intéressante. |
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L'école ne devrait-elle
pas commencer par corriger la donne ? Car,
en fait, le siècle comme le millénaire ne commenceront qu'en 2001. |
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A l'occasion
de ce passage à l'an 2000, vous invitez les enseignants à dresser un inventaire
du XXe siècle. La tonalité ne risque-t-elle pas d'être très grave ? L'inventaire tel qu'il est présenté aujourd'hui penche effectivement du côté noir du siècle qui est notamment celui de la catastrophe absolue qui s'appelle Auschwitz. En même temps, tout ce discours pessimiste ou alarmiste représente le discours dominant. Du coup, il est du strict devoir de l'école non pas de tordre le bilan, mais de rappeler, le plus honnêtement et le plus objectivement possible, les éléments plus positifs et touchant de plus près les jeunes. Ces derniers arrivent après une accumulation de malheurs, de crimes, de drames dont ils ne sont en aucun cas responsables et dont tout un paysage de médiation, et même d'enseignement, pourrait les porter à croire qu'ils le sont. Il s'agit donc, à l'occasion de cet inventaire, d'inviter les jeunes à réfléchir sur leur inscription dans une chaîne des générations et aussi à faire le point sur leur héritage, question que les jeunes ne se posent plus spontanément. Cet héritage perpétue la mémoire mais intègre aussi tous les progrès. Un thème comme l'an 2000 fait, par définition, phosphorer le futur plus que le passé. |
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Ce tournant du
siècle ne marque-t-il pas, pourtant, la première expression d'un doute
face au progrès scientifique ? |
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| Pour
vous, jamais nous n'avons vécu dans une telle proximité du passé, phénomène
qui se manifeste à travers l'attachement au patrimoine, le culte des racines.
Ne peut-on opposer à ce constat une existence qui célèbre surtout l'instant
? Raison de plus pour que l'école incite à la prise de conscience de la persistance des traces. Les moyens ne manquent pas : connaissance du patrimoine de proximité, recueil de mémoires, audition de témoins, recherches d'ordre généalogique. En cet an 2000, les liens entre générations se sont distendus. C'est vrai pour la sphère familiale, mais aussi pour les modes de consommation et de vie. Le hiatus culturel, notamment, devient plus fort. L'écart est beaucoup plus grand aujourd'hui qu'en 1900. Dans notre société, les jeunes sont désormais identifiés comme groupe social. Ce qui n'était pas le cas en 1700 ou en 1800, où le jeune était juste un adulte en puissance. |
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L'an 2000 représente
le futur. Mais l'école peut-elle faire de la prospective ? |
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| Nombre
des enjeux de l'an 2000 posent des questions complexes qui risquent de faire
débat dans un délai plus ou moins rapproché. Plus que de transmettre des
connaissances, la mission de l'école n'est-elle pas alors de former des
citoyens capables d'éclairer les termes de ces débats, une manière de perpétuer
la démocratie ? Ces sujets doivent donner lieu d'abord à un rassemblement des données minimales établies. Ensuite, pour qu'il y ait enjeu de l'an 2000, on soumet cette collation documentaire à un regard critique, mais aussi à un argumentaire. Car effectivement, si, un jour, il y a à trancher sur des questions cruciales, en amont, il faudra avoir appris non pas à discuter, mais à argumenter. Cela dit, toutes les éducations à la citoyenneté partent aujourd'hui d'un paradoxe : apprendre la citoyenneté en tentant de convaincre les élèves que l'établissement scolaire est un lieu de démocratie. Ce qui est faux. Or les réflexions à l'occasion de l'an 2000 offrent une occasion de sortir l'éducation citoyenne de ce confinement dans l'établissement en la raccrochant à des enjeux généraux. Cet éclairage extérieur peut faire avancer le « vivre et travailler ensemble » dans l'établissement. Sur une série de questions, on peut montrer que rien n'avance en vase clos, qu'il a toujours fallu inventer des règles, des normes, des révoltes, qui sans cesse ont fondé et refondé ce processus de démocratisation. Processus qui est, effectivement, une vraie question du XXIe siècle. |
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L'actualité
est très prégnante dans tous ces enjeux de l'an 2000. Peut-elle servir
d'appui pour leur appréhension ?
Ce passage en l'an 2000 est d'abord l'occasion de remettre du passé derrière l'événement et de le relier à la chaîne du temps. Alors, prenons donc un peu de distance face à ce qu'on appelle l'actualité. Cette saisie d'un moment un peu abstrait permet de réfléchir à ce présent éternel qui est celui de nos sociétés en l'opposant à ce présent à répétition qui est strictement celui de l'actualité. Or ce qui fait avancer les choses, y compris dans la vie des jeunes, c'est l'héritage, conscient ou non, c'est l'imagination, c'est la soif d'avenir. L'actualité, telle qu'elle est fabriquée par les médias et intériorisée par les gens, n'est pas le vrai rythme du changement. |
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Propos recueillis par Isabelle Sébert |
© CNDP - Actualités pour la classe / Questions d'actualité