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Évelyne Possémé, conservatrice en chef du Département « Art Nouveau, Art Déco, Bijoux » au musée des Arts décoratifs
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Vous avez participé, début octobre, à Boulogne-Billancourt, au séminaire national « Création et vie artistique au temps de l’exposition de 19251 ». Quelle fut la part prise par l’Union centrale des arts décoratifs (UCAD)2 dans cette exposition ? L’UCAD fut très impliquée dans l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925. Dans le contexte économique et la forte concurrence avec l’Allemagne, l’objectif était d’exporter le « bon goût » français.
Cette exposition était-elle innovante dans la création artistique de l’époque ? Cette exposition faisait surtout un bilan de créations antérieures qui apparurent vers 1910. D’ailleurs, cette exposition devait avoir lieu beaucoup plus tôt ; elle a été retardée et il y a eu la guerre. L’Exposition universelle de 1900 avait été le chant du cygne de l’Art nouveau. Très vite, elle avait suscité des réactions. Des constructeurs de l’Art nouveau assagis ont été les premiers à travailler. Paul Follot, par exemple, avait commencé à travailler avec l’Art nouveau. Les orientations nouvelles sont résumées par les propos du « manifeste » de Véra. Les mêmes artistes qui réagissaient contre l’Art nouveau vont, après la guerre, se réclamer de cette expression artistique, qu’il n’est pas question de copier mais bien de continuer. On remarquera que les bois sculptés de l’Art nouveau deviennent des bois en placage. En fait, beaucoup de tendances cohabitent en 1925. Certains, « les contemporains », se nourrissent de la tradition du bel ouvrage destiné à une élite : Ruhlmann, Groult, Süe et Mare… mais des novateurs, « les modernes », réfléchissent à leur rôle social et utilisent de nouvelles possibilités techniques qui annoncent la création, en 1929, de l’Union des artistes modernes : Chareau, Dunand, Mallet-Stevens… La clientèle qui faisait appel à ces décorateurs leur confiait ses appartements privés mais les appartements de réception étaient confiés aux contemporains. On a appelé Art déco (un demi-siècle plus tard seulement) le mouvement de cette époque.
De nouveaux matériaux changent-ils les pratiques artistiques ? L’emploi d’un matériau nouveau comme le tube métallique apporte souplesse, légèreté et solidité, permettant la mise au point du porte-à-faux. Il faut attendre quelques années pour disposer de l’inox. On utilise donc du tube nickelé ou chromé obtenu par des bains électrolytiques. Les modernes produisent une rupture. On considère que le métallique va trop loin. La crise économique vaut pour tous. Qu’adviendrait-il du faubourg Saint-Antoine si on cessait d’utiliser du bois ? Charlotte Perriand (dont on peut voir un fauteuil métallique 1927 parmi les œuvres du parcours chronologique dont toutes les pièces sont exposées en ligne) produira aussi des meubles en bois dans les années suivantes. Le Salon des artistes décorateurs de 1930 présente une production du Werkbundt : une maison collective tout en métal. La même année, Pierre Chareau (qui est aussi architecte) construit sa maison de verre de la rue Saint-Guillaume à Paris ; dans le mobilier, l’utilisation du métal évite la production industrielle en faisant appel à un ferronnier. Largement annoncée en 1937, il faudra attendre 1945 pour voir la généralisation des productions métalliques.
Certains enseignants d’arts plastiques ont parfois tendance à utiliser le mot « décoratif » de manière péjorative, en l’opposant à « artistique »… Pourtant, on ne contestera pas à Pablo Picasso sa qualité d’artiste lorsqu’il crée ses poteries à Vallauris. Nous sommes dans un lieu où chacun des objets présentés est réellement regardé comme une œuvre d’art. Chacun d’eux n’est pas seulement perçu pour la maîtrise technique mais pour la dimension onirique de son créateur. Cela dit, le vocabulaire porte des significations qui évoluent. L’appellation d’origine de notre association, l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie, a évolué vers des raccourcis qu’il faut apprécier : les Arts décoratifs, les Arts appliqués. Tout comme son objectif, « le beau dans l’utile ». Après l’exposition « Artistes/Artisans », présentée en 1977, ici même (au musée des Arts décoratifs), il y a eu celle, plus récente, du Grand Palais… Il me semble indispensable de redéfinir les termes. Le design, qui visait à adapter les formes à l’usage et au matériau, est employé aujourd’hui à tort et à travers.
Propos recueillis par Daniel Mary,
Professeur honoraire d'arts plastiques
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L’association Les Arts Décoratifs ne porte ce nom que depuis 2004. Son origine remonte aux effervescences qui entourèrent les premières expositions universelles et particulièrement au 16 mars 1864 avec la fondation de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie pour développer, en France, « la culture des arts qui poursuivent la réalisation du beau dans l’utile » ; l’association siège à Paris, 15, place Royale, elle a une bibliothèque, un musée ; elle fait appel à l’initiative individuelle pour recueillir des dons et des prêts d’argent et d’objets. Dissoute, l’association renaît en 1875 et s’installe 3, place des Vosges ; elle voit apparaître une association rivale en 1877. Des pourparlers permettent la fusion des deux associations et, en 1884, l’Union centrale des arts décoratifs (l’UCAD) est créée. L’association d’industriels et de mécènes développe les liens entre arts et industrie et montre ce qui est fait. La vocation de la bibliothèque et du musée a d’abord été de mettre à la disposition des créateurs documents et objets parmi les plus beaux dans ce qui s’est fait. L’aide de l’État a permis à l’UCAD de s’installer dans l’aile Marsan du Louvre en 1905. L’enseigne était devenue l’Union des arts décoratifs dans les dernières décennies du XXe siècle mais le sigle, l’UAD, difficile à prononcer, ne faisait pas l’unanimité…
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