Le renouveau des Arts décoratifs, Copyright musée des Arts décoratifs, Les Arts Décoratifs, Paris, photo Jean Tholance

Le renouveau des Arts décoratifs
  Les arts décoratifs, une autre lecture du monde 

 

Présentation

Le décoratif et l'artistique

Une autre lecture du monde

Entretien

Le mobilier des années 10

Ressources
 
Béatrice Salmon, directrice des musées, le signale, « c’est un nouveau musée que le public va découvrir, lui permettant d’aborder les arts décoratifs, au delà des aspects formels ou stylistiques, dans toutes leurs dimensions historiques, culturelles et sociales ». C’est aussi une approche renouvelée pour l’enseignement.
Dans la récente et spectaculaire évolution des structures muséales, la mission volontairement éducative et pédagogique s’affirme encore plus forte. Si le partenariat entre les institutions culturelles et l’Éducation nationale est réel, actif et réactif, celui entretenu de longue date avec le service des publics des Arts décoratifs est exemplaire.
La rénovation du musée des Arts décoratifs renforce encore cette alliance. La scénographie nouvelle, la réorganisation des collections en espaces dédiés, la lisibilité des parcours et l’émotion provoquée par le choix des œuvres offertes en plateaux thématiques posent en elles-mêmes les questions essentielles.

Comment les élèves et les étudiants des sections design, arts appliqués et métiers d’art peuvent-ils interroger les arts décoratifs ?
La population relevant de nos établissements et fréquentant les salles du musée est contrastée : des étudiants passionnés préparant un exposé, des groupes d’élèves en visite, parfois motivés en amont et alors remarquablement intéressés, d’autre fois un peu moins motivés et un peu moins studieux. L’œil de ce jeune public sur des vitrines qui peuvent lui paraître hermétiques est au mieux curieux, au pire distrait.
Or, une des priorités de l’éducation est de permettre aux élèves de comprendre le monde dans lequel et sur lequel ils vont agir. L’objet est une clé de lecture immédiate et privilégiée : il fait partie de la garde rapprochée du quotidien, il est un témoignage, il est aussi une question posée sur l’évolution de la société. L’objet s’intéresse aux modes de vie, à l’espace de vie, celui des élèves et celui de l’« autre », proche ou éloigné dans le temps ou dans l’espace. Mais l’objet historique ou contemporain, dans sa fonction comme dans sa forme, doit être apprivoisé, décrypté subtilement pour éviter les interprétations hâtives et superficielles, les contresens. Évelyne Possémé le souligne : « Le design, qui visait à adapter les formes à l’usage et au matériau, est employé aujourd’hui à tort et à travers… ».

Les arts décoratifs offrent un répertoire savant de techniques, de matériaux, d’assemblages qui permettent d’élucider des choix esthétiques, d’usages, de fonctions, de repérer les besoins des hommes et surtout leurs désirs. Et donc, d’entrer par le concret dans des questions de sensibilité, d’émotion artistique, de culture et de sens, de vie en somme.
L’élève n’a plus alors le regard neutre qui prend comme une donnée immédiate l’observation de l’œuvre et porte sommairement un jugement dont la seule justification serait un « goût », non défini car non définissable. Attitude passive, sans distance, peu éclairée et peu clairvoyante, qui le laisserait sans défense face au jeu consumériste et se situerait aux antipodes de l’ambition que nous donnons aux formations : aider les élèves à développer un regard critique, à élargir leur culture pour devenir des individus responsables et autonomes.

Parallèlement à la traversée du temps, structurée par des présentations thématiques, les « period-rooms », émouvantes, évidentes, touchent les élèves par leur puissance évocatrice, presque onirique, en leur donnant une vision homogène du contexte de l’époque.
Symboliquement, la première proposition de la galerie d’étude est titrée « À quoi ça sert ? ». Tout est dit. Autour d’études de cas, cet espace, pédagogique par excellence, pose en les rendant immédiatement accessibles les questions méthodologiques auxquelles chaque élève devra apprendre à répondre. En déployant son sens de l’observation, en aiguisant son regard, en développant ses capacités d’analyse, il cherche les indices, il interroge les raisons, les facteurs et les résultats autour des idées de création, d’évolution, de disparition.

Au delà d’une approche qui permet de donner à tous les élèves du sens à leur environnement et de les aider à se situer dans un contexte, une entrée supplémentaire est offerte aux étudiants des BTS et DSAA Design à travers la leçon proposée par le réaménagement des lieux. Et là, d’autres questions se posent : Comment sont traitées les contraintes de restructuration, de visualisation, de muséographie ? Comment le volume s’articule-t-il à la transparence ? Comment retrouver l’identité initiale de l’espace tout en privilégiant une écriture contemporaine ? Comment une réflexion sur la morphologie des lieux a-t-elle unifié la réponse des architectes ? En quoi des choix successifs, alimentés par des compétences pluridisciplinaires, sont-ils devenus des hypothèses puis des réponses à la fonctionnalité du musée et donc à sa vocation ?

La galerie d’étude demande avec une humilité feinte « À quoi ça sert ? ». Parmi les multiples réponses ne trouve-t-on pas aussi une clé de lecture pour préparer l’avenir ?

Françoise Cœur,
Inspectrice générale de l’Éducation nationale, design et arts appliqués

© SCÉRÉN - CNDP
Créé en janvier 2007 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.