|
Quand mettre en place une heure de vie de classe ? Qui doit l'animer ? Comment organiser la séance ? Avec quels contenus ? Autant de questions que se sont posés les enseignants déjà engagés dans « l'aventure ». C'est à partir de leurs suggestions, de leurs réflexions, que nous avons construit ce guide pratique où chacun puisera selon ses attentes et ses interrogations.
|
Qui anime l'heure de vie de classe ?
Les textes officiels le stipulent clairement1. Si l'heure de vie de classe est placée sous la responsabilité du professeur principal (ou du CPE au lycée), il n'est pas le seul à pouvoir l'animer. Sont également susceptibles d'intervenir : - les autres enseignants, - le CPE, - le co-psy (indispensable pour parler d'orientation), - le documentaliste, - les personnels de santé, - l'assistante sociale, - et aussi, ponctuellement, des intervenants extérieurs selon le thème abordé.
Au lycée, l'heure de vie de classe peut être animée par des élèves.
La présence d’un deuxième adulte s'avère tout à fait positive, ne serait-ce que pour faciliter le débat, le relancer, le recentrer. Un adulte non enseignant apporte, lui, une autre relation aux élèves, un éclairage différent. « L'animation à plusieurs me paraît fondamentale et les élèves la réclament pour diversifier les échanges et prendre de la distance par rapport à l'investissement affectif de ces séances. » (Recherche-action heure de vie de classe)
Le rôle de l'animateur
– Être garant des règles et de l’autorité. Il ne doit pas laisser dire n’importe quoi, être clair sur les attentes. – Savoir écouter ce que tous les élèves ont à dire, sans forcément le commenter ou y répondre. Il est important à ce propos de veiller à n'exclure personne. « Ainsi, si un élève se marginalise, il est utile de lui demander quand même son opinion et, le cas échéant, de lui faire prononcer son refus de participation. » – Savoir s’effacer pour atténuer son rôle de professeur, souvent de professeur principal, et donner ainsi aux élèves l’occasion de s’exprimer le plus librement possible. – Guider les échanges, aider à reformuler le questionnement ou les critiques des élèves. L'animateur joue le rôle de médiateur en faisant en sorte que les préconisations, les avis émergent d'une prise de décision collective. – Connaître sa marge de manœuvre : il doit savoir que l'on ne peut apporter de résolution à toutes les questions soulevées par les élèves. L'essentiel est qu'ils aient été entendus. – Ne pas sortir de ses attributions : il ne doit pas « jouer au psy », sauf s'il possède une compétence en ce domaine. Ne pas oublier que le but est la régulation de l’ensemble et non de cas individuels.
|
|
« Le professeur animateur de l'heure de vie, n'est pas, comme le voient parfois les élèves, une sorte de magicien capable de tout résoudre. Il ne doit, en aucun cas, donner à tout prix une solution aux problèmes posés. Le principal danger, dans cette situation, serait d'essayer de se mettre à la place des élèves ou encore de chercher une complicité. Si nous ne sommes plus professeur à cet instant, nous n'en restons pas moins adulte référent. » A. Salzemann (CEPEC, Inspection académique 94) On le voit, animer n'est pas enseigner. Pour mieux maîtriser cette pratique, certains préconisent le passage par une formation ou la participation à un groupe de travail. (Voir Expériences, témoignages).

À quel moment ?
Au collège :« Une heure est inscrite à l'emploi du temps des élèves pour la vie de la classe, en moyenne tous les quinze jours, de la 6e à la 3e » (B.O.).
Au lycée : « Les heures de vie de classe sont inscrites à l'emploi du temps de tous les élèves. Si la fréquence et les modalités d'organisation peuvent être variables selon les établissements, elles doivent cependant avoir lieu au minimum tous les mois.» (B.O.).
À partir de là, deux possibilités sont ouvertes : - la régularité (une fois par quinzaine au collège, tous les mois au lycée) qui fait que l'heure est attendue et s'installe dans les esprits. C'est la solution adoptée par la plupart des établissements ; - la souplesse, en concentrant les séquences réservées à l'heure de vie de classe à des moments précis de l'année (début de sixième pour l'entrée au collège ou avant un conseil de classe ou pour pouvoir répondre à des demandes d'élèves, de professeurs, d'autres membres de la communauté éducative).
Attention cependant à ce qu'une heure de vie de classe, convoquée de manière exceptionnelle, suite à un événement particulier (problème de discipline par exemple), ne se transforme pas en mini-tribunal.
Quel que soit le mode choisi, il paraît essentiel, pour un bon fonctionnement, que ces heures soient inscrites dans l'emploi du temps des élèves et du professeur principal et qu'elles bénéficient d'une reconnaissance officielle au sein de l'établissement.

Dans quel lieu ?
L'idéal est que l'heure de vie de classe puisse se tenir dans une lieu différent de la salle de classe (foyer, CDI, salle audiovisuelle, salle de langues). Cela pour éviter que les élèves et les professeurs se retrouvent dans la même situation et/ou position qu'en cours. De la même manière, salle de classe ou pas, on disposera différemment tables et chaises (en U, en cercle, voire chaises seules). Dans le cas d'un travail en groupes, il est préférable de les séparer physiquement dans la salle. « Toutes ces dispositions ont une valeur symbolique essentielle : mettre en place un cadre où élèves et professeurs sont des sujets égaux en parole (ce qui n'est pas le cas en classe) » (« L'heure de vie de classe : un possible dialogue ? Impossible dialogue ? »). Si l'on choisit une disposition des tables ou des chaises en cercle, l'enseignant peut alors s’asseoir parmi les élèves et non à son bureau ni sur l’estrade.

Selon quelles règles ?
L'heure de vie de classe doit « permettre une prise de parole des élèves et un dialogue avec un ou plusieurs adultes », indique le B.O. Une pratique qui ne s'improvise pas et exige l'instauration préalable d'un cadre et de règles précises permettant d'établir un climat de confiance et de favoriser la bonne circulation de la parole. Dans la mesure du possible, il revient au professeur principal de les fixer et de vérifier leur application. Leur élaboration peut faire l'objet d’un travail avec les élèves, l’enseignant pourra leur faire écrire et signer. Ces règles peuvent alors constituer une charte de l'heure de vie de classe.
Règles pour favoriser la prise de parole
- Le respect : écouter celui qui parle, ne pas juger, ne pas se moquer, utiliser un langage correct, ne pas monopoliser la parole, ne parler qu'en son nom, rapporter des faits, .... Élèves comme professeurs peuvent s'inscrire pour demander la parole. On peut aussi demander que chaque orateur se lève pour parler.
- La confidentialité : les propos tenus en heure de vie de classe ne sont pas rapportés au dehors. Seule exception : si ces séances font apparaître des faits graves (maltraitance, idées de suicide…), ils doivent être communiqués.
- La liberté : parler n'est pas une obligation. Même si tout le monde doit pouvoir le faire. À l'animateur de veiller à ce que les élèves timides parviennent à s'exprimer.
- La modération (ou discrétion) : les élèves doivent se garder de dénoncer un comportement, une attitude, une parole, un geste, de leurs camarades comme de leurs professeurs. Cette règle est aussi à respecter de la part des professeurs envers les élèves et les collègues de travail.
|
|
Marie Legrand, professeur de lettres, dans un article paru dans la revue Argos (n° 26, déc. 2000) parle de la mise en place d'un « cérémonial qui rend la parole importante, reconnue, écoutée. Les intervenants se sentent investis du pouvoir de parole, mais aussi protégés. Ils donnent leur avis sans crainte d'être coupés ou contredits dès le premier mot, ce qui les amène à argumenter, à essayer de convaincre, chacun parle en « je » et s'engage devant le groupe. Ce cérémonial développe la qualité de l'écoute et endigue la précipitation ou les interventions à voix multiples... » Pour faire respecter les règles, il est conseillé de désigner parmi les élèves : - un président de séance, qui distribue la parole ; - un secrétaire de séance, qui inscrit les noms de ceux qui demandent la parole, prend en note les avis proposés, les résolutions adoptées ; - un « gardien du temps », qui gère la répartition et la durée de la parole pour éviter des bavardages intempestifs.
On peut aussi ouvrir un temps de parole en mettant en place un « conseil », au sens de la pédagogie institutionnelle. Il s'organise selon une forme précise. Le groupe s'installe en cercle. Avant de commencer, on désigne un gardien de l'heure. Le conseil est soutenu par une loi : pour prendre la parole, il faut s'inscrire auprès du président de séance ; le dialogue direct et les moqueries sont interdites ; le temps du conseil est limité ; ce qui s'y dit ne peut être répété ailleurs. Ce n'est donc pas un lieu de débat mais « d'émergence d'une parole entendue par le groupe ».
Que faire en cas de mise en cause d'un collègue ?
Il peut arriver qu'au cours d'une heure de vie de classe, un collègue soit mis en cause par les élèves. Comment réagir ? L’animateur ne peut laisser dire n’importe quoi et doit rester intransigeant sur certains points. Bien souligner que l’heure de vie de classe n’est pas le bureau des doléances infondées et surtout pas l’endroit où l’on puisse attaquer un enseignant avec l’aval d’un autre. Cela dit, refuser complètement d’entendre, risque de rompre la confiance. À l'inverse, une écoute trop complaisante peut être interprétée comme un accord. Il s’agit donc d’être très vigilant, de rester le plus neutre possible, d’amener les élèves à réfléchir à leur propre comportement, de leur faire reformuler la plainte en une phrase acceptable par tous et élaborée en commun, éventuellement en sollicitant la position de chacun. Ensuite, on peut : - intervenir directement auprès du collègue concerné, avec diplomatie bien sûr et en protégeant aussi ses « sources » ; - orienter les élèves vers une prise en charge de leurs problèmes en renvoyant les élèves (voire les délégués) vers le collègue mis en cause afin qu'ils règlent eux-mêmes leur différend. Leur expliquer comment présenter leur souci au professeur, sans agressivité, avec la volonté d’améliorer le travail ; - inviter le collègue pendant l’heure de vie de classe. Il est nécessaire que le professeur principal ou le secrétaire de séance reprécise oralement, pour clore la discussion, les décisions prises pour améliorer la situation.
Il peut y avoir une solution encore plus radicale qui interdit toute mise en accusation des absents (élèves comme professeurs).
|
|

Avec quels contenus ?
Que fait-on en heure de vie de classe ? De quoi va-t-on parler ? Inquiétudes récurrentes ! De fait, les textes suggèrent un cadre, un contenant plus que des contenus. Au collège, les objectifs sont cependant définis : « – Aborder des questions qui ne peuvent trouver leur place dans les cours ; problèmes d'actualité, de société, de citoyenneté, de vie au collège. – Prévenir les problèmes de comportement. – Éduquer au respect des autres, à la maîtrise de l'écoute des autres, apprendre à articuler les arguments. – Dialoguer sur le règlement intérieur et élaborer une charte des droits et devoirs au collège et/ou dans la classe. » Et un incontournable, en troisième, l'éducation à l'orientation.
Au lycée, il est juste précisé que l'heure de vie de classe doit permettre « un dialogue permanent sur toute question liée à la vie de classe, à la vie scolaire ou tout autre sujet intéressant les lycéens ». À partir de là, il s'avère important de construire un projet sur l'année et d'éviter des séances fourre-tout en préparant chacune d'elles.
Préparation
Rencontrer les enseignants qui animent la vie de classe d’un même niveau peut permettre de préparer les contenus tout au long de l’année, de partager les expériences (positives et négatives) et les idées de débat, de mettre en commun des fiches et des supports de travail.
Thèmes possibles : - Problèmes relationnels : élèves-profs, élèves-élèves, élèves-parents, régulation des conflits, des difficultés. - Incivilités, violences, citoyenneté, socialisation (travail sur la loi, le règlement intérieur, droits et devoirs des collégiens, lycéens, initiation au débat). - Réflexion sur le travail, le sens de l’école. - Méthodologie : organisation du travail, cartables, emploi du temps, aide méthodologique… (surtout pour les petites classes), recherche d’autonomie. - Santé, information sur les conduites à risque avec des professionnels extérieurs : sur ces points, il faut prendre en compte les questions et pudeurs des adolescents qui, s’ils veulent en parler, rechignent souvent à le faire avec un adulte qu’ils connaissent. Un intervenant extérieur qualifié est donc bienvenu. Éducation à la solidarité, éducation aux médias. - Connaissance de soi. - Orientation, projet personnel, projet professionnel (préparation des découvertes des entreprises et journées portes ouvertes en lycée pour l’orientation). - Élection des délégués, préparation du conseil de classe.
Passer par l'écrit
Le passage par l'écrit permet de lutter contre le bavardage et d'offrir un temps de réflexion individuelle. Que ce soit pour lancer un débat, pour faire réfléchir un groupe sur des problèmes donnés ou pour préparer un conseil de classe, il peut s’avérer très utile d’utiliser des supports papier (fiches à remplir, images, articles,...) comme bases de travail. Ils aideront les élèves à entrer dans le sujet prévu et laisseront une trace écrite de ce qui a été dit et fait.
Pour élaborer ses contenus, trouver des thèmes, construire une progression, on consultera utilement : la brochure Recherche-action heure de vie de classe (PDF, 270 ko). Avec un descriptif très détaillé de séances et d'outils présentés sous forme de fiches pour aider à la mise en œuvre de l'heure de vie de classe (collège et lycée) ; http://dafpi.ac-montpellier.fr/ - le document mis en ligne par Olivier Kopferschmitt et Viviane Wadier L'heure de vie de classe en seconde, lycée Frédéric-Chopin, à Nancy sans oublier Les trois annexes (PDF, 280 ko) (exemples d'utilisation) ; www.ac-nancy-metz.fr/ – la fiche Fonctions et objectifs de l'heure de vie de classe sur le site du Cepec (Centre d'études pédagogiques pour l'expérimentation et le conseil). Extrait de Points de repère pour le lycée - Les heures de vie de classe, éd. Cepec). www.cepec.org/
On pourra aussi se référer aux ouvrages suivants : - Professeur principal. Animer les heures de vie de classe. Arnaud Dubois, Muriel Wehrung. CRDP de l'académie d'Amiens, 2004. - Heures de vie de classe. Concevoir et animer, Xavier Papillon, Gilles Grosson. Chronique sociale, 2001. - L'Heure de vie de classe en lycée professionnel, équipe rénovation de la voie professionnelle. CRDP de la région Centre, 2001.
Organiser la séance
Un ordre du jour établi en début de séance aidera à conduire l'heure de vie de classe. Cela permet à chacun de préparer son intervention et de mieux s’inscrire dans le débat collectif. On peut aussi mettre à la disposition des élèves un cahier de « libre expression », où chacun peut faire part de ses soucis, de ses difficultés, de ses idées. Après un temps d'échange collectif, on peut engager des travaux de réflexion par petits groupes de 5-6 élèves dont un rapporteur. Leur mise en commun doit mener à la prise de décisions non imposées mais discutées et négociées. Les avis et les résolutions peuvent être votés à bulletin secret ou à main levée.
Conserver une trace
Chaque heure de vie de classe fait l’objet d’un compte rendu succinct (ordre du jour, problèmes, thèmes, avis, résolutions) rédigé par les élèves (en commun par la classe ou bien en groupes), avec l’aide des adultes présents. Ce texte est destiné à tous les élèves (y compris les absents) et les membres de l'équipe éducative. Il peut être soumis à validation des présents. Les comptes rendus et autres traces écrites des séances peuvent être consignés dans un cahier réservé à l'heure de vie de classe. Cette trace s'avère également importante pour les enseignants impliqués afin qu'ils puissent mener une réflexion sur les enjeux, leurs pratiques et revenir sur le déroulement.
Guide réalisé à partir des ouvrages et documents présentés dans la partie Ressources.

|
|
|
|