L'heure de vie de classe
Un dossier pour expliciter les enjeux de l'heure de vie de classe, dispositif qui permet aux élèves de s'exprimer sur leur vécu scolaire.

Sommaire
 
Présentation
 
L'entretien
 
Expériences, témoignages
 
Guide pratique
 
Ressources
 
Présentation
Un temps de parole et de régulation de la vie scolaire

L'heure de vie de classe est ce temps particulier qui permet aux élèves de s'exprimer sur la vie de la classe, la vie de l'établissement, leur vie tout court. Elle suscite les enthousiasmes comme les réticences. Les uns y voient un cadre pour aplanir les tensions, gérer les conflits, aider chacun à trouver sa place au sein de l'école. Les autres redoutent son aspect défouloir, critiquent son manque de structuration, son inutilité. Cette heure qui bouscule l'ordonnancement des cours traditionnels n'est pas toujours facile à exploiter. Et pourtant, les problèmes d'incivilité, de violence, de démotivation qui affectent l'institution scolaire peuvent trouver là un espace de médiation et de prévention. D'où ce dossier qui explicite les enjeux et les modalités de ce dispositif.


En 1999, suite au rapport sur le collège de l'an 2000 et la consultation sur la vie lycéenne, deux notes au B.O. préconisent l'inscription d'une heure de vie de classe dans l'emploi du temps des élèves, au collège comme au lycée. L'intention est claire : donner la parole aux élèves, favoriser le dialogue avec les enseignants et les membres de l'équipe éducative. L'objectif est d'offrir aux établissements un outil de médiation pour réguler la vie de la classe, désamorcer les conflits et ouvrir l'école sur les préoccupations adolescentes. On sait aujourd'hui combien l'absence de communication entre élèves et adultes, l'absence de parole sur le sens de l'école et l'absence de prise des élèves sur leur vécu scolaire peuvent faire violence.


Dans les faits, la mise en place de l'heure de vie de classe se heurte cependant à quelques difficultés.
Institutionnelles d'abord. L'heure de vie de classe n'est pas forcément inscrite dans l'emploi du temps du professeur principal pourtant chargé de son organisation, ni dans le projet d'établissement. Sa rémunération reste dans le flou. Lui trouver un « bon » créneau horaire relève parfois de l'exploit.
Pédagogiques ensuite. Les contenus n'en sont pas vraiment définis. Les enseignants ne se sentent pas forcément armés pour l'animation d'un groupe, fonction qui outrepasse leur rôle de « transmetteur de savoirs ».
Du coup, on reproche à l'heure de vie de classe d’être une perte de temps, de n'ouvrir qu'un bureau des doléances bien stérile ou de devenir un lieu de règlements de compte pas toujours maîtrisable quand elle ne sert pas tout simplement à finir un cours ou un programme.

Apprendre à mieux vivre ensemble pour mieux apprendre ensemble
Certes, l'heure de vie de classe ne saurait constituer une panacée et peut s'avérer un outil à manier avec précaution si le climat d'un établissement est par trop tendu. Il n'empêche que de nombreux sujets tels que le rôle des délégués, la préparation d'un conseil de classe, des actions de prévention ou encore le travail sur l'orientation y sont abordés avec profit.
Les enseignants qui se sont emparés de ce dispositif (certains depuis de nombreuses années) en soulignent avec force les bénéfices : une meilleure ambiance dans la classe, un retour fructueux sur leur propre pratique, des élèves davantage concernés par les apprentissages. Comme si apprendre à mieux vivre ensemble permettait de mieux apprendre ensemble.
Les apprentissages ne sont d'ailleurs pas absents de l'heure de vie de classe que ce soit l’apprentissage de la citoyenneté (exprimer ses idées, les confronter, de façon régulée), de la démocratie (chercher à dégager, de façon négociée, avis et propositions), de la vie ensemble (réfléchir avec d'autres, à soi, son attitude, son avenir).
En fait, l'heure de vie de classe apparaît comme un lieu charnière de la vie scolaire où l'individu se confronte au groupe, où les élèves nouent des relations différentes avec les personnels-adultes, où la classe rencontre l'établissement, où se croisent éducation et instruction.

Pour bien comprendre ce qui se joue dans l’heure de vie de classe, nous avons demandé son avis à François Dubet (L'entretien), interrogé deux praticiens de l'heure de vie de classe impliqués dans des actions de formation (Expériences, témoignages), exploré la richesse des contributions sur le sujet (Ressources) et construit à partir de là un guide pratique. Bonne lecture !


Dossier coordonné par Isabelle Sébert, réalisé avec la collaboration de Céline Dunoyer, professeur de lettres, Claire Lafage, documentaliste, Antonella Vesta, professeur de lettres-histoire-géographie, Marie-Line Périllat-Mercerot, professeur d'anglais.


En savoir plus

- Un collège pour tous et pour chacun : « Mieux vivre dans la Maison-collège »
B.O. supplément au n° 23 du 10 juin 1999
www.education.gouv.fr/

- Réforme des lycées : classes de seconde générale et technologique - rentrée 1999 (III - Autres dispositions nouvelles de la réforme)
B.O. n° 21 du 27 mai 1999
www.education.gouv.fr/

- Préparation de la rentrée 2001 en lycée professionnel (III - Développer la dimension éducative de la formation et en particulier l'apprentissage de la citoyenneté)
B.O. n° 23 du 7 juin 2001
www.education.gouv.fr/


L'entretien
Entretien avec François Dubet

François Dubet, sociologue de l’éducation, est un des auteurs du rapport sur « Le Collège de l’an 2000 » qui préconisait le développement de l’heure de vie de classe. Pour lui, les objectifs affichés alors – un espace de parole pour les élèves, des relations plus confiantes avec les enseignants –, restent d’actualité. Car « cela relève de l’apprentissage de la démocratie ».


Le rapport sur le collège de l’an 2000, auquel vous avez participé, préconisait la généralisation de l’heure de vie de classe et a permis son officialisation. Pourquoi aviez-vous formulé cette proposition ?
L’heure de vie de classe se pratiquait déjà depuis une vingtaine d’années, mais de manière extrêmement aléatoire, en fonction des désirs des uns et des autres. Il nous a paru essentiel de la généraliser, notamment avec les sixièmes et les cinquièmes, afin d’aplanir les difficultés d’adaptation des élèves au collège. Consacrer une heure tous les quinze jours pour que les élèves apprennent à s’exprimer, que s’établissent d’autres relations entre professeurs et élèves, que les élèves ne soient plus seulement considérés à travers leurs performances et les professeurs à travers leurs cours, nous a semblé important.

Ne voulait-on pas y voir aussi une réponse aux problèmes d’incivilité et de violence ?
L’heure de vie de classe offre un espace aux élèves pour qu’ils puissent effectivement parler de leur vie à l’école, de leurs problèmes scolaires et aussi des problèmes de violence, de racket, de chahut. Il faut de la discipline à l’école, au collège, au lycée mais celle-ci sera d’autant mieux mise en œuvre que les élèves auront le sentiment qu’elle est justifiée. Et si l’on veut qu’elle soit juste, il faut qu’ils puissent en parler. Cela afin qu’ils apprennent à avoir confiance dans les enseignants et que les enseignants aient aussi conscience de ces problèmes. Que ce ne soit pas pour eux des questions à déléguer aux CPE, aux aides-éducateurs et aux surveillants.

Ce faisant, n’assiste-t-on pas à un déplacement du rôle des enseignants qui sort de la stricte transmission disciplinaire ?
Quand il s’est agi de mettre en place cette heure de vie de classe, des enseignants et leurs représentants qui la voulaient facultative ont manifesté des réticences. On a effectivement entendu que c’était là sortir de leur rôle traditionnel, qu’ils n’étaient pas des psychologues, que ce n’était pas dans notre culture. Or, si l’on franchit les frontières de notre pays, dans la plupart des pays anglo-saxons, en Allemagne, dans les pays scandinaves, la mission éducative des enseignants devient d’une grande banalité. Apprendre aux élèves à s’exprimer sur les problèmes qu’ils rencontrent, me semble, pour ma part, faire partie intégrante du métier d’enseignant.

Peut-être que la relation de cause à effet entre donner la parole aux élèves et une meilleure régulation des conflits ne va pas de soi...
Je pense au contraire que cette relation apparaît à tous de façon évidente. L’inertie vient plutôt de ce cantonnement des enseignants à la transmission disciplinaire. Mais, que ce soit au sein d’un cours magistral ou non, l’enseignement est un métier de relation avec les élèves. Et la gestion de ces relations ne doit pas être confiée à d’autres. Les problèmes de discipline sont aussi des problèmes de confiance personnelle, de compréhension mutuelle. Les élèves doivent pouvoir dire qu’ils ne saisissent pas ce qu’on leur demande, qu’ils n’ont pas le temps de faire leurs devoirs, qu’ils se font taper à la sortie...
Consacrer deux heures par mois à cette régulation me paraît raisonnable. Et il est important que cela soit fait par les enseignants parce qu’ils sont les adultes référents. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux pratiquent régulièrement et sans difficulté cet apprentissage de la parole et de l’écoute.

Nul besoin d’une formation, notamment à la gestion de paroles, à l’animation de groupe ?
Au risque de paraître sévère, je dirais que, si un professeur principal, qui connaît bien les élèves, a besoin d’une formation pour leur parler en dehors des cours, le problème est grave. Il ne me paraît pas si difficile d’échanger pendant une heure avec sa classe sur son vécu scolaire, de faire un ordre du jour avec les élèves, de sérier les problèmes, de leur répondre sans une formation qui fixerait des normes.
Cela demande, c’est vrai, des qualités d’écoute, d’autorité, de savoir distribuer la parole, de faire que les élèves se comprennent. Mais on doit pouvoir attendre cela de l’école.

Certains pourtant redoutent d’être confrontés à des problèmes personnels, à des mises en accusation d’autres enseignants.
Si surgissent des problèmes personnels graves, on peut dire à l’élève que l’on en parlera après avec les personnes compétentes. Sinon, la situation est paradoxale : on voudrait que les élèves parlent de l’école mais pas des collègues ! Je me souviens de conseils de classe où, dès que des délégués, sans être aucunement agressifs, pointaient des questions, somme toute banales, comme un manque de temps ou un trop-plein de travail, c’était immédiatement le blocage : « On n’est pas là pour juger les collègues », leur rétorquait-on. Or, si madame Martin est toujours en retard, si le cours de monsieur Dupont n’est pas compris, il faut bien qu’à un moment cela soit dit. On mesure bien l’enjeu : si les enseignants commencent à parler avec les élèves, ils vont bien être obligés de parler entre eux.

En l’absence de la réalité d’équipe pédagogique, n’est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ?
Le fait que les enseignants parlent aux élèves doit logiquement participer à la constitution d’équipes pédagogiques. Mais aujourd’hui, on en est loin.

Comment expliquer que les élèves soient peu demandeurs d’échanges sur la vie scolaire et préfèrent souvent ne pas participer à la vie du collège et du lycée ?
Parce que ce sont des adolescents et qu’ils veulent avant tout que l’école leur fiche la paix !
Mais il faut bien qu’il y ait un apprentissage de la citoyenneté. Le fait que les élèves soient un peu les acteurs de leurs propres études au sein des établissements ne se discute pas. C’est un bien en soi. Sinon, on pourrait aussi s’interroger sur leur volonté de faire des maths.

Cette frilosité ne vient-elle pas aussi du fait que des questions évoquées en heure de vie de classe ou ailleurs restent sans réponse ?
Il faut admettre qu’il n’y a parfois pas de réponse. Cela peut faire partie de l’éducation. On est là pour instruire les élèves et aussi pour les éduquer. Si, comme il arrive fréquemment, les élèves se plaignent de leur emploi du temps, soit on accède à leur demande quand elle apparaît légitime, soit c’est impossible et alors on leur explique pourquoi. C’est toujours mieux que de leur dire : « Vous n’avez pas le droit d’en parler. » Entendre les questions, c’est déjà un pas de fait...

Avez-vous constaté des effets positifs de ces pratiques éducatives sur les élèves ?
Ce que j’ai constaté, c’est qu’il y a des établissements scolaires qui vont mal, où il n’y a pas d’équipes pédagogiques, où les élèves se méfient, où la vie scolaire est figée... D’autres où le chef d’établissement a mobilisé l’équipe pédagogique, a inscrit l’heure de vie de classe dans l’emploi du temps, a mis les élèves dans le coup, et voit l’atmosphère comme les résultats s’améliorer. Mais ce sont là des secrets de Polichinelle.

L’heure de vie de classe n’a pourtant pas aujourd’hui vraiment le vent en poupe. Quel peut être l’avenir de ce dispositif ?
Il y a aujourd’hui un risque que la crispation, la déception, l’amertume l’emportent, que tous les mouvements, nés de l’enthousiasme et de la mobilisation de pédagogues, s’épuisent. Actuellement, nous sommes dans une phase de repli. Mais, quel que soit le nom qu’on lui donne, qu’il existe un moment régulier dans l’année où les élèves et les enseignants parlent de leur vie commune à l’école, des problèmes rencontrés, m’apparaît indispensable. Cela relève de l’apprentissage de la démocratie.

Propos recueillis par Isabelle Sébert


Expériences, témoignages
Entretien avec Arnaud Dubois, enseignant et formateur

Arnaud Dubois est enseignant d’histoire-géographie en collège ; comme professeur principal, il anime des heures de vie de classe. Formateur associé à l’IUFM de Créteil, il dirige également des stages sur l’heure de vie de classe et vient de signer « Professeur principal. Animer les heures de vie de classe ».
Il évoque ici comment il s’est saisi de l’heure de vie de classe pour ouvrir des temps de parole sur le mode du « conseil » de la pédagogie institutionnelle. L’enjeu : permettre à chacun de trouver sa place dans l’école pour mieux appréhender les apprentissages.


Dès vos débuts dans l’enseignement, en 1997, vous vous êtes intéressé à l’heure de vie de classe. Pourquoi ?
Pour mon premier poste, je me suis retrouvé dans un établissement sensible en Seine-Saint-Denis où il y avait de gros problèmes de violence. Je voyais les élèves comme une espèce de horde.
Un jour, les élèves arrivent en retard en cours suite à une bagarre dans le couloir. Une fois en classe, je décide d’en parler avec eux. Un moment de parole s’institue où j’apprends qu’une des filles de la classe est victime d’attouchements et au cours duquel l’un des garçons concernés se met soudain à s’excuser et à pleurer...
Par la force de la parole, de horde, les élèves redevenaient des jeunes qui vivent des choses difficiles. Cela les réinscrivait dans l’ordre de l’humanité. Pour moi, plus de doute : il fallait continuer dans ce sens. Mais le collège est un lieu où l’on ne parle pas.



Pourquoi le collège est-il un lieu où l’on ne parle pas ?
L’école n’a pas de lieu de parole institué. La seule délégation ne garantit pas la possibilité de prise de parole et, de toute façon, elle n’égale pas la parole de l’élève au sein de la classe.
En cours, la parole des élèves est une expression attendue, en réponse à des questions. Bien sûr, il ne faut pas caricaturer et certains professeurs arrivent très bien à échanger avec les élèves mais essentiellement sur les apprentissages. Sinon, il reste l’infirmière, le CPE ou encore le documentaliste.

Donc, suite à cette expérience, vous avez décidé de mettre en place un temps de parole.
J’ai effectivement mis en place, sur le temps de mon cours, un temps de parole hebdomadaire où l’on évoquait ce qui se passait dans cette classe. Je me suis alors rendu compte que cela avait un effet que l’on pourrait presque qualifier de « miraculeux ». La classe se mettait à travailler et il y avait des moments de silence comme jamais auparavant.
J’ai eu alors envie d’un moment d’échange spécifique. Ce fut l’occasion de mettre en place des heures de vie de classe.

Comment vous êtes-vous expliqué cet effet « miraculeux » ?
En fait, cela n’a rien de magique... Il est difficile de savoir exactement ce qui se passe. Cela touche à un enjeu de place.
Un jour, par exemple, une élève prend la parole pour me dire : « Avec vous, ce n’est plus possible car dès que je dis quelque chose en cours, vous m’envoyez promener. » Je l’écoute et me rends compte que c’est vrai. Le fait qu’elle ait pu m’en parler a changé mon attitude à son égard. Voilà pourquoi je parle d’un enjeu de place. Entendre l’autre, c’est très différent que d’évoquer de façon générale la question du respect dans le règlement intérieur.
Autre exemple : exclure temporairement un élève qui en frappe un autre, c’est un rappel à la loi important. Mais qu’il y ait un lieu où l’élève victime puisse s’adresser à l’auteur du délit pour lui demander d’arrêter ses sévices permet aussi la réinscription d’une loi, celle que les psychanalystes appellent la loi symbolique qui est la condition du vivre-ensemble.
La seule possibilité pour désamorcer les conflits, c’est de se parler, la parole étant la condition d’existence de l’autre.

Ne risque-t-on pas de percevoir ce temps de parole comme une cellule psychologique ?
Cela se fonde sur une conception du sujet inspirée de la psychanalyse qui nous apprend que le sujet est un être parlant et que la première chose qui nous arrive est d’être nommé. Mais cela ne veut pas dire que l’on fait de la psychothérapie à l’école pour autant. Il est vrai que l’on touche à des enjeux qui dépassent largement le cadre de l’école, qui sont de l’ordre de l’humain, de ce qui fait que des hommes puissent vivre ensemble. Cependant, il est quand même incroyable que l’école soit un lieu où l’on oublie cette dimension-là !

De quoi parle-t-on pendant ces temps de paroles ?
Chacun parle de ce qu’il vit dans la classe, le cours, l’établissement, une parole qui ne peut se dire que dans un groupe car c’est le groupe qui fait tiers et non le professeur.

Et les élèves qui ne parlent pas ?
Eh bien, ils ne parlent pas. Mais, au moment du bilan que je fais à la fin de l’année, les élèves qui n’ont rien dit écrivent souvent combien ce moment de parole fut important pour eux. On peut entendre sans parler... C’est pareil pour les professeurs en formation. Peut-être que cela les met au travail à d’autres moments, d’une autre façon.

Et les élèves qui parlent tout le temps ?
Certains collègues limitent le temps de parole. Pour ma part, je ne le fais pas.
En général, au début, il y a des caïds qui essaient d’occuper tout l’espace. Puis cela se régule assez bien.

N’est-il pas pour autant nécessaire de mettre en place un cadre rigoureux ?
Pour que l’on puisse s’entendre, il est indispensable en effet d’organiser la parole. Il faut donc qu’il y ait un cadre, une loi, gage du respect de la parole de l’autre. Et que celle-ci soit inscrite. Tel est le sens de ce que, en pédagogie institutionnelle, on appelle le « conseil » dont ma pratique s’inspire. Ce conseil, un temps de parole limité, placé au début de chaque heure de vie de classe, suppose l’instauration de règles très précises : s’installer en cercle, s’inscrire pour prendre la parole, ne pas se moquer, ne pas se répondre l’un à l’autre, etc.

Peut-on se lancer seul dans une telle expérience ?
Il me paraît difficile de mettre en place seul un lieu de parole dans la classe si l’on n’a pas un lieu de parole pour soi. Mais cette démarche vaut sans doute pour toute pédagogie en général. À partir du moment où l’on s’inscrit dans un acte pédagogique, il faudrait pouvoir réfléchir à sa pratique avec d’autres. Se confronter seul à la parole des élèves, c’est difficile, car cela peut être aussi un lieu de manipulation.
Cela dit, les enseignants qui ne se sentiraient pas bien armés pour instituer ce temps de parole spécifique peuvent s’en dispenser. L’heure de vie de classe est aussi l’occasion de nombreuses activités. Mais avec toujours le même enjeu : que chacun trouve sa place, pas seulement pour une question de bien-être mais pour permettre la mise au travail. Car l’heure de vie de classe est toujours articulée avec les apprentissages.

Pour beaucoup, cette relation de l’heure de vie de classe avec les apprentissages n’est pas évidente...
On est à l’école pour apprendre. Mais certains voudraient opposer le pédagogique au savoir. Or, la visée du pédagogue est de vouloir que tous les élèves puissent se mettre au travail, pas seulement ceux qui écoutent le prof. Tel est l’enjeu de l’heure de vie de classe : faire en sorte que chacun trouve sa place à l’école et réussisse ainsi à entrer dans les apprentissages. Si l’élève n’existe pas, s’il ne peut pas être là, il ne peut pas apprendre.

Comment les autres enseignants peuvent-ils participer au travail mené durant l’heure de vie de classe ?
C’est difficile car les enseignants d’une même classe n’étant jamais tous libres au même moment, ils ont du mal à se rencontrer, voire éventuellement à intervenir ensemble sur l’heure de vie de classe. Certains établissements offrent la possibilité d’aligner les horaires, mais à titre expérimental. Ou alors ce sont les élèves qui font le lien entre les professeurs en évoquant ce qui se dit en heure de vie de classe.

Au niveau d’un établissement, est-il concevable que les enseignants qui pilotent les heures de vie de classe aient un projet commun ?
Cela doit pouvoir se faire. J’ai connu un chef d’établissement qui proposait des demi-journées banalisées. Un groupe a alors travaillé toute l’année sur l’heure de vie de classe.
Dans un autre, une aide négociée est l’occasion de faire du lien entre les pratiques et de donner du sens à l’heure de vie de classe dans l’établissement. L’heure de vie de classe permet ainsi à des professeurs de disciplines différentes, de niveaux différents, de travailler ensemble, de faire du lien, de la médiation... Elle n’a pas des effets que sur les élèves mais aussi sur les profs.

Un des effets n’est-il pas de déplacer le rôle de professeur ?
À partir du moment où le maître n’est plus au tableau, la craie à la main, qu’il se met au même niveau que ses élèves dans le cercle et se contraint à l’inscription pour prendre la parole, cela varie indéniablement sa posture. Ce déplacement peut n’être que bénéfique car le maître, dans sa toute-puissance, a tendance à trop parler. Là, il se met en position d’écoute.
La vision même du métier, la relation à l’élève s’en trouvent changées, tout comme la question de l’évaluation, davantage appréhendée dans sa dimension formative.

Si l’on donne la parole aux élèves mais que cette parole ne trouve pas de réponse au sein de l’établissement, n’y a-t-il pas un risque de démobilisation des élèves ?
C’est poser la question du pouvoir et du politique. Certes, les élèves ne décident pas pour l’institution-collège. Mais ils ont la possibilité de faire bouger des choses pour la classe. Alors, on peut imaginer qu’ayant eu prise à un moment donné sur les évolutions, ils se souviendront par la suite de cette expérience et seront davantage impliqués dans leur vie citoyenne.

Est-ce que l’heure de vie de classe a toujours des effets ?
Oui, je pense.

Sont-ils toujours positifs ?
C’est difficile à dire. En troisième, le travail sur l’orientation a toujours des effets tangibles, sur le comportement comme sur le travail quand l’élève s’approprie son projet d’orientation. Les effets dans et sur le groupe sont certains même s’ils ne sont ni immédiats ni toujours maîtrisables. J’ai ainsi vu des élèves, suite à une heure de vie de classe, mettre en place un système d’entraide et revoir le plan de classe. Ils ont proposé que le meilleur élève de la classe se mette à côté de celui qui pose problème et lui serve de tuteur. Cette proposition, articulée à d’autres décisions mises en place pour cet élève – car il n’y a jamais une solution magique –, a eu des effets positifs.

Comment expliquez-vous les réticences dont l’heure de vie de classe est l’objet ?
C’est une question complexe. L’heure de vie de classe pose la question de la construction des savoirs et de la place que le sujet y tient. Certains voient le savoir comme quelque chose d’immanent. C’est une belle lumière qui irradie, à charge au professeur d’allumer cette lumière, de délivrer le savoir aux élèves qui sortent émancipés.
Et puis, il y a ceux qui considèrent que le savoir se construit, que pour apprendre il faut des conditions, qu’il y a besoin d’un accompagnement, qu’il ne suffit pas d’allumer la lumière. Ceux-là, qui s’inscrivent dans une tradition pédagogique, sont les tenants de l’heure de vie de classe alors que les autres la jugent souvent inutile.

Propos recueillis par Claire Lafage et Isabelle Sébert


À lire

- L’heure de vie de classe en troisième, Arnaud Dubois et Muriel Wehrung. L’expérience de deux enseignants qui co-animent une heure de vie de classe dans un collège d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) classé en ZEP en s’appuyant sur un « conseil » au sens de la pédagogie institutionnelle. Mission Valorisation des innovations pédagogiques de l’académie de Créteil.
www.ac-creteil.fr/

- Professeur principal. Animer les heures de vie de classe. Arnaud Dubois, Muriel Wehrung. CRDP de l'académie d'Amiens/ CRAP-cahiers pédagogiques, 2004.


Entretien avec Daniel Mercier, co-psy, formateur

Daniel Mercier est formateur Dafpi (Délégation académique à la formation des personnels et à l’innovation) dans l’académie de Montpellier. Avec sa collègue Marie Pantallazzi, il a animé, pendant l’année scolaire 2001-2002, une formation longue autour de l’heure de vie de classe qui réunissait huit enseignants. Ce stage a donné lieu à la rédaction d’une brochure qui relate par le menu ce travail collectif (voir référence à la suite de l’entretien).

Qu’offre l’heure de vie de classe que ne permet pas un cours « normal » ?
L’heure de vie de classe nous paraît offrir un cadre propice au développement de pratiques, difficiles à mettre en place par ailleurs, comme l’expression individuelle, et surtout collective, des élèves, comme le travail de régulation du groupe et de la classe. À la différence des cours traditionnels, elle permet également d’aborder tout ce qui concerne la vie institutionnelle, le conseil de classe, le rôle des délégués, et de traiter de la question de l’orientation sur le long terme et pas au seul moment des échéances.
Au-delà, l’heure de vie de classe apparaît comme un lieu de médiation entre les exigences de l’institution et le monde de l’adolescence, entre les contraintes du groupe et les aspirations de l’individu. En effet, ce n’est pas seulement à l’individu d’aller vers l’institution mais aussi à l’institution d’aller vers l’individu.


Quelle est sa finalité ?
Aider aux apprentissages, approfondir la socialisation, en éduquant à la parole, à la démocratie, à la régulation des conflits...

Qu’est-ce qui a justifié la mise en place exceptionnelle d’une formation longue sur l’heure de vie de classe ?
Les enseignants impliqués, une équipe de huit dont un CPE, ont exprimé le besoin d’être davantage accompagnés dans leur mise en place de l’heure de vie de classe. Et pour ce faire, la formation classique de deux fois deux jours nous a paru insuffisante. D’où l’élaboration de cette formule atypique qui fait suivre le stage classique de sept jours d’accompagnement.

Qu’apportaient de plus ces sept jours d’accompagnement ?
L’intérêt était de se lancer ensemble dans l’expérience. Lors de ces séances supplémentaires, on analysait l’heure de vie de classe que ces enseignants avaient animée dans leur établissement pour pouvoir construire la séance suivante.

N’était-ce pas là une sorte d’heure de vie de classe pour les enseignants ?
Tout à fait. Et d’ailleurs, je me demande si l’on peut animer une heure de vie de classe dans un établissement sans mettre en place un semblant d’heure de vie de l’équipe enseignante. Les témoignages des participants à cette formation vont beaucoup dans ce sens. Pour eux, si le groupe n’avait pas été là pour les épauler, les encourager, peut-être ne seraient-ils pas allés jusqu’au bout de l’expérience.

Avoir un groupe d’accompagnement vous paraît donc une condition nécessaire pour mener à bien une heure de vie de classe ?
Je suis convaincu que ce dispositif ne pourra pas prendre sa véritable dimension si les équipes ne sont pas accompagnées de manière conséquente. Mais cela ne vaut pas uniquement pour l’heure de vie de classe.

Qu’est-ce qui anime votre conviction ?
Ce qui est en jeu dans l’heure de vie de classe investit en permanence la pratique professionnelle. Et c’est là sans doute l’élément le plus important. Ce dispositif amène à réfléchir sur la dimension relationnelle du métier d’enseignant, à travailler l’animation de groupe. Aujourd’hui, si l’enseignant n’a pas ces compétences-là, il me paraît difficile qu’il assume bien sa tâche. Cet aspect est parfois dénié alors que l’enseignant y est confronté au quotidien. D’où l’intérêt d’avoir une pratique réfléchie et analysée.

Quel était concrètement le contenu de la formation ?
Des temps de restitution, d’échanges, d’analyse, où l’on travaillait de manière approfondie sur une situation. On faisait du « sur-mesure » par rapport à telle ou telle question. Il y avait également des moments relativement brefs d’éclairage théorique si nécessaire. Et puis, on construisait les séances à venir : les contenus, le déroulement, l’élaboration d’une méthodologie et de fiches-actions qui servaient de support.

Pensez-vous que cette expérience soit transférable ?
Tout à fait. Les dispositifs de formation auraient tout intérêt à s’inspirer de ce modèle : arriver à lier des temps de formation et des temps d’accompagnement un peu conséquents. C’est la seule manière de travailler avec une réelle efficacité.

Vous êtes aussi co-psy. Le co-psy n’aurait-il pas un rôle particulier à jouer dans la mesure où, extérieur à la classe, à la différence des professeurs principaux, il n’est pas juge et partie ?
Le professeur principal a la responsabilité de l’animation de l’heure de vie de classe mais cela ne veut pas dire qu’il anime toutes les séances. Il y a effectivement une ambiguïté dans la fonction de professeur principal mais, en tant que tel, il est aussi chargé de la gestion du groupe-classe et de la relation avec les autres membres de l’équipe, de l’administration. Dans sa fonction, il y a aussi un rôle de médiation qui est l’un des plus importants. L’animation de l’heure de vie de classe suppose qu’il change de posture, mais c’est vrai pour tous les enseignants. Quant au co-psy, s’il a les capacités pour assurer le travail, il n’en a pas les possibilités matérielles car il a souvent 1 500 élèves en charge. Le CPE est davantage dans l’établissement et intervient volontiers sur les problèmes de régulation, les dysfonctionnements et aussi le rôle des délégués. Certains demandent ainsi une implication plus régulière dans le dispositif de l’heure de vie de classe.

Peut-on attendre des élèves qu’ils s’investissent spontanément dans l’heure de vie de classe ?
Les élèves ont à faire l’apprentissage de leur vie de classe. Ils ne sont pas spontanément prêts à fonctionner dans cet esprit parce que le système ne les incite pas à s’exposer, à prendre la parole, à s’engager, à dire ce qu’ils pensent. Souvent, on entend dire de manière un peu hypocrite que l’heure de vie de classe, c’est le problème des élèves et que l’on n’a pas à intervenir. Position qui aboutit à ce que rien ne se fasse ou très mal.
Autre remarque récurrente : les élèves ne seraient pas demandeurs. Effectivement, le consumérisme étant ce qu’il est à l’école, de telles pratiques ne recueillent pas spontanément les suffrages des élèves. Mais, en tant qu’éducateur, on a la responsabilité du bon fonctionnement de la vie de la classe, qui suppose que les élèves apprennent à tenir leur place, à exprimer leurs idées, à s’écouter, à argumenter. On ne peut pas lancer aux élèves « Exprimez-vous, débrouillez-vous » sans créer les conditions pour qu’ils puissent le faire.

Et au final, quel est le bilan ?
Il est très positif. En général, les élèves en redemandent. Quand le dispositif est mis en place avec sérieux et de manière stricte, l’heure de vie de classe répond à un besoin important et plus on est rigoureux sur le cadre, plus on peut laisser les élèves s’exprimer librement. D’où la nécessité d’une formation.

Propos recueillis par Claire Lafage et Isabelle Sébert


À lire
Recherche-action heure de vie de classe (PDF, 270 ko)
http://dafpi.ac-montpellier.fr/
Le travail collectif d’enseignants (collèges et lycées) de l’académie de Montpellier, engagés dans une formation longue sur l’heure de vie de classe, animée par Daniel Mercier. Un document d’un grand intérêt pour la réflexion, l’analyse des pratiques, les témoignages, le descriptif détaillé de séances. Mission Innovation de l’académie de Montpellier.

www.eduscol.education.fr/

Guide pratique
Quand mettre en place une heure de vie de classe ? Qui doit l'animer ? Comment organiser la séance ? Avec quels contenus ? Autant de questions que se sont posés les enseignants déjà engagés dans « l'aventure ». C'est à partir de leurs suggestions, de leurs réflexions, que nous avons construit ce guide pratique où chacun puisera selon ses attentes et ses interrogations.


Qui anime l'heure de vie de classe ?
Les textes officiels le stipulent clairement1. Si l'heure de vie de classe est placée sous la responsabilité du professeur principal (ou du CPE au lycée), il n'est pas le seul à pouvoir l'animer. Sont également susceptibles d'intervenir :
- les autres enseignants,
- le CPE,
- le co-psy (indispensable pour parler d'orientation),
- le documentaliste,
- les personnels de santé,
- l'assistante sociale,
- et aussi, ponctuellement, des intervenants extérieurs selon le thème abordé.

Au lycée, l'heure de vie de classe peut être animée par des élèves.

La présence d’un deuxième adulte s'avère tout à fait positive, ne serait-ce que pour faciliter le débat, le relancer, le recentrer. Un adulte non enseignant apporte, lui, une autre relation aux élèves, un éclairage différent.
« L'animation à plusieurs me paraît fondamentale et les élèves la réclament pour diversifier les échanges et prendre de la distance par rapport à l'investissement affectif de ces séances. » (Recherche-action heure de vie de classe)

Le rôle de l'animateur

– Être garant des règles et de l’autorité. Il ne doit pas laisser dire n’importe quoi, être clair sur les attentes.
– Savoir écouter ce que tous les élèves ont à dire, sans forcément le commenter ou y répondre. Il est important à ce propos de veiller à n'exclure personne. « Ainsi, si un élève se marginalise, il est utile de lui demander quand même son opinion et, le cas échéant, de lui faire prononcer son refus de participation. »
– Savoir s’effacer pour atténuer son rôle de professeur, souvent de professeur principal, et donner ainsi aux élèves l’occasion de s’exprimer le plus librement possible.
– Guider les échanges, aider à reformuler le questionnement ou les critiques des élèves. L'animateur joue le rôle de médiateur en faisant en sorte que les préconisations, les avis émergent d'une prise de décision collective.
– Connaître sa marge de manœuvre  : il doit savoir que l'on ne peut apporter de résolution à toutes les questions soulevées par les élèves. L'essentiel est qu'ils aient été entendus.
– Ne pas sortir de ses attributions : il ne doit pas « jouer au psy », sauf s'il possède une compétence en ce domaine. Ne pas oublier que le but est la régulation de l’ensemble et non de cas individuels.

« Le professeur animateur de l'heure de vie, n'est pas, comme le voient parfois les élèves, une sorte de magicien capable de tout résoudre. Il ne doit, en aucun cas, donner à tout prix une solution aux problèmes posés. Le principal danger, dans cette situation, serait d'essayer de se mettre à la place des élèves ou encore de chercher une complicité. Si nous ne sommes plus professeur à cet instant, nous n'en restons pas moins adulte référent. » A. Salzemann (CEPEC, Inspection académique 94)
On le voit, animer n'est pas enseigner. Pour mieux maîtriser cette pratique, certains préconisent le passage par une formation ou la participation à un groupe de travail. (Voir Expériences, témoignages).
À quel moment ?
Au collège :« Une heure est inscrite à l'emploi du temps des élèves pour la vie de la classe, en moyenne tous les quinze jours, de la 6e à la 3e » (B.O.).

Au lycée : « Les heures de vie de classe sont inscrites à l'emploi du temps de tous les élèves. Si la fréquence et les modalités d'organisation peuvent être variables selon les établissements, elles doivent cependant avoir lieu au minimum tous les mois.» (B.O.).

À partir de là, deux possibilités sont ouvertes :
- la régularité (une fois par quinzaine au collège, tous les mois au lycée) qui fait que l'heure est attendue et s'installe dans les esprits. C'est la solution adoptée par la plupart des établissements ;
- la souplesse, en concentrant les séquences réservées à l'heure de vie de classe à des moments précis de l'année (début de sixième pour l'entrée au collège ou avant un conseil de classe ou pour pouvoir répondre à des demandes d'élèves, de professeurs, d'autres membres de la communauté éducative).

Attention cependant à ce qu'une heure de vie de classe, convoquée de manière exceptionnelle, suite à un événement particulier (problème de discipline par exemple), ne se transforme pas en mini-tribunal.

Quel que soit le mode choisi, il paraît essentiel, pour un bon fonctionnement, que ces heures soient inscrites dans l'emploi du temps des élèves et du professeur principal et qu'elles bénéficient d'une reconnaissance officielle au sein de l'établissement.
Dans quel lieu ?
L'idéal est que l'heure de vie de classe puisse se tenir dans une lieu différent de la salle de classe (foyer, CDI, salle audiovisuelle, salle de langues). Cela pour éviter que les élèves et les professeurs se retrouvent dans la même situation et/ou position qu'en cours. De la même manière, salle de classe ou pas, on disposera différemment tables et chaises (en U, en cercle, voire chaises seules). Dans le cas d'un travail en groupes, il est préférable de les séparer physiquement dans la salle.
« Toutes ces dispositions ont une valeur symbolique essentielle : mettre en place un cadre où élèves et professeurs sont des sujets égaux en parole (ce qui n'est pas le cas en classe) » (« L'heure de vie de classe : un possible dialogue ? Impossible dialogue ? »).
Si l'on choisit une disposition des tables ou des chaises en cercle, l'enseignant peut alors s’asseoir parmi les élèves et non à son bureau ni sur l’estrade.
Selon quelles règles ?
L'heure de vie de classe doit « permettre une prise de parole des élèves et un dialogue avec un ou plusieurs adultes », indique le B.O. Une pratique qui ne s'improvise pas et exige l'instauration préalable d'un cadre et de règles précises permettant d'établir un climat de confiance et de favoriser la bonne circulation de la parole. Dans la mesure du possible, il revient au professeur principal de les fixer et de vérifier leur application. Leur élaboration peut faire l'objet d’un travail avec les élèves, l’enseignant pourra leur faire écrire et signer. Ces règles peuvent alors constituer une charte de l'heure de vie de classe.

Règles pour favoriser la prise de parole

- Le respect  : écouter celui qui parle, ne pas juger, ne pas se moquer, utiliser un langage correct, ne pas monopoliser la parole, ne parler qu'en son nom, rapporter des faits, .... Élèves comme professeurs peuvent s'inscrire pour demander la parole. On peut aussi demander que chaque orateur se lève pour parler.

- La confidentialité : les propos tenus en heure de vie de classe ne sont pas rapportés au dehors. Seule exception : si ces séances font apparaître des faits graves (maltraitance, idées de suicide…), ils doivent être communiqués.

- La liberté : parler n'est pas une obligation. Même si tout le monde doit pouvoir le faire. À l'animateur de veiller à ce que les élèves timides parviennent à s'exprimer.

- La modération (ou discrétion) : les élèves doivent se garder de dénoncer un comportement, une attitude, une parole, un geste, de leurs camarades comme de leurs professeurs. Cette règle est aussi à respecter de la part des professeurs envers les élèves et les collègues de travail.


Marie Legrand, professeur de lettres, dans un article paru dans la revue Argos (n° 26, déc. 2000) parle de la mise en place d'un « cérémonial qui rend la parole importante, reconnue, écoutée. Les intervenants se sentent investis du pouvoir de parole, mais aussi protégés. Ils donnent leur avis sans crainte d'être coupés ou contredits dès le premier mot, ce qui les amène à argumenter, à essayer de convaincre, chacun parle en « je » et s'engage devant le groupe. Ce cérémonial développe la qualité de l'écoute et endigue la précipitation ou les interventions à voix multiples... »

Pour faire respecter les règles, il est conseillé de désigner parmi
les élèves :
- un président de séance, qui distribue la parole ;
- un secrétaire de séance, qui inscrit les noms de ceux qui demandent la parole, prend en note les avis proposés, les résolutions adoptées ;
- un « gardien du temps », qui gère la répartition et la durée de la parole pour éviter des bavardages intempestifs.

On peut aussi ouvrir un temps de parole en mettant en place un « conseil », au sens de la pédagogie institutionnelle. Il s'organise selon une forme précise. Le groupe s'installe en cercle. Avant de commencer, on désigne un gardien de l'heure. Le conseil est soutenu par une loi : pour prendre la parole, il faut s'inscrire auprès du président de séance ; le dialogue direct et les moqueries sont interdites ; le temps du conseil est limité ; ce qui s'y dit ne peut être répété ailleurs. Ce n'est donc pas un lieu de débat mais « d'émergence d'une parole entendue par le groupe ».

Que faire en cas de mise en cause d'un collègue ?

Il peut arriver qu'au cours d'une heure de vie de classe, un collègue soit mis en cause par les élèves. Comment réagir ?
L’animateur ne peut laisser dire n’importe quoi et doit rester intransigeant sur certains points. Bien souligner que l’heure de vie de classe n’est pas le bureau des doléances infondées et surtout pas l’endroit où l’on puisse attaquer un enseignant avec l’aval d’un autre. Cela dit, refuser complètement d’entendre, risque de rompre la confiance. À l'inverse, une écoute trop complaisante peut être interprétée comme un accord. Il s’agit donc d’être très vigilant, de rester le plus neutre possible, d’amener les élèves à réfléchir à leur propre comportement, de leur faire reformuler la plainte en une phrase acceptable par tous et élaborée en commun, éventuellement en sollicitant la position de chacun.
Ensuite, on peut : 
- intervenir directement auprès du collègue concerné, avec diplomatie bien sûr et en protégeant aussi ses « sources » ;
- orienter les élèves vers une prise en charge de leurs problèmes en renvoyant les élèves (voire les délégués) vers le collègue mis en cause afin qu'ils règlent eux-mêmes leur différend. Leur expliquer comment présenter leur souci au professeur, sans agressivité, avec la volonté d’améliorer le travail ;
- inviter le collègue pendant l’heure de vie de classe. Il est nécessaire que le professeur principal ou le secrétaire de séance reprécise oralement, pour clore la discussion, les décisions prises pour améliorer la situation.

Il peut y avoir une solution encore plus radicale qui interdit toute mise en accusation des absents (élèves comme professeurs).
Avec quels contenus ?
Que fait-on en heure de vie de classe ? De quoi va-t-on parler ? Inquiétudes récurrentes !
De fait, les textes suggèrent un cadre, un contenant plus que des contenus.
Au collège, les objectifs sont cependant définis :
« – Aborder des questions qui ne peuvent trouver leur place dans les cours ; problèmes d'actualité, de société, de citoyenneté, de vie au collège.
 – Prévenir les problèmes de comportement.
 – Éduquer au respect des autres, à la maîtrise de l'écoute des autres, apprendre à articuler les arguments.
 – Dialoguer sur le règlement intérieur et élaborer une charte des droits et devoirs au collège et/ou dans la classe. »
Et un incontournable, en troisième, l'éducation à l'orientation.

Au lycée, il est juste précisé que l'heure de vie de classe doit permettre « un dialogue permanent sur toute question liée à la vie de classe, à la vie scolaire ou tout autre sujet intéressant les lycéens ».
À partir de là, il s'avère important de construire un projet sur l'année et d'éviter des séances fourre-tout en préparant chacune d'elles.
Préparation
Rencontrer les enseignants qui animent la vie de classe d’un même niveau peut permettre de préparer les contenus tout au long de l’année, de partager les expériences (positives et négatives) et les idées de débat, de mettre en commun des fiches et des supports de travail.

Thèmes possibles :
- Problèmes relationnels : élèves-profs, élèves-élèves, élèves-parents, régulation des conflits, des difficultés.
- Incivilités, violences, citoyenneté, socialisation (travail sur la loi, le règlement intérieur, droits et devoirs des collégiens, lycéens, initiation au débat).
- Réflexion sur le travail, le sens de l’école.
- Méthodologie : organisation du travail, cartables, emploi du temps, aide méthodologique… (surtout pour les petites classes), recherche d’autonomie.
- Santé, information sur les conduites à risque avec des professionnels extérieurs : sur ces points, il faut prendre en compte les questions et pudeurs des adolescents qui, s’ils veulent en parler, rechignent souvent à le faire avec un adulte qu’ils connaissent. Un intervenant extérieur qualifié est donc bienvenu. Éducation à la solidarité, éducation aux médias.
- Connaissance de soi.
- Orientation, projet personnel, projet professionnel (préparation des découvertes des entreprises et journées portes ouvertes en lycée pour l’orientation).
- Élection des délégués, préparation du conseil de classe.
Passer par l'écrit
Le passage par l'écrit permet de lutter contre le bavardage et d'offrir un temps de réflexion individuelle. Que ce soit pour lancer un débat, pour faire réfléchir un groupe sur des problèmes donnés ou pour préparer un conseil de classe, il peut s’avérer très utile d’utiliser des supports papier (fiches à remplir, images, articles,...) comme bases de travail.
Ils aideront les élèves à entrer dans le sujet prévu et laisseront une trace écrite de ce qui a été dit et fait.

Pour élaborer ses contenus, trouver des thèmes, construire une progression, on consultera utilement :
la brochure Recherche-action heure de vie de classe (PDF, 270 ko). Avec un descriptif très détaillé de séances et d'outils présentés sous forme de fiches pour aider à la mise en œuvre de l'heure de vie de classe (collège et lycée) ;
http://dafpi.ac-montpellier.fr/
- le document mis en ligne par Olivier Kopferschmitt et Viviane Wadier L'heure de vie de classe en seconde, lycée Frédéric-Chopin, à Nancy sans oublier Les trois annexes (PDF, 280 ko) (exemples d'utilisation) ;
www.ac-nancy-metz.fr/
– la fiche Fonctions et objectifs de l'heure de vie de classe sur le site du Cepec (Centre d'études pédagogiques pour l'expérimentation et le conseil). Extrait de Points de repère pour le lycée - Les heures de vie de classe, éd. Cepec).
www.cepec.org/

On pourra aussi se référer aux ouvrages suivants :
- Professeur principal. Animer les heures de vie de classe. Arnaud Dubois, Muriel Wehrung. CRDP de l'académie d'Amiens, 2004.
- Heures de vie de classe. Concevoir et animer, Xavier Papillon, Gilles Grosson. Chronique sociale, 2001.
- L'Heure de vie de classe en lycée professionnel, équipe rénovation de la voie professionnelle. CRDP de la région Centre, 2001.
Organiser la séance
Un ordre du jour établi en début de séance aidera à conduire l'heure de vie de classe. Cela permet à chacun de préparer son intervention et de mieux s’inscrire dans le débat collectif.
On peut aussi mettre à la disposition des élèves un cahier de « libre expression », où chacun peut faire part de ses soucis, de ses difficultés, de ses idées.
Après un temps d'échange collectif, on peut engager des travaux de réflexion par petits groupesde 5-6 élèves dont un rapporteur. Leur mise en commun doit mener à la prise de décisions non imposées mais discutées et négociées.
Les avis et les résolutions peuvent être votés à bulletin secret ou à main levée.
Conserver une trace
Chaque heure de vie de classe fait l’objet d’un compte rendu succinct (ordre du jour, problèmes, thèmes, avis, résolutions) rédigé par les élèves (en commun par la classe ou bien en groupes), avec l’aide des adultes présents. Ce texte est destiné à tous les élèves (y compris les absents) et les membres de l'équipe éducative. Il peut être soumis à validation des présents.
Les comptes rendus et autres traces écrites des séances peuvent être consignés dans un cahier réservé à l'heure de vie de classe. Cette trace s'avère également importante pour les enseignants impliqués afin qu'ils puissent mener une réflexion sur les enjeux, leurs pratiques et revenir sur le déroulement.

Guide réalisé à partir des ouvrages et documents présentés dans la partieRessources.


Ressources
Sur le Net
CHAMBAULT  Annick  ; GOUZE  Bernard  ; PHILIPPE  Christine 
L'heure de vie de classe : un possible dialogue ? Impossible dialogue
Web (PDF, 55 ko) www.ac-reims.fr/
Les questionnements et les réponses d’enseignants engagés dans une formation autour de l'HVC. Une approche très vivante et pratique de l'heure de vie de classe. Lycée Bouchardon, Reims. Mission Innovation de l'académie de Reims.

DUBOIS  Arnaud  ; WEHRUNG  Muriel 
L'heure de vie de classe en troisième
Web  www.ac-creteil.fr/
L'expérience de deux enseignants qui co-animent une heure de vie de classe dans un collège classé ZEP d'Aulnay-sous-Bois (93) en s'appuyant sur un « conseil » au sens de la pédagogie institutionnelle. Mission Innovation de l'académie de Créteil.

KOPFERSCHMITT  Olivier 
L'heure de vie de classe en seconde
Web  www.ac-nancy-metz.fr/
La mise en place d'une heure de vie de classe en seconde au lycée Frédéric-Chopin de Nancy. Les thèmes, les procédures, les effets sur les élèves et l'établissement, des exemples d'organisation de séances.

LEGRAND  Marie 
La vie de classe ou l'apprentissage de la vie
Web (PDF, 170 ko) www.ac-creteil.fr/
Argos, décembre 2000.

PÉRÉ  Pierre  ; SUCHAUT  Bruno 
Enquête sur l'heure de vie de classe
Web (PDF, 58 ko) www.dijon.iufm.fr/
Le contexte institutionnel de la mise en place de l'heure de vie de classe confronté aux réalités de la pratique. Une enquête pleine d'enseignements réalisée auprès des établissements de l'académie de Dijon.

POULLAOUEC  Jacques 
Vie de classe : apprentissage au débat et à la démocratie ?
Web  http://cpe.paris.iufm.fr/
La réflexion nourrie d'un CPE suite à sa participation à des heures de vie de classe.

PRONINE  Maroussia 
L'heure de vie de classe
Web  http://cpe.paris.iufm.fr/
Fiche sur le site des conseillers pédagogiques de l'IUFM de Paris.

SALZEMANN  A. 
Les heures de vie de classe, pour quoi faire et comment ?
Web  www.ac-creteil.fr/
Sur le site de l'Inspection académique du Val-de-Marne.

L'heure de vie de classe
Web  www.ac-amiens.fr/
Fiche du « Dossier du professeur principal » sur le site de l'académie d'Amiens.

L'heure de vie de classe
Web  www.ac-poitiers.fr/[Consulté le 15-10-2004].
Fiche synthétique (les buts, les thèmes, la fréquence, les suites), lycée Paul-Guérin de Niort (79).

La prise de parole de l'élève en heure de vie de classe
Web  www.ac-creteil.fr/
Fiche réalisée par la mission « Collège » de l'académie de Créteil

Recherche-action "Heure de vie de classe"
Web (PDF 269 ko) www.ac-montpellier.fr/
Un important travail collectif d'enseignants (collèges et lycées) de l'académie de Montpellier, engagés dans une formation longue sur l'heure de vie de classe. Un document d'un grand intérêt pour sa réflexion, l'analyse des pratiques, les témoignages. Avec le descriptif détaillé de séances et des fiches-action. Une réalisation de la mission Innovation.

Mon journal de sixième
Ministère de l'Éducation nationale SCÉRÉN-CNDP
Un exemple intéressant de support d’heure de vie de classe : il appartient à l’élève et lui permet de garder des traces de son travail. Fichiers en ligne.
Publications
Ouvrages
DUBOIS  Arnaud  ; WEHRUNG  Muriel 
Professeur principal. Animer l'heure de vie de classe
CRDP de l'académie d'Amiens/ CRAP-Cahiers pédagogiques, 2004. (Collection « Repères pour agir »).
Un ouvrage pour soutenir la mise en œuvre de l'heure de vie de classe. Une bonne articulation entre la réflexion sur les enjeux et des propositions d'activités détaillées (mobiliser l'élève sur son travail personnel, les relations avec les familles, aborder les situations conflictuelles,...). 14 EUR.
Lire la présentationhttp://crdp.ac-amiens.fr/

GOUZE  Bernard 
La Parole des lycéens
Une expérience de groupe de parole
CRDP de Champagne-Ardennes, 2002.
Comment la mise en place d'un groupe de parole dans un lycée permet d'intégrer dans l'institution scolaire la dimension singulière de chaque élève et rendre les lycéens davantage acteurs dans leur établissement. La nécessité de développer une déontologie de la parole au sein d'un dispositif précis (transférable au collège). 15,50 EUR.
Voir le sommairewww.crdp-reims.fr/, lire des extraits (chapitre VIII : « Un groupe de parole en pratique »).

PAPILLON  Xavier  ; GROSSON  Gilles 
Heures de vie de classe. Concevoir et animer
Chronique sociale, 2001. (Collection Pédagogie-formation).
Un guide pratique pour faire de l'heure de vie de classe un lieu d'instruction, d'éducation et de formation des élèves. Des éléments pour organiser l'heure de vie de classe autour de contenus et à partir d'un cadre précis. L'accent est mis sur la dimension institutionnelle, sociale et relationnelle de la vie de la classe. Avec fiches méthodologiques. 15 EUR.

ÉQUIPE RÉNOVATION DE LA VOIE PROFESSIONNELLE   
L'Heure de vie de classe en lycée professionnel (vol. 1)
CRDP de la région Centre, 2001.
Fruit d'une expérience conduite dans un LP de Châteaudun. « Comment faire de la classe un lieu de vie, condition sine qua non du développement des apprentissages ». Un court mais tonique éclairage théorique livre les finalités éducatives de l'heure de vie de classe et énonce les principes méthodologiques. L'essentiel du livre est consacré à un descriptif fiche par fiche des activités menées. 11 EUR

ÉQUIPE RÉNOVATION DE LA VOIE PROFESSIONNELLE   
L'Heure de vie de classe en lycée professionnel (vol. 2)
CRDP de la région Centre, 2004.
Lire la notice
En savoir plus(www.ac-orleans-tours.fr/) sur ces publications. 11 EUR.

CEPEC (CENTRE D'ÉTUDES PÉDAGOGIQUES POUR L'EXPÉRIMENTATION ET LE CONSEIL)   
Les Heures de vie de classe
CEPEC, Craponne (69), 2003.
L'heure de vie de classe comme un outil de développement de la vie scolaire, ses différentes dimensions (sociale, pédagogique, personnelle), ses objectifs, ses modalités avec 11 fiches-outils. 7 EUR.
Voir le sommaire(www.cepec.org/), lire des extraits.

Brochure
L'heure de vie de classe pourquoi ?
AROEVEN de l'académie de Versailles, mai 2003,
Un petit recueil de fiches méthodologiques pour organiser et animer l'heure de vie de classe. 5 EUR.
Lire le sommairewww.ac-versailles.fr/

© SCÉRÉN - CNDP
Créé en octobre 2004. Actualisé en janvier 2006 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.