Éduquer contre le racisme
Un exercice difficile 
 


 

Un exercice difficile

Questions à Jacqueline Costa-Lascoux

Thèmes d'activités en classe

Ressources
 
Mis en ligne le 20 mars 2000

Le sondage de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l'homme), publié le 16 mars 2000, révélant une augmentation des attitudes racistes et xénophobes, la résurgence en Autriche d'un parti xénophobe, les scènes de ratonnade en Andalousie, sans oublier l'audience encore récente du Front national le rappellent avec insistance : le combat contre le racisme n'est jamais gagné. Les enseignants le savent bien qui n'ont, paraît-il, jamais été si nombreux à se mobiliser autour de la Semaine d'éducation contre le racisme (du 20 au 25 mars 2000). Il n'empêche qu'éduquer contre le racisme est un exercice difficile auquel le présent dossier voudrait apporter sa contribution à travers les réponses éclairantes de Jacqueline Costa-Lascoux, directrice de recherche au CNRS, quelques propositions d'activités en classe et un choix de ressources sur tout support.


Un exercice difficile
© BASE LINE
Que l'école ait en charge d'éduquer contre le racisme semble aller de soi. Difficile en effet d'imaginer une éducation civique qui ne prendrait pas en compte un phénomène menaçant la citoyenneté comme la démocratie. Pour autant, l'exercice, lui, ne va pas de soi. Tout d'abord parce que le racisme ne revêt pas une seule forme et que les discours qui lui sont opposés sont, eux aussi, multiples. Aujourd'hui, les sociologues parlent davantage d'un « néoracisme » qui s'est déplacé sur le terrain de la culture et de la religion, retournant l'argument du respect de la diversité culturelle pour revendiquer une identité culturelle déterminée une fois pour toutes. Attitude qui conduit tout droit au repli et au rejet... Autant dire que, pour le combattre, les cartes de la morale comme de la science ne sont plus efficaces. Faut-il dès lors en appeler à la richesse du multiculturalisme ou bien à l'unité du genre humain ?

Peut-on condamner un comportement sans stigmatiser des personnes, nouvelle source d'exclusion ? Interrogations parmi beaucoup d'autres… qui rendent délicat le combat contre le racisme. Sans compter que celui-ci renvoie aussi à la part intime de chacun, à notre rapport à l'autre, touche à nos peurs, nos frustrations. Heureusement, il y a déjà des faits simples à rappeler.

On peut aussi ne plus être raciste lorsqu'on l'a été
Par exemple, si tant de jeunes noirs américains sont bons au basket, ce n'est nullement grâce à une supposée prédisposition génétique, comme le rappelle Dominique Schnapper (dans « Questionner le racisme », page 21), mais par un phénomène social. Le basket est un sport peu onéreux, que l'on peut pratiquer dans la rue, ce qui le rend accessible à une population dont le niveau de vie est souvent inférieur à celui des autres Américains. Il est également un moyen efficace de promotion sociale. D'où son succès auprès des Afro-Américains. Il y a aussi à montrer, exemples historiques à l'appui, comment le racisme est incompatible avec l'exercice des droits et des libertés. À démonter le mécanisme si grossier du racisme qui généralise (« Tous les... sont des... ») et fige, refusant toute possibilité d'évolution. Il y a encore à s'appuyer sur le fait que les enfants ne sont nullement racistes et que l'école est l'un des rares lieux où se côtoient, échangent, apprennent à se connaître des jeunes de toutes les origines. Rappelons la formule célèbre « On ne naît pas raciste, on le devient », à laquelle Pierre-André Taguieff (dans « Le Racisme », page 88) ajoute fort à propos « et on peut aussi ne plus l'être, lorsqu'on l'a été ». Question d'éducation... toujours à recommencer.

Isabelle Sébert

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Créé en mars 2000. Actualisé le 25 janvier 2006 - Tous droits réservés. Limitation à l'usage non commercial, privé ou scolaire.