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Notre société est incapable de sauver la vie de ses enfants
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Né en 1966, Achero Mañas appartient à la jeune génération du cinéma espagnol. El Bola est son premier film.
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Quelle est la genèse de El Bola ?
 Achero Mañas |
En 1996, j'ai réalisé un premier court-métrage intitulé Metro, dans lequel j'essayais de décrire des situations vécues par les enfants des grandes villes. Un an plus tard, au printemps 1997, j'ai tourné un autre petit film qui montre l'ambiance des banlieues. Suite à cela, j'ai travaillé avec différents gamins de 11 à 13 ans - des enfants que je repérais dans la rue, dans les collèges et dans des centres d'accueil - qui répondaient aux mêmes critères. Tous vivaient dans des zones situées en banlieue, leurs familles appartenaient à la classe ouvrière et tous, d'une façon ou d'une autre, subissaient de véritables violences. Pour moi, le personnage d'El Bola est la somme de tous ces enfants que j'ai pu rencontrer.
Avez-vous choisi les décors en fonction de l'identité des personnages ? Oui. Les techniciens et moi-même avons recherché les différents espaces du film en pensant aux caractéristiques des personnages. Il s'agissait d'obtenir le climat et la qualité uniques que possèdent les lieux déjà habités. Nous avons dû parfois modifier les décors quand nous estimions que certains éléments pouvaient entrer en contradiction avec la cohérence des personnages et l'histoire elle-même. Ce travail de construction de l'espace s'est fait postérieurement au choix des comédiens. Ainsi la relation comédien-espace s'est établie facilement.
Comment s'est déroulé le tournage ? Nous avons beaucoup répété les scènes avant le début du tournage. Ce travail a eu lieu, à chaque fois que les conditions l'ont permis, dans les décors mêmes du film. Nous avons également essayé le plus possible de suivre l'ordre chronologique de l'histoire, pour aider les acteurs, surtout les enfants, à maintenir un rythme et une continuité dramatiques. En effet, dans un film comme celui-ci la conviction d'interprétation est indispensable. On a recherché, en outre, un réalisme proche du documentaire, de façon à ce que tout paraisse arriver spontanément.
Comment définiriez-vous votre film ? El Bola est un drame urbain qui pourrait se dérouler dans n'importe quelle ville de n'importe quel pays où règnent des inégalités économiques, sociales et culturelles. Le film est avant tout la vision d'un enfant qui découvre une infinité de sensations et d'expériences. Il éprouve fascination et joie devant ces nouveautés qui tranchent tant sur son quotidien horriblement triste. El Bola est aussi le dialogue face au silence, la défense d'idées novatrices et ouvertes face à d'autres qui, aujourd'hui encore, se prétendent inamovibles. Métaphoriquement, c'est la liberté face à la répression. Mais, par-dessus tout, il dénonce l'échec de notre société qui, malgré les efforts fournis pour résoudre les situations de maltraitance , est incapable de sauver la vie de ses propres enfants.
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