Les enfants handicapés et l'école
Du côté des maîtres 
 


 

Encourager l'intégration

Entretien avec Serge Lefèbvre

Du côté des maîtres

Guide pour l'enseignant

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Actualisé le 23 janvier 2006

L'intégration, oui, mais pas à n'importe quel prix
À l'école La Rotonde de Puteaux (92), Nathalie et Bénédicte travaillent ensemble sur deux classes, une CE2-CM1 et une CM1. Dans cette dernière, Franck, 9 ans, souffre de myopathie et ne se déplace qu'en fauteuil électrique.

« Les problèmes posés par la présence de Franck sont essentiellement d'ordre matériel et organisationnel. Une fois réglé l'équipement pratique (place dans la salle, disposition de la table), la classe se fait normalement. Mais il est vrai que l'école est équipée d'un ascenseur et que des emplois jeunes peuvent le prendre en charge dans ses déplacements. Reste à savoir si l'on pourra partir avec lui en classe transplantée.

Franck est un enfant qui compte pour les autres. Comme il est arrivé à l'école l'an dernier, l'essentiel du travail d'intégration s'est fait à ce moment-là. Au sein du conseil d'enfants, notamment, il a été expliqué à l'ensemble de l'école la nature de la maladie de Franck, les précautions à prendre, en quoi il était différent...
Ses camarades trouvent tout à fait naturel de lui chercher sa règle, de pousser son fauteuil, de l'aider à tartiner son pain. « On fait ce qu'il ne peut pas faire », disent-ils, sans tomber dans l'assistance pour autant. Cette année, il a été élu délégué de la classe.

La présence de Franck est source d'ouverture
Cependant, il est important de connaître les limites de son intégration. Exemple, le sport. Franck voulait en faire pour être avec ses copains. Mais après quelques tentatives d'adaptation (faire l'arbitre, courir avec son fauteuil) et quelques discussions, il a fini par décider d'aller à la bibliothèque. Être intégré ne signifie pas forcément faire comme tout le monde... Il faut aussi tenir compte de sa fatigue.
La présence de Franck est sans aucun doute source d'ouverture pour les autres, d'acceptation de la différence. Mais les choses seraient certainement plus difficiles avec un enfant présentant des troubles de la communication. Car alors le handicap est plus lourd à gérer.
En fait, l'intégration est un tout où interviennent l'ensemble des collègues, les enfants ainsi que l'élaboration d'un projet, les conditions d'accueil, l'accompagnement. Il ne faut pas, non plus, que la présence de l'enfant handicapé empiète sur la progression de l'ensemble de la classe. Enfin, il nous semble difficile d'imposer l'accueil d'un enfant handicapé à un enseignant qui ne se sentirait pas armé. L'intégration, oui, mais au cas par cas, et pas à n'importe quel prix. »

Accepter de se remettre en question
Mariem, petite fille malvoyante, suit une scolarité « normale » depuis le CP à l'école Aulagnier d'Asnières (92). Cette année, elle vient d'entrer en CE2, dans la classe de Monique.

« Mariem est bien sûr au premier rang. Elle a un pupitre sur sa table et une lampe, installée rien que pour elle. Elle dispose aussi depuis peu d'une loupe, car agrandir systématiquement les documents peut parfois en fausser les données. Au tableau, je veille à écrire plus gros et au milieu, ce qui, parfois, entraîne une gestion plus problématique. Mais ma tâche ne s'en trouve pas vraiment alourdie pour autant. Il faut simplement que je pense à intégrer sa déficience dans mon champ de pensée et à ajuster certains exercices. Un réflexe à prendre. De toute façon, aujourd'hui, les enfants ont des niveaux tellement différents. Il faut bien s'adapter.

Son voisin, un bon élève, lui sert de tuteur. Elle s'adresse plus volontiers à lui qu'à moi, car elle n'a pas trop envie que l'on remarque sa différence. Deux fois par semaine, une institutrice spécialisée vient à l'école et fait travailler Mariem avec d'autres élèves. Sa présence est importante pour la faire progresser, car elle comprend mieux ses difficultés et peut apporter des réponses spécifiques. Il y a aussi tout un service départemental de prise en charge des enfants déficients visuels qui intervient ponctuellement. L'ensemble de cet encadrement est un élément positif. Il faudrait le même dispositif pour les enfants aux difficultés sociales, familiales.

Une vraie chance pour Mariem
Si sa présence apprend aux autres enfants à se montrer tolérants, à jeter un autre regard sur la différence, pour Mariem, sa scolarisation dans une école ordinaire est une vraie chance. Cela l'aide, bien plus qu'en milieu protégé, à s'adapter à la réalité de la vie. Et même s'il faut accepter qu'elle fasse deux exercices au lieu de trois, qu'elle mette plus de temps, elle a tout à fait sa place dans l'école. Un handicap pas trop lourd n'empêche pas un enfant d'être brillant. Le fait que l'on s'intéresse à lui, qu'on lui apporte un soutien particulier, qu'on s'interroge sur ses échecs permet de rééquilibrer quelque peu le handicap. Par ailleurs, se poser des questions pour Mariem amène à s'en poser pour d'autres, à se remettre en question, à casser le « ronron ». Ce n'est jamais mauvais. Mais c'est vrai qu'une certaine ouverture d'esprit est nécessaire, tout comme l'acceptation du travail en équipe. »

Propos recueillis par Isabelle Sébert (septembre 1999)


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