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Actualisé le 23 janvier 2006
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Serge Lefèbvre est vice-président de l'Apajh (Association pour adultes et jeunes handicapés), chargé du secteur Formation et Éducation nationale. Il explicite ici les difficultés mais aussi les aspects positifs de la scolarisation des enfants handicapés en milieu ordinaire.
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Pourquoi est-il préférable qu'un enfant handicapé soit scolarisé en milieu ordinaire ?
 « Un enfant handicapé introduit de l'humanité dans le système »
© Fédération APAJH |
Dans certains cas extrêmes, cette scolarisation n'est évidemment pas possible. Et, bien sûr, l'intégration nécessite des conditions d'accueil et de soutien particulières, parfois également des retours en milieux spécialisés. Mais, dans le principe, un enfant doit vivre avec les autres. Non comme les autres - il ne s'agit pas de nier son handicap -, mais parmi les autres. Ainsi il vit mieux sa vie d'enfant et il est davantage socialisé. Un enfant trisomique placé constamment en institution protégée au milieu d'enfants souffrant de handicaps mentaux ne sera pas aussi stimulé qu'en milieu ordinaire. Le milieu normal tire vers le haut.
L'accueil des enfants handicapés à l'école vous satisfait-il aujourd'hui ? Il y a des progrès importants. Mais au quotidien, il arrive encore trop souvent que des enfants inscrits ne soient pas acceptés. Les cas sont rares, mais humainement toujours graves. Plus largement, les textes réglementaires existants sont satisfaisants, mais ils ne créent pas d'obligation. L'accueil d'un enfant peut encore dépendre de l'absence d'un plan incliné ou de matériel spécialisé, de l'existence d'un service pour l'accompagner, de la présence d'un auxiliaire d'intégration, du bon vouloir d'une équipe pédagogique. Réunir l'ensemble de ces conditions n'est pas toujours facile. Les moyens ne répondent pas aux besoins.
Les moyens sont-ils seuls en cause ?
 « Une occasion pour l'enseignant d'affiner sa démarche pédagogique »
© Fédération APAJH |
La scolarisation en milieu ordinaire suppose également un changement d'état d'esprit. De la part des familles, qui pensent qu'en établissement spécialisé leur enfant sera protégé des regards, des réactions négatives. De la part des enseignants, qui ont peur d'avoir des problèmes, de ne pas être prêts, de ne pas savoir comment réagir si l'enfant tombe, se blesse, se montre agressif. Parfois aussi les parents se heurtent à un véritable « parcours du combattant ». L'intégration est possible une année et plus l'année suivante. En fait, plus tôt l'enfant est scolarisé avec d'autres, mieux cela vaut. Autre signe de la difficulté à changer les mentalités, la manière de dénommer les handicapés. Au lieu de désigner les gens par ce qui les rapproche, on le fait par ce qui les sépare. On dit les mongoliens, les sourds, comme s'il s'agissait d'ethnies particulières. Or ce n'est pas un sourd, mais un enfant sourd qui est d'abord un enfant. Trop souvent aussi, la fiche pédagogique se contente de relever les incapacités de l'enfant au lieu de prendre en compte ses acquis, de définir ses potentialités, ce qui est essentiel lorsqu'il s'agit de bâtir un projet.
Quelles sont les modalités d'une intégration optimale ? La modalité la mieux adaptée est celle du réseau pour répondre au projet individuel, car chaque enfant est un cas particulier. L'équipe éducative, la famille, les services (tous les spécialistes dont le métier est d'aider l'enfant à progresser : psychomotricien, orthopsiste, rééducateur, enseignant de la langue des signes, etc.), l'établissement spécialisé doivent travailler ensemble. Ce réseau est malheureusement trop souvent lacunaire et peu pensé en terme de complémentarité partenariale.
On entend souvent dire qu'un enfant handicapé apporte aussi quelque chose à une classe. En quoi ?
 « Dans le principe, un enfant doit vivre avec les autres, parmi les autres »
© Fédération APAJH |
Un enfant handicapé introduit de l'humanité dans le système. C'est très éducatif pour les autres enfants. Sa présence leur offre l'occasion d'exprimer solidarité et cordialité, d'apprendre à accepter l'autre, la différence. Souvent, le climat de la classe change. Par ailleurs, la présence d'un enfant handicapé amène aussi l'enseignant à réfléchir à son fonctionnement pédagogique. Il n'y a bien sûr pas deux pédagogies, l'une pour les enfants ordinaires et l'autre pour les enfants handicapés. Mais il y a des réflexions pédagogiques à mener qui viennent enrichir l'expérience pédagogique. Quand un enfant a des difficultés, il faut pouvoir affiner, approfondir sa démarche. Tout le monde en bénéficie, l'enseignant comme les autres enfants.
Un enfant handicapé dans une classe n'occasionne-t-il pas plus de travail ? Cela ne nécessite pas davantage de travail de préparation, mais demande du temps pour travailler aussi avec l'ensemble des partenaires. Il convient de dégager les moyens afin que ces rencontres puissent avoir lieu. Dans le cas d'un enfant éventuellement lourdement en difficulté, une aide dans la classe est nécessaire.
Que pensez-vous des mesures d'encouragement à l'intégration décidées récemment par le ministère de l'Éducation nationale ? La fédération APAJH en a reconnu tout l'intérêt. Il faut maintenant les mettre en œuvre en sachant que l'on ne pourra pas faire tout en même temps. Il y a des priorités à définir localement et ensemble.
Propos recueillis par Isabelle Sébert (septembre 1999)
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