Victor Hugo
 
Victor Hugo : « L'Art d'être Grand-Père / Jeanne endormie : La sieste »
dit par Jean-Claude Dreyfus

Elle fait au milieu du jour un petit somme ;
Car l'enfant a besoin du rêve plus que l'homme,
Cette terre est si laide alors qu'on vient du ciel!
L'enfant cherche à revoir Chérubin, Ariel,
Ses camarades, Puck, Titania, les fées,
Et ses mains quand il dort sont par Dieu réchauffées.
Oh ! comme nous serions surpris si nous voyions,
Au fond de ce sommeil sacré, plein de rayons,
Ces paradis ouverts dans l'ombre, et ces passages
D'étoiles qui font signe aux enfants d'être sages.
Ces apparitions, ces éblouissements!
Donc, à l'heure où les feux du soleil sont calmants,
Quand toute la nature écoute et se recueille,
Vers midi, quand les nids se taisent, quand la feuille
La plus tremblante oublie un instant de frémir,
Jeanne a cette habitude aimable de dormir ;
Et la mère un moment respire et se repose,
Car on se lasse, même à servir une rose.
Ses beaux petits pieds nus dont le pas est peu sûr
Dorment ; et son berceau, qu'entoure un vague azur
Ainsi qu'une auréole entoure une immortelle,
Semble un nuage fait avec de la dentelle ;
On croit, en la voyant dans ce frais berceau là,
Voir une lueur rose au fond d'un falbala ;
On la contemple, on rit, on sent fuir la tristesse,
Et c'est un astre, ayant de plus la petitesse ;
L'ombre, amoureuse d'elle, a l'air de l'adorer ;
Le vent retient son souffle et n'ose respirer.
Soudain, dans l'humble et chaste alcôve maternelle,
Versant tout le matin qu'elle a dans sa prunelle,
Elle ouvre la paupière, étend un bras charmant,
Agite un pied, puis l'autre, et, si divinement
Que des fronts dans l'azur se penchent pour l'entendre,
Elle gazouille... - Alors, de sa voix la plus tendre,
Couvrant des yeux l'enfant que Dieu fait rayonner,
Cherchant le plus doux nom qu'elle puisse donner
A sa joie, à son ange en fleur, à sa chimère :
- Te voilà réveillée, horreur ! lui dit sa mère.

Jean-Pierre Verheggen : « L'Art d'être Grand-Pampers »
dit par Jean-Claude Dreyfus

Elle a fait ! Elle a fait ! répète Grand'Mère qui, la première, a repéré au flair l'odeur suspecte de l'impedimenta qui colle au postère de la fillette. La voici d'ailleurs qui se lève comme une biche effarée, enjoignant au Grand'Père qui, béat, somnolait d'aise en veillant sur le cher ange, d'arracher littéralement son cul de la chaise et de la suivre sans délai dans la salle de bain où devenu Grand'Pampers il tentera, sinon d'immobiliser l'enfant récalcitrant qui braille et gigote (au point d'avoir libéré du pied le velcro de sa couche-culotte et de s'en être tartiné ras les fesses) tentera, disais-je, à tout le moins de dompter son impatience, par le charme et l'attrait de récits dont il a su renouveler le genre avec un succès éprouvé.
La recette est simple, il suffisait d'y penser : l'Enfant étant dans la Merde jusqu'au cou, on lui racontera des histoires de Merde ! Avec des loups, certes ! Mais des loups qui foirettent, des loups qui ont la colique Mère-Grand et l'indigestion venette ! Avec des lapins qui crottent et des chèvres à Seguin qui ont une mitraillette aux reins ! Avec des agneaux de Dieu qui entéritent du gaster et chient à un arrière-train d'enfer !
L'Enfant enregistrera d'autant plus aisément les mots nouveaux, le vocabulaire et les vers scato que les textes choisis seront de haut niveau et son cerveau vierge de tout Terme niguedouille de propreté gaga ! L'Art d'être un bon Grand'Pampers sera celui-là : celui de lire à ce petit endroit-là du Céline ou de l'Octave Mirbeau, du Jarry de Saint Chiot et, bien sûr, de l'Arthur Rimbaud : des stupra à la céleste praline - ce qui est tout de même plus beau que le vulgaire caca, n'est-ce pas ? Dès que l'Enfant parlera - les sphincters ne se taisent pas pour ça ! - on lui apprendra la liste des torche-cul qu'en se bidonnant il récitera à l'envers comme à l'endroit. Comme l'écolier limousin ! En attendant que ses limouses à lui deviennent sèches archi-sèches. Rabelais deviendra ainsi son Rabe-bi-bo-bu pour lui servir à tout jamais d'analphabet moins cucul que tant d'abécédaires à la noix ! On passera alors au Sonnet du trou du cul, un sommet s'il en est !
inédit


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