Indigènes
Un film de Rachid Bouchareb
  Entretien avec le réalisateur 
 

 

Des images pour le dire

Entretien avec le réalisateur

Les comédiens parlent du film et de leurs personnages

Repères : l'affiche du film
 
« Il était vraiment temps de raconter cette histoire, de donner une image à tout ce qui a été si souvent tu. »


À la rencontre de ceux qui ont vécu cette période
Rachid Bouchareb
Avec mon coscénariste, nous avons fait des recherches pendant plus d’un an. Nous avons travaillé en bibliothèque mais surtout, nous sommes allés à la rencontre de ceux qui ont vécu cette période. Nous nous sommes nourris de leurs expériences, de leurs sentiments.

Je souhaitais faire un film et non un documentaire. Le cinéma doit tenir compte du spectateur, il doit avoir une dimension qui dépasse le contexte historique pour plonger au cœur de l’humain. Même dans la plus grande des scènes de batailles, mon objectif était de rester au plus près des personnages. Il nous a fallu vingt-cinq versions pour arriver à dépasser l’histoire et nous concentrer sur la matière humaine, sur les petits détails du quotidien qui restituent la vie mieux que tous les discours.

Le tournage
Avant le tournage, nous avons storyboardé les 900 plans du scénario pendant plus de quatre mois. Le tournage a duré 18 semaines et s’est déroulé à Ouarzazate, Agadir pour les scènes de bateau, à Beaucaire et Tarascon pour les scènes de la Libération, puis dans les Vosges et à la frontière Alsace-Lorraine. Les scènes de montagnes enneigées censées se dérouler dans les Vosges ont été tournées au Maroc.

Ce film parle de leurs ancêtres
Il s’est produit quelque chose de très fort avec les soldats marocains qui assuraient la figuration pendant la partie tournée à Ouarzazate. Tous les matins, ils étaient d’un enthousiasme remarquable. Ils me disaient : « On a tourné avec d’autres, mais avec toi, on sait pourquoi on court. » Simplement parce que ce film parle de leurs ancêtres, de leur histoire avec la France et d’une période qui a profondément marqué leur histoire. Certains venaient avec le portrait de leur père qui avait fait la seconde guerre mondiale. L’un de ceux qui avaient combattu dans le village me montrait ses photos, les lettres qu’il avait adressées au gouvernement et qui étaient restées sans réponse.
Nous avons été accueillis, sollicités pour des débats avec les Français, les Maghrébins, les Africains qui parlaient du sujet, du film, de ce qu’avaient vécu leurs parents. Nous avons compris qu’il était vraiment temps de raconter cette histoire, de donner une image à tout ce qui a été si souvent tu.

Ils ont été des héros, accueillis à bras ouverts
L’histoire de ces hommes et leur relation à la France ne commence pas à partir des années 1960. Bien avant, ils sont venus, ils ont libéré la France, ils ont été des héros aimés, accueillis à bras ouverts ! C’est pourquoi l’attitude qui a suivi jusqu’à aujourd’hui leur paraît d’autant plus bizarre. Que leurs enfants et petits-enfants aient de telles difficultés les choque. Ils le vivent plus comme une histoire d’amour malheureuse, une trahison sentimentale. Le basculement est intervenu dans les années 1960. Et pourtant, malgré la dégradation de leur image, malgré les rejets, leurs pensions de combattants non versées, ils n’ont aucune haine, aucun esprit de revanche. S’il fallait le refaire, ils le referaient.

Extrait du dossier de presse




Filmographie de Rachib Bouchareb
1985 : Bâton rouge
1991 :  Cheb
1994 :  Poussières de vie
2001 : Little Senegal
2006 : Indigènes



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