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Difficile de sortir de l'enfance
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Chronique familiale de notre temps, Libero est l’histoire d’un garçon de 11 ans vivant avec sa grande sœur et son père depuis que Stefania, sa mère, les a abandonnés. Inattendus, le retour puis le nouveau départ de cette dernière provoqueront des dégâts irréparables. Un père aimant mais caractériel, une mère immature et fragile, des enfants blessés, aimés trop vite, trop mal, tels sont les personnages de ce vibrant récit qui montre et suscite des émotions intenses. Sans effets mélodramatiques à tirer les larmes, le premier film de Kim Rossi Stuart, qui évoque parfois le cinéma de Nanni Moretti, met pudiquement à jour les racines de la souffrance et brosse un portrait juste sur la difficulté à sortir de l’enfance.
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Point de vue d’un timide
 Tommi, 11 ans met beaucoup de distance entre lui et les autres. |
Ici pas de scène d’exposition classique : l’ouverture du film entre de plain-pied dans la vie des personnages. Pour dynamique qu’il soit, le procédé nous indique d’emblée le rythme, le ton du récit et, surtout, les intentions d’un auteur désireux de capter l’air du temps, la réalité sinon la banalité d’une époque. La séquence suivante nous dit à quelle hauteur sera guidé le récit : celle d’un collégien de 11 ans, Tommaso, alias Tommi, que la difficile sortie de l’enfance laisse toujours à quelques longueurs de son entourage. La récurrence des séquences où on le voit perché sur le toit de son immeuble romain, occupé à observer le comportement de ses contemporains, renseigne sur le regard qu’il porte à distance sur eux. Car le monde qu’il sait hostile et qu’il comprend intuitivement, Tommi ne le fréquente que parcimonieusement (sa mère dit de lui qu’il a un rapport avare aux autres) et ne s’en approche qu’avec défiance comme pour tenter de l’apprivoiser sans se blesser davantage. Au sens propre, Tommi, qui passe pour un enfant secret, muré dans un silence protecteur, est un timide qui n’agit que craintivement avec autrui. Cette appréhension des autres le pousse à se détourner de ses copains qui le mettent à l’épreuve et de sa mère qui l’a abandonné, à user d’un détour pour dire son amour à Monica, à contourner l’obstacle de la porte fermée pour retourner par une fenêtre dérobée dans le giron familial d’où son père l’a expulsé. Autant de pratiques biaisées pour pénétrer la sphère des autres (y compris les plus hermétiques comme celle de Claudio, le voisin de classe autiste) et trouver enfin sa place en classe ou dans son appartement.

Une famille précaire
 Renato, fragile figure paternelle. |
Libero privilégie les séquences longues comme autant de climax du récit. Chacune d’elles fait l’objet d’un important enjeu de mise en scène qui épuise la durée des affrontements jusqu’à la rupture des personnages. La plupart ont pour moteur le caractère éruptif de Renato, fragile figure paternelle qui tente de résister seul contre le délitement de sa petite famille qu’il n’a jamais cessé de responsabiliser. L’accumulation de ses dettes, la menace de saisie de son appartement, les relations houleuses dans son travail, l’irresponsabilité affective de sa compagne Stefania, les espoirs déçus au sujet de son fils grignotent peu à peu son enthousiasme et sa décontraction affichés dès les premières scènes.
 La scène de la piscine, un tournant irréversible dans les relations père-fils. |
L’équilibre précaire qu’il supporte à bout de bras jusqu’à son effondrement final est une première fois ébranlé par le retour inopiné de la mère. Aucun dialogue explicatif dans ce film qui évite tout didactisme n’avait prévenu de son existence. S’ensuit un semblant de schéma de famille recomposée avec redistribution des rôles. L’image du bonheur est cependant ternie par Tommi lui-même qui, loin d’être dupe de l’instabilité psychologique de sa mère, pressent dès son retour qu’elle repartira, surprend quelque mystérieux appel téléphonique ou jauge (toujours à distance) ce qui lui apparaît comme un discret badinage au cours de la scène de la galerie. La déception sentimentale de Renato est ensuite doublée par l’abandon de la natation par Tommi. La scène de la piscine dont l’artifice de mise en scène annonce le naufrage à venir amorce un tournant irréversible dans les relations père-fils. En refusant de suivre la ligne (de fond du bassin) tracée par son père bientôt indifférent et sarcastique, Tommi choisit de s’opposer à son autorité insidieusement tyrannique, premier acte de rébellion nécessaire à un possible affranchissement. L’intensité dramatique qui procède par étapes successives atteint son paroxysme avec la crise déclenchée par l’invitation d’Antonio aux sports d’hiver. L’incompréhension entre le père et le fils est alors totale. Les colères de plus en plus violentes de Renato achèveront d’assourdir leur communication. La montée en puissance de la fureur de ce dernier est particulièrement visible dans les deux scènes sur les détritus traînant dans l’appartement, symboliques du pourrissement qui ronge les relations familiales. Si la première se solde par une simple réprimande, la seconde entraîne une colère noire d’où transpire une profonde amertume de la vie. Loin de céder au happy-end mais entrouvrant toutefois la porte à une éventuelle réconciliation, le film trouve un point de chute dans une scène pudique et émouvante, quasi muette, filmée en champs-contrechamps dans une lumière que l’on dirait apaisée, où le fils est venu tendre la main à son père déboussolé. Enfin, à la suggestion de jeu de son père, la réplique de Tommi (« Anche libero va bene ») esquisse un compromis entre les exigences de réussite refoulée de l’un et les désirs de football longtemps contrariés de l’autre. Plus qu’un simple arrière, le libero occupe un poste-clef dans la défense de l’équipe puisqu’il est libre d’intervenir en renfort des défenseurs chargés de surveiller les attaquants. Il peut aussi avoir un rôle offensif en servant de base d’appui supplémentaire aux milieux de terrain et, si la possibilité se présente, tenter sa chance au but.

Portraits de famille
 Stefania aime ses enfants avec toute la générosité maladroite de celle qui donne tout, vite et mal. |
Violent et tendre à la fois, Renato est un caractériel dont les sautes d’humeur participent de l’instabilité du cadre familial au même titre que les va-et-vient de la mère, élément perturbateur du récit et source de la plupart des problèmes. Seulement, à la différence de Renato aveugle aux dégâts qu’il cause souvent avec les meilleures intentions, Stefania « éprouve » tout le mal qu’elle fait subir irrésistiblement aux siens. Celle qui a été mère trop tôt n’a jamais pu grandir et devenir une adulte assumant ses responsabilités. Elle aime ses enfants avec toute la générosité maladroite de celle qui donne tout, vite et mal. Immature, Stefania vit dans l’instant et ne fait, par conséquent, pas grand cas de l’école dont elle dispense souvent ses enfants. Elle entretient une relation étroite avec Viola, la sœur aînée qui, sous sa grosse gaieté puérile et ses fantasmes sexuels assumés, s’efforce de cacher ses blessures. Tommi, quant à lui, jette un regard désenchanté sur le retour de sa mère dont il se tient à distance. Son cauchemar où l’on voit des mains d’hommes caresser et ouvrir le ventre de sa mère est révélateur de son questionnement concernant le plaisir douloureux qui pousse sa mère à se jeter dans les bras d’inconnus. Non loin du même traitement onirique, la scène suivante dans la cuisine, correspondant à l’unique rapprochement entre Tommi et sa mère, renvoie le fils face au mystère d’un être qui lui échappe et qui bouleverse son existence. Face à cela, il y a la famille d’Antonio qui offre à Tommi l’image d’un foyer chaleureux et complice. Tout montre qu’il est fasciné par la générosité qui circule au sein de cette famille de substitution chez qui il trouve non seulement un refuge mais aussi un moyen de s’épanouir. Aussi réinvente-t-il les relations père-fils avec le père d’Antonio (la pêche), mime-t-il certains de leurs gestes (le massage) et tente-t-il de « s’évader » avec elle (les sports d’hiver). Le seul manichéisme des personnages réside dans la peinture des deux familles. Pour éviter l’écueil du mélodrame, la caméra de Kim Rossi Stuart se tient toujours à bonne distance (morale) de son sujet. Toujours posée, elle capte le drame avec tout le respect dû à ses personnages, sans mimétisme outrancier ni surenchère de mise en scène comme lors de la séquence pénible du retour de la mère. De même, elle enregistre avec une extrême délicatesse le passage de la détresse contenue dans le message mal griffonné de la mère à la douleur soudain imprimée sur le visage de Tommi comme le reflet du pesant héritage qu’il devra désormais porter.
Philippe Leclercq
« Cinédoc » (PDF, 1,9 Mo), supplément à TDC, n° 923, du 1er novembre 2006.
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Libero
Réalisation : Kim Rossi Stuart
Scénario : Linda Ferri, Federico Starnone, Francesco Giammusso et Kim Rossi Stuart
Avec
Kim Rossi Stuart (Renato, le père)
Barbora Bobulova (Stefania, la mère)
Alessandro Morace (Tommi)
Marta Nobili (Viola)
Durée : 1h 48 minutes
Sortie en salle le 8 novembre 2006
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www.libero-lefilm.com/
Les enseignants désireux d’organiser des séances scolaires peuvent contacter Thierry Dubourg chez MK2 au 01 44 67 30 80. |
Répliques du film
« – Quel poste te plairait ? – Milieu de terrain. – Moi, j’aime libero. Libero, c’est un bon poste. – Libero, ça me va aussi. »
« Ta mère vient de revenir, reste un peu avec elle, montre-lui que tu l’aimes. L’union de cette famille dépend aussi de toi. »
« – Je n’aime pas la natation. – Tu n’es pas mon fils. Mon fils ne me ferait pas un truc pareil. »
« Cours ! Voyons si j’arrive à faire de toi un homme. »

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