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« Les Lip, l'imagination au pouvoir » donne à voir et à entendre les hommes et les femmes qui ont mené et porté le combat des Lip. Aucun d'eux ne se veut un héros, simplement l'acteur d'une page d'histoire qu'ils ont écrite au jour le jour avec leurs références et leurs personnalités. Surtout, ils ont été portés par un souffle collectif dont on sent encore la force dans leur récit, trente après.
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Charles Piaget
Charles Piaget est entré chez Lip en 1946, à 18 ans, comme technicien. Ainsi qu'il le reconnaît lui-même, cet homme modeste « aurait pu y faire une carrière tranquille ». Mais son double engagement, syndicaliste (à la CFDT) et chrétien, le pousse à monter au créneau des luttes de son entreprise. Lorsque, à l'été 1973, le conflit éclate, Charles Piaget, prend la tête du mouvement. Pour beaucoup, il finira par incarner « l'âme des Lip ». Tout au long du mouvement, il cherche à lier réflexion et action (au début, il recommande ainsi d'y aller progressivement pour comprendre les événements), il s'attache à prôner l'ouverture envers le comité d'action, les visiteurs venus soutenir des salariés (« Plus le vent soufflera fort, mieux cela ira »). Toujours, il défendra une démarche collective et solidaire quitte à voir parfois bousculé son rôle de leader syndical. Aujourd'hui retraité, il milite dans les mouvements de défense des chômeurs. Il a dit : « Tout cela faisait rêver à une autre société. »
Roland Vittot
Roland Vittot entre chez Lip en 1952. Technicien comme Charles Piaget, il partage le même vécu dans des mouvements catholiques ouvriers. Il devient son compagnon de route syndical et participe aux luttes qui émaillent la vie de l'entreprise. Au cours du conflit, il joue un rôle déterminant. Si on le dit volontiers fonceur, il s'oppose cependant à ce que les événements ne dégénèrent dans la violence. C'est lui aussi qui prononce le discours empreint de gravité lors du retour des premiers salariés dans l'usine. Aujourd'hui, il vit retiré dans le village de la région franc-comtoise où il est né. Il a dit : « Jamais on n'aurait pu penser qu'une banderole avec écrit dessus "C'est possible : on fabrique, on vend, on se paie" allait faire un tel cirque en France et dans d'autres pays. »
Raymond Burgy
Agé de dix ans de moins que Vittot et Piaget, c’était le jeunot de l’équipe, arrivé chez Lip en 1965 après avoir participé à la guerre d'Algérie. À leurs côtés (il est également membre de la CFDT), il participe activement au combat. Homme rigoureux et scrupuleux, il rappelle le respect de l'outil de travail lors de l'assaut des CRS et reconnaît sa réticence première à la prise du « trésor de guerre ». Pourtant, c'est lui qui va organiser la mise à l'abri des milliers de montres et en sera le garant.
Intéressé par les problèmes d’organisation du travail, il accepte après la reprise de seconder le nouveau patron de Lip, Claude Neuschwander. Une décision pas très bien acceptée par ses camarades. On sent encore son amertume à ce sujet. Aujourd’hui, il aide des jeunes en grande difficulté à s’insérer dans le monde du travail et s’occupe d’une association de handicapés. Il a dit : « Seul, tu ne peux rien ; ensemble, tout est possible. »
Jean Raguenès
Le quatrième mousquetaire ! Prêtre dominicain, il entre chez Lip en mai 1971, comme OS, après des études de philosophie et un séjour au Carmel. C'est aussi un ancien de Mai 68, période à laquelle il se réfère volontiers. Il ne cache pas non plus ses sympathies révolutionnaires et se dit volontiers séduit par les sirènes de la violence « mais sans y succomber ». Lorsque le conflit éclate en 1973, il devient l’un des animateurs du comité d’action dont la réflexion et les actions, parfois décisives pour l’avancée de la lutte, serviront d'aiguillon. Aujourd’hui, comme le montre le début du film, il vit au Brésil, où il est parti combattre aux côtés des paysans sans terre. Il a dit : « Je ne connais pas d’autre exemple, au niveau des luttes ouvrières ou même des luttes tout court, où l’on ait fait preuve d’autant d’imagination... Charles et Roland étaient pleins d’une sagesse paysanne quasi ancestrale, et en même temps d’une sagesse syndicale acquise au fil des années. Mais ils n’étaient pas bêtement syndicaux. Eux, ils avaient en plus un brin de folie dans la tête. Ils étaient ouverts à quelque chose d’autre. De l’autre côté, il y avait le comité d’action, avec principalement des gens plus jeunes, que peut-être je représentais d’une certaine façon, qui n’avaient pas de formation syndicale et politique pour la plupart. C’étaient des contestataires ouverts et mûrs, avec un sens du réalisme très fort. C’est le choc entre ces deux tendances qui a permis l’étincelle Lip et qui a été extrêmement créatif. Parce que si Lip avait été seulement syndical, il n’en serait pas sorti grand-chose, ça aurait été un conflit classique, mais si Lip avait été seulement révolutionnaire au sens où j’ai essayé de le dire, il n’en serait pas non plus sorti grand-chose, si ce n’est des idées fumeuses. Or il en est sorti des choses, grâce à la rencontre de sages fous et de fous sages. »
Michel Jeanningros
Entré chez Lip en janvier 1960 comme cadre supérieur, il adhère clandestinement à la CFDT en 1968. Il deviendra un soutien inconditionnel du mouvement (« Je suis devenu un apôtre », confie-t-il dans le film avec un clin d'œil à ses convictions chrétiennes). De fait, il sera l’instigateur de la jonction entre les Lip et les paysans du Larzac, alors en lutte. Au-delà, le personnage frappe par sa truculence, son sens de l'anecdote, son franc-parler quand il revit, gestes et mimiques à l'appui, le fil des événements. Il est aujourd’hui « l’archiviste » de Lip. Il continue à recueillir et à classer tout ce qui a trait au conflit et arbore toujours fièrement au poignet sa montre Lip, « une vraie de vraie » ! Il a dit : « Je ne le reverrai jamais cela, de me payer moi-même ! »
Fatima Demougeot
Elle est arrivée en France en 1962 à l’âge de 13 ans et demi, après avoir subi la guerre d’Algérie. Elle s’installe à Besançon en 1967, entre comme OS chez Lip pour passer ensuite au contrôle qualité. En Mai 68, elle se syndique à la CFDT, participe à l’occupation de l’usine et aux négociations. Ensuite, elle ne cessera plus de militer. Tout au long du film, elle livre son analyse pleine de lucidité (c'est elle qui pointe la difficulté de concilier la lutte avec la vie familiale), se montrant notamment très sensible à la question des femmes « qui a été la révolution dans la révolution ». Aujourd’hui, après avoir œuvré dans la formation professionnelle, ses engagements sont associatifs. Elle travaille dans les quartiers sur les problèmes de laïcité, de mixité et d’égalité. Elle a dit : « On était devenu un(e) "Lip" pas au sens salarié mais au sens engagé ! »
Jeannine Pierre-Emile
Fille de maçon italien, elle travaille chez le fabricant de montres Yema, où, en 1968, elle voit arriver Charles Piaget venu inciter avec succès les ouvrières à débrayer. Elle entre chez Lip en 1971 et rejoint la section syndicale CFDT. Quand le conflit éclate en 1973, elle est déléguée du personnel. Elle s'investit totalement dans la lutte des Lip, s'impliquant particulièrement dans les relations avec la presse. Une passion qui transparaît encore aujourd'hui dans ses propos et sa manière très vivante d'évoquer ses souvenirs. Elle a servi de modèle au personnage d’Irène dans le roman que Maurice Clavel a consacré à la lutte des Lip, Les Paroissiens de Palente. Elle a dit : « On s'est beaucoup enrichi dans cette lutte. Cela m'a changée sur tous les plans. »
Noëlle Dartevelle
D’origine paysanne, formée par la Jeunesse agricole chrétienne (Jac), Noëlle Dartevelle fut, avec Claude Mercet (aujourd’hui décédé), la principale déléguée CGT de Lip. Au moment du dépôt de bilan, elle est de ceux qui adhèrent immédiatement à l’idée de fabriquer et de vendre les montres au profit du mouvement. Parfois tiraillée entre l'envie de faire cause commune avec la CFDT et les consignes de sa confédération, plus réticente aux initiatives des Lip, elle maintient l’unité syndicale jusqu’au vote sur le plan Giraud. Elle a dit : « On m'a reproché de ne pas être une "politique" mais une "sociale". »
Claude Neuschwander
Numéro deux du groupe Publicis, il est aussi membre du PSU de 1967 à 1973. Il prend la direction de Lip en 1974, soutenu par les « modernistes » du CNPF, en particulier José Bidegain et Antoine Riboud. Il signe les accords de Dôle et tente de remettre à flot l'usine. Il déconcerte certains par son attitude plus proche des salariés et son respect du dialogue social (« Les syndicats de Lip négociaient durement, et ils ne m’ont pas épargné, mais ils ont toujours eu un sens de la responsabilité par rapport à la survie de l’entreprise »). Trente ans après, il n'a toujours pas pardonné à ceux qui l'ont contraint à renoncer. Pour lui, le conflit de Lip correspond à un changement de la nature du capitalisme : ce n'est désormais plus l'entreprise qui est au cœur de l'économie mais la finance.
Il a dit : « M'être introduit dans cette saga est un peu l'honneur de ma vie. »
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