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Biographie romancée de la créatrice de Peter Rabbit
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Film biographique, Miss Potter retrace les épisodes les plus marquants de la vie de Beatrix Potter, femme écrivain anglaise qui, au tournant du XXe siècle, est devenue très célèbre grâce aux contes pour enfants qu’elle écrivait et illustrait elle-même. Porté par l’interprétation de Renée Zellweger, le film brosse le portrait d’une femme de la société victorienne qui a su échapper au carcan d’une morale empesée. En recréant l’univers de fantaisie animalière dans laquelle Beatrix Potter a trouvé la voie de l’émancipation, le cinéaste Chris Noonan (réalisateur de Babe, le cochon devenu berger) s’interroge sur les motivations de cette femme libre d’esprit, écologiste avant l’heure, dont les charmantes histoires sont parmi les plus lues au monde.
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Qui était Beatrix Potter ?
 Beatrix Potter est interprétée par Renée Zellweger. |
Miss Potter est un film biographique, que les Anglo-Saxons appellent « biopic ». La caractéristique de ce genre est d’évoquer un personnage ayant réellement existé en mélangeant des faits historiques à d’autres qui sont fictifs. Le réalisateur, fidèle au genre, a respecté les lieux, les dates, les états civils réels et s’est appliqué à reconstituer au plus juste une époque. Miss Potter est donc une construction imaginaire basée sur des sources historiques. Le choix du réalisateur est de proposer une biographie romancée de Beatrix Potter plutôt qu’une hagiographie. Le travail du scénariste qui s’empare de la « vie » de quelqu’un pour la restituer en récit est très proche de celui d’un enquêteur, comme nous le prouve la structure du film : il s’agit de réunir des indices et d’émettre des hypothèses afin de révéler quelques vérités sur Beatrix Potter. Et même si le mystère ne peut jamais être totalement levé, nombre d’interrogations trouvent leur réponse dans le film de Chris Noonan. Le récit a été découpé en trois temporalités différentes qui correspondent à trois époques importantes de la vie de l’écrivain. Cette mobilité de la chronologie nous permet de mieux appréhender le parcours singulier de miss Potter. Nous passons tour à tour, grâce notamment aux nombreux fondus enchaînés, d’une époque à une autre : la première est celle des dix ans de Beatrix, la deuxième, celle de ses trente-deux ans, et la dernière, plus imprécise, se situe après 1905. Quant à la narration, elle est assumée dès la première scène par Beatrix Potter. C’est elle-même qui nous raconte son cheminement, sa biographie. Ce procédé narratif a l’avantage de renforcer la vraisemblance : « Ce que je vais vous raconter est vrai, puisque c’est moi, Beatrix Potter, qui vous le dis », et de nous inclure dans la narration en créant avec le spectateur une intimité et une complicité. Voilà la raison pour laquelle le personnage de Beatrix Potter est présent dans toutes les scènes. Nous assistons avec elle, et depuis son point de vue, aux événements importants de sa vie.

Les trois vies de Beatrix Potter
 Miss Potter échappe au carcan victorien par sa passion pour le dessin. |
À la lumière des chandelles de l’époque, le spectateur peut collecter des indices solides sur l’éducation qu’elle a reçue. Si cette éducation est conforme aux usages de l’époque victorienne, Beatrix, elle, semble d’emblée différente. Dans chacune des scènes, elle est soit en train de dessiner, soit en train de raconter des histoires. Autre indice mis en avant, le rapport conflictuel à sa mère. Au lieu d’admirer son habileté au dessin, comme le fait son père, la grande bourgeoise remarque le ruban déchiré de sa chemise de nuit : « C’est indécent », souligne-t-elle. Lorsqu’elle revendique son amour du dessin, sa mère lui rappelle qu’elle doit avant tout « penser à se marier ». Dès lors, nous pouvons émettre quelques hypothèses tant le narrateur a semé des indices éloquents. Beatrix a toujours su que ses passions étaient le dessin et la nature mais qu’elle devrait lutter face à un opposant de poids : sa mère. Et si son père est un complice bienveillant, il veut avant tout qu’il n’y ait « pas de conflit dans sa maison ». Sa rencontre en 1902 avec Norman Warne est déterminante puisqu’il est son premier éditeur. À partir de cette rencontre, le rythme de la narration s’accélère et le personnage de Norman devient de plus en plus présent dans le film. Parallèlement, le caractère de Beatrix s’affirme comme celui d’une femme exigeante et douée pour son art. Cette deuxième période est décisive pour Beatrix Potter car elle peut désormais subvenir à ses besoins par son travail. D’autre part, le dénouement tragique de sa relation quasi-secrète avec Norman lui permet de se rapprocher de la nature tout en s’éloignant de ses parents à qui elle ne fera, désormais, plus allégeance. Le dernier endroit où nous mène l’histoire est celui de la région des lacs, dans le nord de l’Angleterre. Dorénavant, elle prendra seule des décisions, comme l’achat effréné de terrains et de fermes, et se passera de la permission de ses parents pour épouser William Heelis.

Les trois amours de Beatrix Potter
 Avec Norman Warne, son premier éditeur et premier amour |
Incontestablement, le premier amour de Beatrix est la nature, sa faune, sa flore. À l’instar du personnage de Mary Poppins, dont elle est finalement assez proche, elle parle aux animaux car ils sont ses « amis ». Souvent d’ailleurs, elle leur parle comme une mère à ses enfants pour les réprimander ou les féliciter. Ils constituent son univers intérieur au point de voir dans les prétendants que sa mère lui présente des hommes-animaux : un mouton, un cochon et un cheval. Ce n’est plus de l’anthropomorphisme mais du zoomorphisme ! Le spectateur, complice de Beatrix Potter, partage avec elle l’animation en 2D ou en 3D de ses animaux. Ils sont représentés comme des « êtres » sensibles, farceurs voire enfantins et toujours complices de leur créatrice. Nous sommes aux frontières du merveilleux, indifférents au vraisemblable, lorsque, par exemple, la voiture à cheval des parents de Beatrix devient une sorte de carrosse de Cendrillon, conduit par des lapins et avec des souris pour cochers. Outre le charme qui se dégage de ces animations, celles-ci permettent d’étoffer et de complexifier la personnalité de Beatrix Potter : on ne sait jamais si elle les voit vraiment (« ils sont réels », dit-elle) ou si elle les imagine. Durant un court moment, elle partagera son premier amour avec Norman Warne. Dans la scène de rencontre, il apparaît en disant qu’il s’excuse pour cette « intrusion dans sa vie quotidienne ». Or, cette intrusion viendra bouleverser sa vie, tant dans le domaine artistique qu’affectif. Un des motifs qui va sceller leur amour est l’admiration sans borne que lui voue Norman. En parlant de ses animaux, il confie qu’ils sont « extraordinaires, charmants, magiques, magnifiquement dessinés ». Les jeunes gens vont, ensemble, être les créateurs des livres pour enfants que nous connaissons. Et leur amour sera placé sous le signe des animaux : lorsqu’elle lui enverra des lettres, les animaux seront toujours présents, témoins de cet amour : « J’ai surpris un canard en vous déclarant mon amour. » D’autre part, Norman et Beatrix se ressemblent beaucoup : ils doivent tous les deux faire leurs preuves vis-à-vis de leur famille. Beatrix doit faire admettre à sa mère qu’« une célibataire de 32 ans à mieux à faire que prendre le thé et sourire à des propos stupides », tandis que Norman doit montrer à ses frères aînés qu’il peut travailler. À son contact, Beatrix va « apprendre à danser » ou plutôt apprendre à aimer un homme, et ce dernier va se libérer de l’emprise de ses frères en devenant un éditeur à part entière. Si Beatrix tombe petit à petit amoureuse de William Heelis, c’est parce qu’il partage son amour de la nature, de la préservation de la beauté, mais aussi parce qu’il sait parler aux animaux qu’elle dessine : « Hill Top convient mieux à un lapin que Londres ! », dit-il à une aquarelle de Pierre Lapin.
Beatrix Potter dédie souvent ses contes à des enfants qu’elle connaît. Pour son premier conte, elle écrit en dédicace : « Mon cher Noël, je ne sais pas quoi t’écrire, alors je vais te raconter l’histoire de … ». À qui s’adresse donc Beatrix dans ce film lorsqu’elle raconte quelques épisodes de sa vie ? Peut-être à l’enfant qui sommeille en nous…
Barbara Velasco
Professeur de lettres modernes
« Cinédoc » (PDF, 951 ko), supplément à TDC, n° 932, du 15 mars 2007
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Miss Potter
Réalisation : Richard Maltby, Jr
Avec :
– Renée Zellweger (Beatrix Potter)
– Ewan Mc Gregor (Norman Warne)
– Emily Watson (Millie Warne)
Durée : 1h 33 minutes
Sortie en salle le 28 mars 2007
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www.misspotter-lefilm.com/ |
Autour de « Miss Potter » – L’ensemble des contes de Beatrix Potter est disponible aux éditions Gallimard Jeunesse. – Des DVD des adaptations de ces contes en dessins animés sont édités par Citel Vidéo. – À l’occasion de la sortie du film, les éditions Mango publient Miss Potter, une novellisation inspirée du film.
Répliques du film – « Je ne me marierai pas, je dessinerai. » – « Nous sommes des parvenus, non des aristocrates. Notre vie n’est que prétentions et aspirations sociales. » – « Il y a quelque chose de divin à commencer une histoire. On ne sait jamais où les mots vont vous emmener. »

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