Le doux rêveur
 André Raimbourg, dit Bourvil, du nom du village natal de sa mère (Bourville en Normandie), est né le 27 juillet 1917 dans une famille modeste. Son père est tué pendant la guerre. Dès l'école, il déploie des talents de comique et de chanteur en se produisant lors des fêtes organisées par son instituteur. Pour suivre sa vocation musicale, il s'engage dans l'armée à vingt ans comme trompette. Démobilisé en août 1940, il tente de gagner sa vie comme apprenti boulanger, plombier, garçon de courses. Mais c'est le spectacle qui l'attire, et il monte un numéro de sketches et de chansons avec Étienne Lorin, un accordéoniste rencontré à l'armée. Ce dernier compose la musique, Bourvil écrit les textes et les interprète. Après quatre ans de « galères », petits cachets le soir, petits boulots le jour, il est engagé par l'imprésario de Tino Rossi pour produire son numéro de comique « niais » où il alterne chansons et monologues, pendant une semaine, au « Club ». C'est un triomphe et il y reste un an. La chaîne Radio Luxembourg l'engage alors pour une participation régulière à l’émission Pêle-Mêle. En 1945, il chante dans un film de Jean Dréville, et l'année suivante enregistre ses premiers disques, avec des monologues puis des chansons à la mode pseudo-exotique du moment. Dès lors sa carrière se partage entre cinéma et scènes de music-hall. D'abord engagé pour les « premières parties » de spectacles, il devient vedette principale, et enchaîne tournées, enregistrements, récitals. Il obtient également des rôles importants dans des opérettes, genre alors très populaire. Pendant les vingt années qui suivent la Libération, Bourvil incarne à la scène et à l'écran un type de héros modeste, le brave homme, celui dont l'honnêteté et la franchise arrivent à triompher de la malchance ou de la malveillance. Son image personnelle se confond avec celle de ses personnages, et s'il attire la sympathie du public en général, il passe auprès de certains pour un imbécile heureux, ce qui le chagrine quelque peu. Pour y remédier, il fait évoluer son répertoire « fernandélien » vers des textes moins comiques, au registre plus grave, plus tendre, et toujours simples. La Ballade irlandaise, ainsi que Ma p'tite chanson, C’était bien (« Non je ne me souviens plus du nom du bal perdu...») succèdent aux chansons drôles du genre La Tactique du gendarme, Clair de lune à Maubeuge ou À Joinville-le-pont. Au cinéma également il parvient à quitter les rôles de grands niais pour des personnages plus « durs » : Thénardier dans Les Misérables, un vétérinaire obsédé dans L’Étalon de Jean-Pierre Mocky, un voleur « pilleur de troncs » dans Un drôle de paroissien. En 1968, il apprend qu'il est atteint d'une maladie de la moelle osseuse qui ne lui laisse que peu de temps à vivre. Il se dépêche alors de tourner quatre films et enregistre des chansons comme la célèbre Marche des matelassiers, et une parodie de la scandaleuse chanson de Gainsbourg Je t'aime, moi non plus, qu'il chante en duo avec l'actrice comique Jacqueline Maillan. Il meurt à Paris le 22 septembre 1970.
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