Fête de la musique
Entretien avec Roger Muh 
 


 

Le livre-CD 2007

Les chansons du CD 2007 et leurs interprètes

Le livre-CD 2006

Les chansons du CD 2006 et leurs interprètes

Le livre-CD 2005

Les chansons du CD 2005 et leurs interprètes

Le livre-CD 2004

Les chansons du CD 2004 et leurs interprètes

Le livre-CD 2003

Les chansons du CD 2003 et leurs interprètes

Le livre-CD 2002

Les chansons du CD 2002 et leurs interprètes

Entretien avec Roger Muh

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Le livre-CD 2001
 
Dossier réactualisé le 30 mai 2007

Roger Muh est conseiller pédagogique en éducation musicale et consultant musique à la direction des Enseignements scolaires. Rapprocher les générations, ouvrir l’école sur la cité, refaire du lien social, tel est pour lui l’esprit de cette Fête de la musique à l’école.




Comment sont choisies les chansons du CD de la Fête de la musique ?
Elles sont choisies par un comité qui comporte des membres du ministère de la Culture et du ministère de l’Éducation nationale. Les points de vue sont différents. Certains préfèrent des chansons contemporaines, proches de ce qu’entendent les enfants. D’autres militent aussi pour introduire des chansons moins contemporaines mais qui sont connues d’une large part de la population, comme l’an dernier « Le Petit cordonnier » de Francis Lemarque.
La sélection finale donne lieu à de grandes discussions. Cela dit, nous sommes guidés par deux critères majeurs : il faut que la chanson soit populaire et qu’elle soit « chantable », c’est-à-dire qu’elle puisse être interprétée dans la tessiture de la voix des enfants. On est enfin aussi freiné par le problème des droits qui oblige à renoncer à certains titres. Exemple, « Le Lion est mort ce soir » d’Henri Salvador.
Cette année, la chanson de Nougaro paraît difficile, surtout pour le primaire, d’autres choix surprennent comme « J’aime les filles »...
C’est vrai que « L’Irlandaise » de Nougaro peut sembler d’un abord ardu, le texte comme la musique. Cependant, je suis sûr qu’un instituteur qui aime Nougaro pourra la faire chanter à des CM2.
D’expérience, je sais que tout passe par l’appropriation des maîtres. Si le maître a une passion pour une chanson, il va transmettre son enthousiasme et les difficultés vont vite être dépassées. L’an dernier, je ne pensais pas qu’une chanson comme « Tombé du ciel » d’Higelin puisse être apprise en primaire. J’ai été vraiment surpris de voir comment des instituteurs fous d’Higelin sont parvenus à l’apprendre à leurs élèves. Toute chanson qu’on aime se transmet bien, telle est souvent la clé.
Quant à « J’aime les filles », c’est vrai que ce choix en a surpris plus d’un. J’ai pourtant découvert avec étonnement qu’une classe de maternelle s’était lancée dans l’aventure. Il est vrai que la structure du morceau est simple, le texte, ludique, facile à retenir. Mais l’argument qui l’a emporté, en l’occurrence, était que les enfants l’avaient entendu dans le « Loft ».
Pourquoi vouloir faire participer l’école à la Fête de la musique qui est devenue un événement si médiatique ?
L’idée est justement de rompre avec son côté médiatique pour renouer avec l’esprit des origines. Il s’agit de redonner à la fête son aspect populaire et, à travers la chanson, de rapprocher les générations. Aujourd’hui, on chante de moins en moins dans les familles.
Mais il n’en a pas toujours été ainsi. La France est quand même le pays où l’on dit « Tout commence et finit par des chansons ». Le terreau existe, pas besoin de chercher bien loin pour voir que la chanson est un vecteur de rassemblement, de lien social.
J’ai vu ainsi récemment des enfants de huit ans entonner « La Romance de Paris » avec leurs parents et leurs grands-parents et c’était extraordinaire.
Comment amener les parents à chanter avec leurs enfants ?
Chaque enfant peut, par contrat, s’engager à apprendre à sa famille au moins une des chansons répétées en classe. Afin que le jour de la fête, elle vienne la chanter avec lui. L’avantage de cet événement est son organisation légère. On n’a pas besoin de se déplacer en bus, de réserver une salle : il suffit juste de sortir dans la rue, dans le square d’à côté. Pour l’accompagnement, soit on chante « a capella », soit on trouve un parent musicien ou encore un lieu où l’on puisse installer une sono...

Tous les enseignants peuvent-ils faire chanter ?
Le chant renvoie à de l’intime. Il a cette potentialité de renouer avec des moments privilégiés de la petite enfance et le bonheur de ses contacts charnels. Au-delà, c’est un souffle qui vient de très loin. Pour ces raisons, tous les enfants doivent chanter, notamment les enfants en difficulté souvent privés de ces instants chaleureux. Il vaut mieux, aussi, d’abord chanter par classe, avant de procéder à des regroupements.
Mais, il peut arriver qu’un maître ne puisse le faire. Dans ce cas-là, le plus simple est de négocier un échange de service avec un collègue qui, lui, aime chanter.
Il y a aussi la possibilité d’enseigner avec le support du disque. En se rappelant toutefois que les enfants chantent dans une autre tonalité, souvent plus haute, que les adultes. Il faut alors que le maître se module sur eux et prenne sa voix de tête, au moins pour donner le départ. Le problème est que cette voix, qui va chercher dans les aigus, n’appartient pas à notre culture.
De toute façon, en IUFM, chacun doit recevoir une formation pour connaître les techniques de base d’apprentissage du chant. Il est important que chaque maître ait un bagage minimum afin que le chant s’inscrive dans un travail de polyvalence, en lien avec les autres enseignements. Évitons d’enfermer la chanson dans un temps contraint. Les intervenants extérieurs étant, eux, chargés d’aller plus loin dans l’apprentissage musical.
Quelle démarche suivre pour apprendre aux élèves une chanson du CD ?
Il faut que l’enseignant commence par beaucoup écouter la chanson, qu’il la chante pour lui-même afin d’en repérer les difficultés, et ce, jusqu’à maîtrise complète. On ne peut transmettre une chanson que si on l’a soi-même bien assimilée. Ensuite, tout est question de présentation. À chacun sa méthode : on peut dire qu’on apprécie cette chanson pour son histoire, pour sa mélodie, son interprète... Puis on la fait écouter chantée par son auteur mais sans chanter dessus. Il faut d’abord la mettre en tête. Pour l’apprentissage proprement dit, le mieux est de procéder phrase par phrase. L’enseignant fait écouter la première phrase en s’aidant du play-back du CD, afin d’être dans la bonne ligne mélodique et la bonne tessiture. Il la chante, les enfants répètent... Si le texte présente des difficultés, on fait articuler les paroles. Si l’on se trompe, ce n’est pas grave : on recommence. Il faut dédramatiser l’erreur.
Et l’on continue ainsi jusqu’au bout.
L’apprentissage peut être rapide, d’autant plus qu’à cet âge-là, les enfants ont une mémoire formidable.
Que faire si un enfant chante faux ?
Il peut arriver qu’un enfant ne chante pas à la même hauteur que les autres. On le prend un temps à part. S’il chante effectivement un ton en dessous, on demande à tous de chanter comme lui. Ainsi l’enfant va entendre qu’il n’est pas faux, mais juste un ton trop bas. Ensuite, on essaie peu à peu de faire monter sa voix, en lui proposant par exemple, de produire des sirènes vocales. Sinon, on le fait chanter un peu moins fort. L’essentiel est de chanter tous ensemble et d’avoir plaisir à le faire.
Quel est ce plaisir de chanter ensemble ?
Quand une école et une classe chantent, il se passe des choses qui ne se passent nulle part ailleurs. Car surgissent une émotion partagée, une sensation de bien-être. La voix de chacun se fond dans la voix des autres. On s’écoute, chose qui fait tellement défaut aujourd’hui. Le chant relie, avec les autres, avec une mémoire collective aussi. Comme disait Michel Ragon « Un peuple qui ne chante pas est un peuple qui déchante, un peuple désenchanté ».
Propos recueillis par Marie-Noëlle Blunden et Isabelle Sébert

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